‹ Le secret du gouffreChapitre 3 sur 32 · A MA FILLE G · texte numérisé non relu

A MA FILLE G

On assiMa au . n*o ii'clock ■ de l'éléphant.

Celte année-là, le premier de l'an tombait un samedi. En conséquence, la fêle des souhaits et des élrciines devait durer quarante-huit heures au lieu de vingt-quatre, et celte perspective n'attrislait aucunement les enfants sur toute l'étendue du territoire franc^ais. Peut-être n'élait-elle pas dépourvue de toute menace aux yeux des parents.

Car la félc des " éliTnnes » n'apporte pas seulement des joies aux jeunes. Elle surcharge assez sensiblement le budget des <i ménages » à ressources médiocres; et, du concierge aux « boueux », les complimenls intéressés se multiplient, exprimés par toutes sortes de gens avec lesquels on n'eut que de très rares relations.

2 LE SECRIiT DU GOUFFRE.

Elit" recèle, par surcroîl, des menaces d'un ordre spécial. Le mol 'i élrennes », que l'élymologie fait remontera la déesse « Slrcnua », a un sens fort élastique qui va du « cadeau t à la « gratiOcalion », du jouet à la poche de bonbons et à la bofte de fruits contits.

Bonbons et fruits confits, voilà la terreur fort naturelle des familles sages. Elles savent, en effet, le peu qu'on doit attendre de la frugalité enfantine et qu'en outre d'une violente sollicitation k la gourmandise, il faut en appréhender les conséquences sous forme d'embarras gastriques et d'indigestions. Aussi Mme Duval n'élait-elle pas rassurée sur les suites de ces deux jours d'allégresse qui allaient faire affluer les friandises sous ie paisible toit de l'appartement qu'elle habitait, rue du Ranelagli, à Passy.

Mme Uuval était demeurée veuve avec trois enfants. Le colonel Duval avait trouvé une mort glorieuse à Madagascar, et sa perte laissait la vaillante femme aux prises avec une situation diflicile, disposant d'un médiocre revenu de six à sept mille francs. Cette rente suffisait à peijie aux besoins du ménage et h l'instruction des enfants, à qui la générosité, peutêtre imprudente, de Mme Duval avait ajouté un quatrième, par l'adoption d'une nièce, orplielinc de mère et très délaissée par son père.

Les fêles du Nouvel An devaient donc, à bon droit, préoccuper la veuve, soucieuse de la santé et aussi de la bonne éducation des quatre cliei-s êtres dont elle était l'ange gardien. Ses relations étaient nombreuses. Elle avait conservé de sa première situation des liens éti'oils avec cette solide partie de la famille française que l'on dénomme ordinairement la '1 bourgeoisie moyenne », que Ton pourrait plus exactement désigner du litre d' « arislocratie organique ».

Car, c'est dans ce milieu, à la fois ancien et constamment enrichi par les accessions et les sélections de la race, que bat, à proprement parler, le cœur de la France ; c'est de lui que s'épanche à tous les membres du corps social ce sang généreux, cette sève nationale qui firent la gloire, l'honneur et la fortune du grand peuple, porte-flambeau de la civilisation. On y trouve, à défaut des opulences cosmopolites, les fermes assises d'honorables aisances, le culte de toutes les probités industrielles, commerciales ou littéraires, la pratique des vertus familiales, trop souvent éclaboussées par un luxe de douteuse origine, ou obscurcies par le paradoxe des théories aventureuses.

Les attaches que Mme Duval avait conservées avec ce monde honnête et de mœurs pures n'avaient subi aucun relâchement à la suite de son changement de position. Tous ses amis lui étaient restés fidèles, ayant à cœur de lui bien prouver en quelle haute estime ils tenaient son modeste courage et sa noble résignation.

Et, comme elle était trois fois mère par la nature, une fois par l'adoption, c'était sur les enfants que se déversait le

trop plein des sentiments affectueux qu'on n'eût osé lui témoigner d'autre sorte.

La conséquence d'une telle manifestation de sympathies était donc l'affluence des cadeaux dans les occasions solennelles, dont la plus solennelle, est, à coup sûr, le Jour de l'An.

