SCENE V
“Cuvilliers, Léa, plus de Montcalm, Monscigneur de Pontbriand, de. Ramsay, de St-Luc, Docteur Arncux, Vergor Rouvigny, Claire, Yvonne, Cœur-Percé, Religieuses Ursulines, un Porte-
drapeau, soldats, gentilshommes, dames, bourgeois et bourgeoises.””
i de Léa, pendant
DE Sr-Luc.
Oh! mon ami, on s’est fusillé longtemps...
heures, le marquis, voyant l'ennemi se grossir de plus en plus avec quelques pièces de canon qu'ils tiraient de temps à autre, jugea à propos de ne pas laisser aux Anglais le temps de se fortifier davantage
-- enfin, vers dix
Li]
et donna alors le signal pour charger les envahisseurs. ... Nos troupes s’ébranlèrent avec beaucoup de légèreté, ainsi que les miliciens du pays qui firent des prodiges ; mais, après quelques pas en avant, le petit bouquet «le bois qui s’allonge sur la droite de la plaine, servit, malheureusement, de retraite à plusieurs d’entre nous, qui laissèrent marcher seul le plus gros des bataillons, il est vrai, mais ceci, cependant, occasionna un peu de flottement..…. enfin, après s'être approchée à la portée du pistoiet et avoir fait et essuyé trois on quatre décharges, notre droite plia en entraînant, hélas ! le reste ligne. C’est précisément à ce moment que le général fut blessé mort. ement. Cuviziers ET LÉA. (Surpris.) Mortellement ?....
DE Sr-Luc.
Oui.
CuviLiers, Quel malheur !....
(On se rapproche du groupe, les autres personnages étant compiète-
ment entrés.) « :
Dr MonrcaLM. (A Arnoux qui l’ausculte.)
Combien de temps à vivre encore, docteur ?.... DocTEUR ARNOUXx.
Hélas ! quelques heures seulement, général.
DE MonrTcaiM.
Tant mieux....je ne verrai pas, du moins, le triomphe de l'Anglais dans Québec.
DE Ramsay. (S’approchant.) DE MonTcALM.
Mes ordres ?.... M. de Ramsay, je n’en ai plus à donner ici. J'ai trop à faire en ce suprême moment, et mes heures sont maintenant comptées.... Je vous recommande seulement de ménager l’honneur de la France, É MONSEIGNEUR DE PONTBRIAND. (S’avançant aussi.) Votre raisonnement est juste, mon fils ; la journée du soldat a été rude.... mais puisque la tâche est désormais finie... laissons là
les choses terrestres ’et élevons nos cœurs vers Dieu, le Très-Haub, qui est le seul véritable consolateur de tous les maux. ,
De Monrcaiu. (Reconnaïssant Mgr de Pontbriand, avec joie.) Ah ! c’est vous, Monseigneur ?. … : comme vous êtes bon d’être venu... Oui, je crois sincèrement avoir bien accompli ma mission. ... Mais À travers la grande ombre qui déjà m’environne, un dernier dovoir m’apparaît encore : un peuple a espéré en moi... un peuple m'a aimé.... et ce même peuple est maintenant menacé par la -ven-
geance d’un ennemi irrité!.... Voyez-vous, Monseigneur. (Devenant fort triste) ces chers Canadiens, nos enfants... je ne pourrai plus les défendre... . et ceci me crève le cœur !....
MONSEIGNEUR DE PoNTBRIAND, .
Ne vous affigez point ainsi, général, et n'allez Pas croire que vous avez fait le mal lorsque vous avez toujours fait le bien !.... Vous avez épuisé votre intelligence, vos talents, votre fortune même, pour la gloire de la colonie... Mourez en paix, pieux pionnier de cette deuxième France... les, Canadiens vous bénissent, vous louangent et vous respectent !.
DE Monrcazu, (Faiblissant.) Hélas !.... je n’ai besoin que d’indulgence.
DE Ramsay. (S’avançant de nouveau.) Pardon, général... un mot encore. -. je vous en supplie !. De MonrcaLy, Que désirez-vous, mon ami ?.
; DE Ramsay.
En ce Moment, général, M. Je Marquis de Vaudreuil, notre gouverneur de la N ouvelle-France, est en conciliabule au château St-Louis, avec le colonel Johnstone, de l’armée anglaise, venu comme parlementair:, afin de connaître notre définitive décision. Dites !..
Dr MonrcaLs.
