‹ Le secret du peuple de Paris A. CorbonChapitre 21 sur 64 · LE TEMPÉRAMENT P01.1TIQBE DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LE TEMPÉRAMENT P01.1TIQBE DU PEUPLE

Je ne sais pas s’il est un homme d’État en exercice, en retraite ou en disponibilité, qui n’ait la conviction profonde que le peuple de Paris est extrêmement difficile à gouverner. Nous savons ce qu’en pensait l’oracle du parti conservateur, au temps de Louis-Philippe : « Vous n’avez, disait-il, contre la disposition révolutionnaire de ce peuple, indépendamment de la force légale, qu’une seule garantie efficace, puissante, le travail, la nécessité incessante du travail,... et encore ce frein peut-il manquer tel jour. »

Il est aussi des hommes politiques, et en assez grand nombre, qui pensent qu’on aurait raison de lui avec du pain et des fêtes.

LE SECRET DU i'EUl’LE.

Voyons donc si ces deux opinions sont fondées, ou plutôt montrons qu elles sont aussi peu fondées l’une que l’autre. Ce nous sera la meilleure manière de nous fixer sur le tempérament politique de la population dont il s’agit. D’ailleurs nous aurons, dans ce chapitre, à réfuter d’autres opinions plus ou moins entachées d’erreur.

11 est hors de doute que si l’on se propose d’avoir raison de la disposition révolutionnaire du peuple, on trouvera celui-ci très-difficile à gouverner; on pourra craindre que « le frein d’un incessant travail manque tel jour. » Aussi quand je dis gouverner , je prends le mot dans son sens exact; j’entends diriger l'activité d’une nation conformément à son génie propre. Lorsque l’action du pouvoir public s’exerce de manière à comprimer plutôt qu'à exprimer le génie de la nation, cela peut s’appeler du refoulement; mais non du gouvernement.

Mais l’homme d'Élat bien inspiré, qui comprendrait le génie de la nation, et qui s’appliquerait à l’exprimer ou, mieux, à le faire s’exprimer, serait suivi avec amour, avec passion même, par ce peuple qu’on prétend si fantasque et si ingouvernable...

Je vois poindre une grosse objection au-devant de laquelle je veux aller.

SOUVENIRS UE 1848. l!)5

a S’il est vrai, sera-t-on tenté de dire, qu’il soit si facile à diriger, lorsqu’on gouverne dans le sens de scs aspirations, comment se fait-il que pendant les quatre premiers mois du régime républicain de 1848, le gouvernement, si essentiellement démocratique d’alors, ait eu à passer par de si grandes crises causées par les exigences et les soulèvements populaires? De deux choses l’une : ou les hommes d’Ëtat de la République gouvernaient à contre-sens des aspirations populaires, ou le peuple n’est qu’un grand enfant terrible, ne sachant ce qu’il veut; toujours prêt à se soulever, même contre le gouvernement qui lui est le plus dévoué... »

L’objection a un grand semblant de valeur, et elle embarrasserait fort quiconque connaîtrait moins bien que je ne le connais le fond des choses de ce temps-là. Nous allons voir que ces crises peuvent s’expliquer sans qu’il en résulte un amoindrissement ni pour le pouvoir d’alors ni pour notre classe populaire.

D'abord on peut comprendre qu’une tempête révolutionnaire ne s’apaise pas en un jour, et que les esprits, si puissamment surexcités, ne se calment pas dès le lendemain de la victoire. Au contraire, au lendemain d’une grande victoire populaire, les passions s’enflamment de plus en plus, les imaginations, exaltées par le triomphe, s’ouvrent en tous sens les plus vastes horizons. 11 semble que les aspirations nationales, longtemps refoulées, vont avoir enfin toutes les satisfactions désirables; et si le gouvernement, né de

la crise même, ne trouve pas à donner large carrière à la passion qui fermente, on pourra s'attendre à des conflits plus ou moins terribles entre lui et le peuple.

