DU PREMIER PRINCIPE
1 . Quoique Dieu engendre les Essences de toutes les Essences par Lui-même — car toutes choses sont par Lui et en Lui. — cependant le mal n’est pas Dieu ; et quoique le premier Principe soit la source réelle de l’amertume et de l’angoisse, la cause de toute mobilité, cependant si la Lumière divine du second Principe accompagne l’irradiation première, il n’y a plus ni colère ni angoisse, mais une grande joie.
2. De même, bien que Dieu' n’ait aucun commencement, il en est ici parlé comme s’il fallait distinguer entre le premier et le second Principe. Quoiqu’on ne
SECOND APPENDICE
puisse pas dire que l’amertume, le chagrin, la dureté ou le feu de l’Enfer soient en Dieu, car Dieu n’a fait ni le diable ni la mort, cependant ces choses sont dans la nature, et la nature a son origine en Dieu, d’après le Premier Principe du Père, qui est appelé terrible, non pas en Lui-même, mais dans l’esprit de la créature qui s’est enflammée elle-même, et que la colère de Dieu brûle au dedans d’elle.
3. Dieu est l’Esprit incompréhensible et infini, et l’Esprit ne fait jamais autre chose que de monter, de s’épandre et d’engendrer sous une triple tonne — (viz) l’amertume, la dureté et la chaleur, aucune de ces qualités n’étant la première ou la dernière ; car l’Esprit est semblable à une volonté qui, en s’élevant, se contemple, se perfectionne et s’engendre lui-même.
4. Tout ceci est dans l’origine d’où procèdent toutes choses, qui sont devenues soufre, mercure et sel. Dans le soufre est l’âme, ou l’esprit, et la matière; dans le mercure est la dureté, l’amertume, le feu et l’eau; le sel est l’enfant de ces quatre. De l’amertume, de la dureté et du feu, qui sont dans le premier Principe, découlent la douleur, le tourment, la crainte, et cependant ces trois engendrent l’eau. Mais dans le premier Principe seul Dieu n’est pas appelé Dieu, il est vraiment un feu consumant et dévorant.
5. L’Abîme du Père, distinct du second et du troisième Principe, doit être compris comme un lieu inson dable, une potentialité originelle, un centre, ou racine de substance, un désir ardent de voir naître la lumière majestueuse, ou le lustre; une vigueur austère semblable à un feu éternel et infini, chaud et f/oid.
6. Les créatures insensibles lui portent témoignage. Le roc, où croissent les pierres précieuses ; le minéral d’où procède l’or, le coquillage dans lequel se forme
LES TROIS PRINCIPES, SELON JACOB BOEHME B 19
la perle, la terre d’où sortent les plantes — tous représentent leur racine, l'obscurité, ou premier Principe, leur racine substantielle, leur centre, leur base ou fondement immuable.
7. Les éléments, aussi, se fondent sur le froid et le chaud, qui représentent ce Principe, appelé l'Obscurité Eternelle ; car des degrés du Feu, froid et chaud, procèdent, non seulement la terfe et les pierres, mais aussi l’air et l’eau.
8. Une démonstration du premier Principe se trouve dans les créatures sensitives, sous la forme du mal et du bien. Le mal les pique de son venin. Ses propriétés empoisonnées et malfaisantes se transforment bientôt en colère, en malice, en vengeance ; ou bien, à mesure que le Principe sombre les saisit, il les enveloppe d'une apathie inerte, déprime leurs membres, en fait des corps obscurs, grossiers, etc. Cette démonstration est aussi évidente dans les créatures intelligentes, car, dans le Principe de la puissance et de la force, les démons infusent l’orgueil qui éteint leur lumière et les enferme pour toujours dans l’obscurité.
9. Elle est évidente dans les créatures rationnelles; — viz l’homme, dont la triste chute a rejeté lAme humaine, (laquelle tire son origine de ce principe éternel, bien qu'il soit illustré par le second Principe) à un tel degré dans le premier Principe, que les hommes qui continuent à se rebeller contre la lumière du Fils de Dieu, (lequel à la chute de l’homme fut de nouveau re-implanté), demeurent comme une figure nette et terrible du premier Principe, dans la sombre impression de leurs âmes. Car, étant endurcis et fixés dans la désobéissance, ils sont comme scellés dans une complète révolte contre le divin Royaume d’ Amour et de Pureté. Et de tels hommes sont les esclaves de leurs esprits
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obscurcis et la figure dePEternelle Obscurité, de même que leurs corps sont la figure des animaux malfaisants. Leurs corps deviennent semblables à ceux des créatures élémentaires : ils sont assujettis à la vanité, etàlacolère, ils marchent dans la souffrance et la désharmonie jusqu’à ce que, comme résultat de tout cela, vienne l’angoisse de la mort ; car ils sont tombés dans le régiment des mauvaises influences astrales, jusqu’à ce que leur mortel revête l’immortalité, par la grâce du second Principe, la miséricorde gratuite de Dieu en Jésus-Christ.