Déjà la première journée avait pris fin, et les dragées, les fondants, les chocolats pralinés, ou autres, n'avaient, par bonheur, provoqué aucun désordre dans les jeunes estomacs.

Mais restait le dimanche consécutif, ce lendemain de fête, et c'est surtout pour les bouches gourmandes qu'a été formulé

l'adage : Bis repelita placent », qu'on pourrait traduire : « Deux bonbons valent mieux qu'un. »

Or, comme on n'en était pas à un, ni même à deux près, que le péché pouvait, hélas! se confesser par douzaines, Mme Duval avait jugé sage d'opérer une rafle prudente et de mettre sous clef les poches et les boîtes survécues de la petite débauche du premier janvier.

La déception fut donc assez sensible dans le jeune clan, à la vue des tables et des consoles dégarnies.

Mais comme les enfants de Mme Duval étaient bien élevés, qu'ils aimaient leur mère infiniment plus que les friandises, ils ne laissèrent rien paraître de leur désappointement. La langue anglaise, plus riche que la nôtre, possède deux infinitifs, <( love » et « like », pour traduire ces deux nuances de notre unique verbe aimer.

Quelques soupirs, d'ailleurs discrets, donnèrent seuls naissance à des propos mitigés par des espérances.

« Allons! prononça Pierre, l'aîné, qui venait de terminer sa quatorzième année et n'en était pas moins le plus étourdi de la bande, il faut en faire notre deuil pour cette fois. Maman a mis la main sur tout ce qui restait.

— Bien sûr appuya la petite Jeanne, huit ans. Hier au soir, je l'ai entendue aller et venir du salon à sa chambre, ouvrir et fermer son armoire. Elle me croyait endormie, mais je ne l'étais pas et je regardais en soulevant le bord de la couverture.

— Fi! la laide! prolesta avec véhémence Lucile Amond, la sœur d'adoption des trois enfants, dont les dix années révolues comblaient la lacune des âges entre Jeanne et son frère cadet Arnold.

— Et qu'est-ce que tu aurais donc fait, toi, la vertueuse Lucile? questionna Pierre ironiquement.

— Moi, j'aurais dormi « pour dv \ même voulu avoir l'air d'espionner nr I

— Espionner? Espionner? — Ce dis là, Lucile. Parce que Jeanne bonbons dans l'armoire, ça ne v l'espionnait. »

Le débat menaçait de tourner mais généreux Pierre prenait av sœur dont il voyait papilloter ' lèvres en une « lippe » avantson côté, la très franche, mais ses claires prunelles le rega ménageait pas les réplique d'Arnold arrêta les hoslilit que nul n'aurait pu soup i

apparence.

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« LE SECnKT DL" GOUFFRE.

que vous ayez les joues rouges et les paupières gonflées pour aller vous promener cet après-midi, avec l'oncle Arnold.

— Oh! l'oncle Arnold! s'exclama Pierre en faisant une pirouelte. Kn voilà un dont maman n'aura jamais à mettre les cadeaux dans son armoire.

— N'emp<*che qu'il est très bon, déclara l'impétueuse Lucile, et qu'il doit nous laisser sa fortune.

— Sa forlune? Oh! comme lu dis ça, Lulu. Mais il n'a pas le sou, le pauvre oncle.

— Il raconte loul de même de bien jolies histoires, plaida Jeanne tout à fait réconciliée.

— Kt qui ont le mérite d'être des hisloires vraies » appuya sentencieusement Arnold.

L'entrée en scène de Mme Durai en personne mit fin à ce papotage. La veuve, encore 1res jeune dans sa trente-sixième année, embrassa ses enfants l'un après l'autre. Puis, avec un sourire où perçait une ironie frès maternelle, elle dit :

" Quand maman met à l'abri les bonbons encore intacts,c'est qu'elle veut épargner les indigestions à ses petits. Puisque vous n'avez pas réclamé, vous recevrez le prix de votre résignation. Partagez-vous ce débris d'hier. »

Kl, très judicieusement, elle lendit une boîte de marrons glacés.

La fillette offrit à la ronde les fruits candis. Puis, elle entraîna .leanne vers une corbeille à ouvrage, don de la veillei que deux poupées vieilles de deux ou trois ans déjà, contemplaient du fond d'un fauteuil, avec des yeux de porcelaine fort peu expressifs, au milieu de visages roses, imparfaitement débarbouillés.