Mais, avec la meilleure volonté du monde, le gouvernement improvisé au milieu de la tempête de février ne pouvait être en mesure d’ouvrir immédiatement à la passion du peuple la grande voie où il eût pu dépenser utilement sa surabondance de sève. D'un autre côté, par suite de circonstances que je vais dire, le peuple fut circonvenu et influencé de telle sorte, qu'il semblait à l'observateur superficiel n’avoir plus d’autre soin que celui de faire tourner la révolution à son profit matériel.

Pour avoir la clef de cette situation fausse, il nous faut remonter à sa cause.

On sait de reste comment l’établissement de juillet, pendant toute sa durée, s’était appliqué à développer les intérêts matériels, et comment la bourgeoisie, qui exerçait alors la souveraineté, à l'exclusion des classes laborieuses, pratiquait la maxime : « Moi, d'abord. » Cette manière detre grossièrement égoïste du « pays légal » eut pour effet de déterminer la création d'un parti qui se fit l’avocat des classes laborieuses, et qui réclama pour elles aussi des satisfactions matérielles. Mais, comme ce parti n’espérait qu'en une révolution, c’était chose bien convenue que « la prochaine » serait tout à la fois politique et sociale; c'est-à-dire qu’outre le droit politique étendu à l’universalité des citoyens, de sérieuses garanties de bien-être seraient données

aux classes ouvrières. La nécessité d’améliorer la condition du peuple était si généralement sentie, même en dehors du parti de la Révolution, qu’un homme d’Élat, chef des conservateurs, et économiste pardessus le marché, avait solennellement déclaré qu'il y avait « quelque chose à faire » dans le sens des réclamations exprimées au nom des classes souffrantes.

Lors donc qu’après la révolution de février le parti socialiste eut la parole haute, il proclama que le moment était venu de tenir les promesses depuis longtemps faites aux masses laborieuses, et de réparer toutes les injustices du passé. Tel fut d’ailleurs l’entrainement général vers les questions relatives aux intérêts des ouvriers qu’il semblait que rien en dehors de ces questions ne méritât de préoccuper sérieusement les esprits... La Révolution, se retournant sur ellemême, s'épuisait dans des questions de pot-au-feu. Elle s v épuisait sans profit possible pour l’intérêt matériel du peuple, parce que, ainsi que je l'ai dit plus haut, la question sociale n’était pas élucidée, et que, d’ailleurs, le temps des réalisations n’était pas venu : on discutait autour d’une marmite vide.

Cette situation fausse, pleine de dangers, n’était ni la faute de la classe ouvrière, ni celle du gouvernement provisoire : elle était celle de tout le monde; mais particulièrement du pouvoir déchu qui, en s’appliquant à développer le besoin de jouissances positives, avait provoqué les impatiences du socialisme.

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J’ai ma petite part de la faute commune, je dois l’avouer : j’ai cru, j'ai dit et écrit avec mes collaborateurs de 1 Atelier, que le moment était venu de faire la révolution économique en faveur des classes laborieuses, quoique nous fussions tombés d'accord, quelque temps auparavant, que les populations ouvrières de loute l’Europe étaient solidaires, et qu’il fallait s’attacher avant tout à l’idée de la fédération politique des peuples. Comme tous les aulres socialistes, nous méconnaissions cette vérité le lendemain du triomphe de février, c’est-à-dire juste au moment où elle devait nous préoccuper exclusivement; et nous contribuions, sans en avoir conscience, à donner le change au peuple sur le caractère que devait avoir la révolution... Notre erreur n’a pas été de longue durée : les événements du dedans et du dehors nous ont remis en mémoire la vérité que nous avions oubliée; mais le mal était déjà presque irréparable. D’ailleurs les autres groupes socialistes persistèrent à fermer les yeux sur les nécessités de la politique extérieure; pendant ce temps la foule des pêcheurs en eau trouble s’abritèrent sous le manteau du socialisme, et achevèrent de jeter le désarroi dans les esprits. Ces pêcheurs en eau trouble, qui sont la plaie des sociétés en révolution, sont toujours d’une activité sans pareille, ne reculant devant l’emploi d’aucun moyen, si perfide qu’il puisse être, pour arriver à leurs fins. Ils s’appliquèrent donc à fausser l’esprit de la classe ouvrière, sans que le gouvernement y put rien, et parvinrent à provoquer les