La seule issue possible pour terminer promptement la pénible situation est de se battre de nouveau .. de faire retraiter les trou de la rivière St-Charles.. ou de se rendre !.. Que M. de Vaudreuil
agisse selon son jugement... il n'a aucun conseil à recevoir de moi.... car il sera bientôt, plus que jamais, le maître absolu ici. (De. Ramsay salue et se retire à l'écart.) Léa. (Pleurant presque, el venant ployer le genou près du chevet de Montcalm, suivie de Cuvilliers.) Adieu, général...
DE M° 41m. (Les apercevant.)
Vaillant couple !... s'est vous ?.... (Leur serrant les mains.) Merci du plus profond de mon cœur pour votre entier dévouement envers la bonne cause... et pour moi... et pour notre patrie !.... Soyes et vivez toujours dans cette belle entente mutuelle qui est votre énigme... et pensez quelque fois à votre malheureux général, qui vous aimait bien... et qui meurt !.... ;
LÉA. (Sanglotant.)
Général !....
De MonrcaiM. (Dans un effort, continuant, désignant Cuvilliers et
Léa.) Messieurs et nobles Dames... voici le plus digne enfant de la Nouvelle-France et sa vaillante épouse !.... Que l'on ne nomme plus
le premier que par le titre de capitaine... et qu'on accorde la croix d’honneur à Madame !.
DE Ramsay.
11 sera fait selon votre désir, général.
Cuvizliers. (Fort ému.)
Ah!.... comment vous remercier ?.... mon bienfaiteur !..…..
mon père !....
LÉA. (Même jeu.)
Vous nous comblez de bienfaits !.
DE MonrcaLm.
Allez. ... ne remerciez pas, mes enfants ;: vous êtes des héros, et ces U écorations. ... vous étaient dues depuis longtemps... (Faisant signe à de St-Luc.) Approchez, de St-Lue, je veux vous parler aussi. ... (De St-Luc vient ployer le genou aussi près du chevet, mais du côté opposé où se trouvent Léa et C'uvilliers.) Ecoutez-moi bien,
tous trois. ... En cet instant solennel, où je vais bientôt passer dans ‘une longue éternité... je veux avoir le cœur,au pardon... (Tirant un document de sa poitrine.) Voici le plan dévoilant le secret des Plaines d'Abraham, c’est-à-dire l'acte d’accusation contre Bigot et ses complices. ... Leur pardonnez-vous, mes amis, tout le mal qu’ils nous ont fait, comme je leur pardonne ?....
DE Sr-Luc. (Même jeu.) Du moment que vous le désirez, général...
Très bien... et vous ne parlerez jamais à personne de ce que nous seuls connaissons ?.... Vous le jurez ?.... E De Sr-Luc, Léa er Cuviluiers. (Ensemble, en étendant la main
au-dessus de Montcalm.)
Nous le jurons !....
De Monrcaim. (Déchirant le document.)
Merci... mes braves. ... merci !.. .. Ceci me soulage, car rien ne fait autant de bien que d'accorder un pardon...
(De St-Luc, Léa et Cuvilliers se retirent à l'écart.) MONSEIGNEUR DE PONTBRIAND. (Ayant entendu les dernières paroles de Montcalm, et s'approchant de celui-ci.)
C’est noble !.... c’est grand !.... ce que vous venez de faire là, général... 1
DE MonrcaLM. (S’afjaiblissant davantage.)
C’est une consolation que je voulais offrir à mon âme brisée, Monseigneur. ;
DocTEurR ARNoUx. (S’approchant et eraminant de nouveau les blessures de Montcalm.)
Il ne faut plus d'émotion, général. ... La perte de sang augmente, De Monrcaim. (Les yeux fixes.)
Vraiment ?.... Merci, Docteur !. (Après un silence.) Je vois. MONSEIGNEUR DE PONTBRIAND. (Aidant à le tenir assis Sur son séant, où 1 est déjà soutenu par de Ramsay et Arnoux.)
Que voyez-vous donc, général 7...
De Monrcarm. (Même jeu.)
Mon armée qui se bat désespérément dans la plaine.... (Dans un moment de délire:) En avant !.... Bravo ! bien lancée !.... (Après un silence.) Ciel !....que vois-je encore ?.... (Changeant de ton.) À genoux.... cœurs loyaux et bons. ... à genoux !.... Prions pour mon aigne adversaire !....
(Tous les personnages se mettent à genoux en se découvrant respectueusement, et en sanglotant.)