Pendant ce temps, Arnold s'emparait d'un beau livre

s'exerçait, avec une carabine à ressort, à décocher des flèches de caoutchouc sur une cible accrochée au loquet de la porte.

Jeux et lecture se prolongèrent jusqu'au moment du déjeuner.

Les enfants mangent vite, peut-être parce, que leur appétit vorace a tôt fait d'absorber les plats. Ils mettent les bouchées doubles.

Ce jour-là, ils avaient des raisons très précises de dévorer plus rapidement que de coutume.

Le temps était magnifique; le soleil d'hiver s'était levé dans un firmament pur de nuages, et la promenade s'annonçait superbe. Or, celte promenade, ils allaient la faire en compagnie de cet « oncle Arnold » dont Pierre avait dit tout à l'heure, assez dédaigneusement, qu'il ne faisait jamais des cadeaux, mais à qui Jeanne avait reconnu le mérite de raconter de « bien jolies histoires ».

La demie après une heure sonnait. Le repas terminé, on s'empressa, sous les yeux vigilants de Mme Duval, de procédera l'achèvement des toilettes; le timbre de la porte d'entrée fit écho à la note cristalline de la pendule.

Aussi exact que l'horloge, plus exact même souvent, l'oncle Arnold fit son entrée attendue.

Il embrassa tout le petit monde et comme on était prêt, il donna sur-le-champ le signal du départ.

Car, si la journée était belle, elle était courte, à l'égal de toutes les autres de la saison. Il fallait se hâter de jouir des heures lumineuses, la nuit, certainement fraîche, devant se faire vers quatre heures et demie, cinq heures moins un quart au plus tard.

Afin d'abréger le parcours et le rendre le plus agréable possible, Toficle Arnold proposa à l'entourage de le conduire au

Jardin d'Acclimatation. La proposition fut accueillie par des acclamations enthousiastes.

On se mit donc en route par la porte de Passy, à Iravers le Bois de Boulogne, dont le soleil dorait les cimes dépouillées de leurs feuilles. La température, quoique assez froide, élait sèche, ce qui rendait la déambulation assez agréahle.

Il fallut trois quarts d'heure de marche pour atteindre l'intéressant enclos qui confine au territoire de Neuilly.

Les enfants se faisaient une joie de contempler les innombrables bôles à poil et à plume qui composent la pittoresque ménagerie. Ils furent bien un peu déçus, car la gent empennée se tint cloîtrée au fond [des cages, à l'exception des cygnes, . oies, pélicans ou canards dont la petite rivière du jardin est le plus ordinaire habitacle.

On assista néanmoins au « five o'clock » des otaries en leur large bassin; on vit circuler quelques dromadaires et chevaux attelés, voire l'autruche traînant son léger phaéton. En passant devant le quartier des chiens, plein du vacarme des aboiements, les promeneurs atteignirent les cellules où se morfondent les rares animaux féroces.

Dans l'une d'elles, la plus voisine du publie, deux ours des cocotiers, de taille exiguë, de pelage brun lusti-é, comme un manchon Je zibeline, se livraient à un continue! mouvement de rotation, autour de leurs grilles. El ce fut pour les enfants un spectacle plein de gaieté que de contempler avec quelle sérieuse et comique persévérance les deux animaux accomplissaient cet exercice circulaire, se plongeant à intervalles réguliers, dans l'auge qui leur tenait lieu de baignoire, puis, arrivés en un point précis, toujours le même, faisaient tète sur queue et recommençaient leurs évolutions.

Dans un compartiment plus vaste, un autre plantigrade, de

taille gigantesque, celui-là, un Martin ou un Bruin originaire des Alpes, se tenait accroupi en une position qui décelait, sinon la philosophie, du moins une indifférente lassitude.

« Oncle Arnold, demanda inconsidérément Pierre, vous êtes, je crois, du pays des ours? »

La question fit rire aux éclats l'interpellé.

t< Cela veut-il dire que j'en suis un des plus remarquables spécimens, Pierrot? » répliqua-t-il avec gaieté.