déplorables soulèvements qui compromirent la durée de la République.

Quant à la masse du peuple, elle était mécontenle d'elle-mème et du monde officiel. Elle souffrait physiquement et plus encore moralement, sans pouvoir s'expliquer sa souffrance morale. Dans un moment où le pain lui manquait, ses imprudents amis et ses faux amis sollicitaient ses appétits matériels en s’évertuant, sans y réussir tout à fait, à donner le change à ses grandes aspirations. Elle croyait fort peu aux promesses de ses meneurs; mais elle croyait à la sincérité de leur sympathie, à l’excellence de leurs intentions; elle tenait pour incontestables les critiques outrées ou même les accusations calomnieuses qu’ils répandaient contre l’Assemblée constituante; tant et si bien qu’en l’état de surexcitation constante où était la classe populaire, il y avait toutes chances qu elle cédât aux déplorables suggestions dont elle était l’objet; car les meneurs étaient parvenus à se placer si bien entre elle et les pouvoirs publics qu’il y avait une vraie solution de continuité entre elle et ceux-ci.

Un fait entre mille démontrera quel était l’étal moral de la partie la plus énergique du peuple.

Le troisième jour de la formidable insurrection de juin, presque toutes les forces insurrectionnelles s’étaient concentrées au faubourg Saint-Antoine. Sur les instances de plusieurs représentants du peuple, prisonniers des insurgés, ceux-ci se décidèrent à envoyer des parlementaires auprès du gouvernement. Quatre

ouvriers du faubourg, choisis parmi les combattants, vinrent, en compagnie de l’un des représentants prisonniers (M. Lorabit), apporter aux pouvoirs de la République l’expression des sentiments de la foule insurgée. Ils arrivèrent à l'Assemblée dans la mi-nuit du dimanche 25 au lundi 24. J’y étais seul. M. larabit m’ayant dit l’objet de la démarche des hommes qui l’accompagnaient, je fis mander le président, M. Sénard, et nous nous mimes à conférer avec les délégués de l'insurrection. Ils avaient surtout mission, — le croirait-on! — de s’assurer s'il était bien vrai que l’Assemblée constituante voulût la République!... Comme nous leur marquions notre douloureux étonnement, ils nous dirent: « Que voulez-vous? Tout le « monde nous dit que l'Assemblée n’est composée que « de réactionnaires, de royalistes; qu’elle ne veut pas « la République; qu elle veut affamer le peuple pour « la lui faire détester; enfin, que l’Assemblée se gorge « pendant que nous jeûnons...

— « Mais comment pouvez-vous croire à de pareilles « infamies? Et comment une population aussi intelli- « gente que celle de Paris, qui est à même de voir et de « savoir tout ce qui se fait, peut-elle donner créance à « des calomnies aussi odieuses?

