LE CHAGRIN DE LUCILE. 'JV
car ou ne saurait contester à un père le droit de lire les lettres adressées à ses enfants.
Mais, à partir du moment où il eut pris connaissance de l'éptlre d'Arnold Duval, il [>arul y attacher une réelle imjiortance et ne la restitua point à sa deslinafaire. Lucile, respectueuse et bien élevée, ne réclama pas son bien, jugeant que tout ce que faisait son père était bien fait.
Deux jours encore s'écoulèrent, au terme desquels M, Amond annonça à sa lille <|ue le départ étîiit retardé.
La petite cloilréc en soupira profondément el, comme, ce jour-là, elle ne prit l'air que par la croisée de sa chambre, sous une chaleur étouffante, il lut arriva de s'énener jusqu'à verseides larme-s.
Le soir, elle ne mangea que du bout des dénis à la lable d'hAle de la garj^otte, se plaignit de maux de tête et se coucha de bonne heure.
Contrairement à son heureuse habitude d'enfant bien ' tante, elle ne s'endormit pas tout de suite.
Tandis ([u'elle se loui'nail et se retournait sur sa ' cherchant une position favorable et [)rédisposanl au ■ voici qu'un bruit de pas appela son attention. Ce h de la chambre de son (lère, séparée de ta sienne pr cloison. Il lui sembla que M. Amond n'étfiit bientiït, elle n'en [)ut plus douter. Ti'ois oi'gan révélèrent que celui-ci était en conversation ;
Elle reconnut une des voix, aiguë et ghii |)etit homme à lunettes qu'elle avait vu s gare du Nord.
Ceci n'émut pas outre mesure la fiP défendre d'en éi)ronver une sciisalic
l'nc sorl<î de pressenliment
irraisonnée la tint éveillée et lui lit tendre, involontairement l'oreille aux i umeurs de la conversation engagée. Son propre nom, prononcé à deux reprises par M. Amond, lui apprit qu'elle était l'objet de l'entretien.
C'était, certes, une petite iille discrète et obéissante que Lucile. Pour rien au monde, elle ne se fût permis d'écouler aux portes.
Mais ici, elle n'avait pas besoin d'écouler. Les paroles lui arrivaient avec une netteté qui faisait violence k son ouïe.
Et, peu à peu, à mesure qu'elle entendait, sans le vouloir, tout ce qui se disait si près d'elle, de l'autre côté d'une cloison trop mince et d'une porte de bois assez vermoulue, la terreur sans cause de naguère se transformait progressivement en une épouvante qu'elle ne pouvait plus combattre.
Oui, c'était bien d'elle qu'on avait parlé tout à l'heure, c'était bien son nom qu'on avait prononcé, et, maintenant elle savait pourquoi. M. Amond donnait lecture de la lettre écrite à Lucile par le petit Arnold Duval.
Il insistait en particulier sur les renseignements fournis par l'enfant au sujet du fameux « trésor •> de M. de Winkelried.
De temps à autre, des interruptions coupaient cette lecture, des exclamations d'incrédulité ou d'ironie. Il était évident que les interlocuteurs d'Edgar Amond n'acceptaient que sous bénélice d'inventaire les affirmations du polit garyon, qu'ils jugeaient sans doute extravagantes.
« Un trésor? Dans les montagnes? Voyons, mon cher, ce n'est pas sérieux. Ça ne se voit plus que dans les romans anglais et américains. •>
C'était une grosse voix pûteuse et réche (jui avait jeté cette parole.
Lucile se dit qu'elle devait appartenir au second des deux