L'hilarité gagna Mme Duval. Arnold et Lucile, mais Pierre, qui avait rougi jusqu'au blanc des yeux, demeura fort penaud.

« Ce n'est pas ça que je voulais dire, mon oncle, balbutia-t-il, mais seulement que je croyais qu'il y avait beaucoup d'ours en Suisse.

— Il y en a encore quelques-uns dans les montagnes, mon enfant, répliqua le vieillard redevenu sérieux, notamment dans le canton de Berne, et même dans la ville, mais ces derniers sont dans des fosses, comme ceux du Jardin des Plantes, et sont pensionnaires de la municipalité. »

Il ajouta avec un affectueux sourire à l'adresse du jeune étourdi :

« Maintenant, sache pour ta gouverne que, quoique Suisse d'origine, et même de la meilleure origine, je suis bon Français. Le roi Charles X, en effet, concéda à tous nos compatriotes la naturalisation en récompense de leur fidélité pendant la journée du 10 août. »

Cette rectification faite, il se mit à donner à ses jeunes auditeurs des renseignements pleins d'intérêt sur les mœurs et les habitudes des redoutables plantigrades. On l'écouta, bouche bée, et, vraiment, en ce moment, Tonclc Arnold se sentit entouré d'une muette admiration.

Cependant l'heure était venue de regagner Passy. Il fallait

éviter les brumes du Bois, ([ue la chulc du soleil ferait sortir du sol réchauffé.

On reprit le chemin de la rue du Ranelagh, ie vieil oncle, marchant d'un pas très ferme, entouré de la bande questionneuse.

n Je pense, Ut tout à coup Arnold, que Guillaume Tell devait être un fameux chasseur d'ours, lui qui tirait si bien!

— Guillaume Tell! jeta la voix claironnante de Lucile. Oh! quel brave homme! Je l'aime bien, moi. Tout de même, il aurait pu tuei" son fils!

-^. Pas de danger, rectifia Pierre, dont les connaissances historiques étaient assez vagues. Il avait, tu penses bien, un bon fusil! »

Ni Lucile, ni Arnold, ne purent contenir leur envie de rire. La fillette prononça même avec une superbe commisération :

" Un fusil? Où as-tu pris cela, mon pauvre Pierre? Puisque c'était une arbalète....

— C'étaient les fusils de ce temps-là, » essaya de corriger le petit ignorant pour masquer sa confusion.

Ce fut encore l'oncle Arnold qui intervint el expliqua la sensible différence existant entre l'arme à feu moderne et la machine à rouet dont se servaient les archers du moyen âge. Il fit remarquer, toutefois, qu'à l'époque où se place la légende du célèbre héros helvète, celui-ci aurait fort bien pu posséder une de ces ancêtres de la carabine contemporaine qu'on dénommait alors « traits à poudre ».

L'histoire nous apprend que les premières armes à feu figurèrent, en.KUO, a la bataille de Crécy. Il ne serait donc pas impossible que leur emploi, toul à fait exceptionnel et isolé, eût commencé dès'avànt le \ï\' siècle, Guillaume Tell, ainsi «{ue le veut la glorieuse légende, importée, dit-on, des

pays Scandinaves, ayant vécu entre 1291 et 1315, date de la bataille de Morgarlén. *

Ces commentaires du vieillard trouvèrent des auditeurs attentifs en Mme Duval, Arnold et Lucile. Quant h Pierre, il avait déjà oublié la double leçon d'histoire et de géographie qu'il venait de recevoir en ce bref laps de temps, et s'amusaità courir, en compagnie de Jeanne, le long des petites allées du bois, d'où les rappelait à chaque instant la sollicitude de leur mère. . *

On rentra à Passy à point nommé pour que l'oncle Arnold pût encore intéresser son jeune auditoire par un de ces récits que tout le monde goûtait dans la maison. Cette fois, Pierre vint prendre sa place dans le groupe et la petite Jeanne, selon une vieille habitude, s'assit sur le genou droit du robuste sexagénaire. Ainsi entouré, et tandis que Mme Duval accordait à toutes les convoitises, aiguisées par l'air vif et la marche, la satisfaction de croquer quelques boules de chocolat, le narrateur cédait à son amour des traditions ataviques en racontant les exploits des premiers Helvètes, obscurs ancêtres des Suisses contemporains.

Il venait de narrer la grande bataille de l'an 107 avant Jésus-Christ, dans laquelle un jeune héros, Divicon, chef des Tigurins, tailla en pièces une armée romaine, tua le consul Cassius et le légat Pison, mit en fuite le second légat Popilius, et fit passer sous le joug les survivants des légions vaincues, quand la voix de Pierre s'éleva nette et claire.

« Oncle, disait-il, on nous enseigne, au collège, que les

Romains furent le plus grand peuple de la terre. Comment

donc furent-ils vaincus par ces Tigurins, qui, selon vous,

n'étaient que des barbares?

— Mon lils, répondit paternellement le vieillard, si grand

peuple qu'ils fussent, les Romains n'étaient pas exempts de défauts. Un de leurs plus grands écrivains, Tacite, n'a pas craint de leur reprocher lui-même leur ambition démesurée, leur insatiable avarice. En celte circonstance, le bon droit était du côté de Divicon et de ses braves et la victoire couronna leur patriotisme.

— Je l'aime bien, ce Vidicon-là, prononça Lucile, haletante d'intérêt et les veux brillants d'enthousiasme.

— Vidicon? Prononce donc bien, » réclama Pierre, heureux de prendre sa revanche.

Et tout aussitôt, il ajouta avec une belle fougue de jeunesse et de vaillance :

<( Moi aussi, oncle Arnold, je l'aime, ce Divicon. Mais nous avons eu en France un héros supérieur à lui, ce Vercingélorix qui vainquit César, et se dévoua pour le salut de ses frères d'armes, lorsque la résistance fut devenue impossible. »

Il se fit un grand silence, et une véritable stupeur se peignit sur les visages des trois enfants, dont les yeux écarquillés dévis2gèrent curieusement Taîné.

Le vieil oncle en profita pour formuler un jugement laudatif.

« Un bon point de première classe et trois bonbons de plus à Pierre pour avoir si bien su son histoire et si généreusement parlé de Vercingétorix. Tiens, laisse-moi t'embrasser, mon enfant. Voilà une profession de foi qui décèle la noblesse de ton cœur. »

11 donna chaudement l'accolade au garçonnet, qui, confus et rougissant, reçut, en outre, les baisers de sa mère et de ses frères et sœurs.

« C'est très bien. Pierrot, prononça Mme Duval, les yeux humides. Tu as parlé comme un yrai fils de soldat. »

EN FAMILLK

Ce petit incident, qui relevait Pi allait être suivi d'une nouvelle « hi lorsque, à la surprise de tous, le annonçant une visite quelque peu

Un homme fut introduit, dont sur le front de Mme Duval et i' vieillard.

11 était difficile, en effet, de < pathique que celle de ce visit

Le personnage était de ta l'exception des joues encad' monocle à cercle d'or s'incr gauche et donnait à sa phj un air d'agaçante impertine rantaine, cet homme affic succès qu'on obtient à là Cela se laissait voir à la attitudes, au luxe de mau passablement frippés :

chauve sur divers point nies fatiguées par l'us; les reflets trop brillar immodérément huiléf se dégageait un pa sentant du sexe fort « odeur de sainteti'

Tel quel, ce villa déférence de V ni plus ni moins l'un des quatre la veuve.

16 LE SECnZT DU GOUFFRE.

A dire le vrai, il ne franchissait que rarement le seuil du modeste appartement.

« Ma chère Paule, commença le visiteur, comme je passais dans votre rue, je me suis dit que, peut-être, il serait décent de vous porter mes hommages et mes vœux, surtout en une aussi solennelle occasion. »

Mme Duval répondit, non sans une pointe d'ironie :

« En ce cas, je dois savoir gré à l'occasion qui vous a fait souvenir de notre existence et de celle de votre fille, que vous trouverez, sans doute, quelque peu grandie et changée, car voici deux ans que vous ne l'avez vue.

— Deux ans? Croyez-vous? ânonna M. Amond, assez décontenancé par cette apostrophe. — ^ Et, où est-elle, ma petite Lulu?

— Bonjour, papa! » fit timidement la fillette, en s'avançant pour tendre son front pur au baiser de son père.

Il fut presque froid, ce baiser. Edgar Amond ne se piquait pas de démonstrations très vives de tendresse.

Pourtant, il crut devoir le réchauffer de quelques phrases laudatives.

<t Bonjour, mignonne. C'est vrai que tu as grandi, que tu t'es fortifiée. Tu ressembles à ta mère, mais tu ne seras jamais aussi bien qu'elle. »

Le compliment parut si peu flatteur, venant de ce père, que Mme Duval, voyant les paupières de Lucile se baisser gonflées de larmes, donna tout de suite un autre tour à la conversation en s'enquérant de la santé et des espérances de son

visiteur.

a Ma santé, chère amie? Elle n'a jamais été aussi florissante. El vraiment, il est fort heureux qu'il en soit ainsi, car je vais en avoir besoin pour la besogne toute nouvelle que

(■ajil rases

EN FAMILLIi.

je dois accomplir. Je vais, en effet, gagner vraisemi»' une 1res fïrosse fortune. »

Satisfait de sa ptirase, il caressa de sa paume teints et. avec un sourire passablement dédaigneu

" Mais vous-même, ma chère Paule, étes-voi votre sort? Car il me semble que vos charges cv< années, et, malgré la présence du père Win' à votre foyer, rien ne me semble indiquer q fait part du mystérieux trésor qui a toujo ses chères rêveries. »

Ainsi interpellé, l'oncle Arnold répond

« Mon cher monsieur Eldgar, le père être moins éloigné du trésor de ses rê" vous-même de l'Afrique, oii, m'a-t-o rendre pour une exploitation de mir nègres. Knlre nous, méfiez-vous (' sans doute des nègres, mais ils so' et les pépites y sont moins nomi lièvre jaune et les coups de soU

le tu liais

^nve^ le son

ftorisnsi. car elle (|uc

« Je n'aime pas ton — Ni moi non plu Ce double cri dexplosion sur la bo M- Edgar Amond famille. Mais les trop expansifs ar rieures.

s» l-li SECHKT DU (iOUFKBE.

" Jeanne, oriloiina la veuve avec sévériU^ lu es une vilaine pelilo lillo. Va le couclier tout de suite, ^uant à Pierre, il sera jn-ivi^ de dessert ce soir, demain cl apW's-demain. ■•

Celle rif^ourcuse senlenec provoqua une crise de larmes -chez la jeune élourdio. Très penaud à la penstV d'avoir di^mt^ril»^ si peu d'inslanls api-î-s avoir reçu des louanges publiques, Pierre baissa la têle. Mais, loul aussitôl, Lurile elle-inOme s'inlerposa nfTeclucu sèment ol l'oncle Arnold plaida chaleurcusoment les circonstances alli-nuantes en faveur des dtMinqusmts, Mme Duval ne laissa pas que défaire la sourde oreille, ce qui maintint intacte son aulorit*^ et lui permil, en lin de compte, d'ocli'oyer une amnistie, avec la promesse solennelle, par exemple, qu'on ne commettrait [dus la même faute. Comme l'heure du diner approchait et (|uc le « père W'inkclried », selon l'expression irriîvi^reneiouse de M. Amond, i^tail le convive accoutumé de ces re[)as de famille du dimanche, les enfants furent momentanément envoyés dans leurs chambres, où ils retrouvèrent leurs jouets, tandis cpie Aïme Duval et son hôte s'entretenaient familièrement avec une plus grande liberté.

" C'est vi'aiment un pauvre bonimo que cet Edpar, articula nettement l'oncle Arnold. Avez-vous vu ce baiser à sa fille?

— Je le crois plus sot que méchant, essaya d'alténuer raîmabic femme que sa haute vertu rendait indulgente h autrui.

— Mettons qu'il est autant l'un que rantre. C'est tout ce que je puis vous concéder, ma chère Paule. »

Elle s'efforça d'adoucir la mauvaise opinion do son vieux parent. Elle rappela comment, douze ans plus ttlt, Edgar Amond avait épousé Lucie Duval, la. cousine du colonel, comment la jeune femme, devenue mère de la petite Lucile,

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