— « Ah! quand on souffre de toutes manières, on « est mal disposé, voyez-vous! Et puis, nous ne vous « voyons pas, nous autres; nous ne savons rien que « par les journaux. Eh bien! ce sont eux qui nous « ont monté la tète; qui nous ont fait croire que

« si nous ne nous soulevions pas, tout était perdu pour « le peuple : il n'y aurait plus de République. Tous ces « temps passés, les journaux qui poussaient à l’insur- « rection nous arrivaient de tous les côtés. Il y en a qui « ont paru deux ou trois fois dans la journée de jeudi « et de vendredi, en demi-feuille, en quart de feuille. « On nous les donnait quand nous ne les achetions pas. « On nous recommandait bien de les lire... Si bien, « ma foi! que les émissaires venant, d’autre part, nous « exciter, nous avons fini par croire que tout ce qu’on « nous disait était vrai ; d’autant que personne ne nous « disait le contraire... »

Ces journaux, dont je sais les noms, et les émissaires, sur lesquels j’ai été renseigné, n’étaient, bien entendu, ni les vrais journaux, ni les vrais agents de la démocratie...

Rien ne peut exprimer la douleur que laissèrent voir ces braves délégués lorsque, sans peine, nous leur eûmes donné, par les décrets de l’Assemblée, la preuve de ses sentiments républicains... « Mon Dieu! Est-ce « possible qu’on nous ait trompés à ce point? » s’écriaient-ils. « Mon Dieu! quel affreux malheur! Quel «abominable malentendu! # disaient-ils, les larmes aux yeux...

Et comme nous leur parlions encore des projets de loi ayant pour objet le bien de la classe laborieuse, entre autres celui des trois millions destinés à créditer les associations ouvrières, l’un des délégués nous interrompit en s’écriant : « Ah! tenez... Voulez-vous que je

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« vous le dise? Ce n’est pas tout cela que nous vou- « Ions! On nous a embêtés avec toutes ces questions « sociales. C’est avec ça qu’on a arrêté le travail et a qu'on nous a jetés dans la misère et le désespoir... « Ce que nous voulons, c’est la République d'abord, et a du travail après!

— « Oui, on nous assomme, reprit un autre, avec « toutes ces théories qui nous promettent le bonheur. « Assez comme ça ! La République pour tous et du tra- « vail pour les ouvriers : voilà tout ce que nous vou- « Ions!... #

Les sentiments exprimés par ces délégués étaient, je l’affirme, ceux de l’immense majorité de la population insurgée; et la devise inscrite de la main des meneurs sur quelques-uns des drapeaux de l’insurrection : « République sociale! » n’avait point du tout pour les combattants la signification qu'on lui supposait.

L’insurrection de juin ne prouve donc pas que le peuple soit difficile à gouverner; elle prouve seulement qu’il est possible, dans certaines crises révolutionnaires, de le séparer pour un moment du gouvernement qu’il a lui-même acclamé.

L’insurrection de juin 1848 n'est, en définitive, qu’une sanglante démonstration de la nécessité de donner large carrière à la force morale qui se développe si prodigieusement dans l'âme populaire aux jours de révolution, sous peine d’explosions terribles.

Mais, en dehors des affreux malentendus qui eurent lieu en 1 848, du moment qu’on ne refoule pas les as-

pirations du peuple, qu’on ne cherche pas non plus à leur donner le change, qu'on s’efforce, au contraire, de leur donner satisfaction, il devient le plus facile ù gouverner, et le plus prêt à tous les héroïsmes pour servir la cause du progrès.

Ce peuple, qu’on a tant de peine à contenir avec des baïonnettes, on le contient parfaitement avec un ruban. C’est que le ruban implique la confiance, et la baïonnette la méiiance.

Je veux encore citer, entre bien d’autres qui me viennent en souvenir, deux exemples qui caractérisent cette population ouvrière de Paris.

Aux premiers jours de la renaissance de la République, un certain nombre de compagnons charpentiers allèrent délivrer de prison plusieurs de leurs camarades qui y expiaient depuis cinq ou six mois un délit de coalition. Le corps du compagnonnage auquel ils appartenaient blâma énergiquement cette démarche illégale, reconduisit en prison les ouvriers qu’on en avait tirés, et alla présenter au gouvernement provisoire ses excuses et ses regrets... On peut d’ailleurs trouver dans les journaux du temps, et l’on retrouvera dans l 'Histoire de la Révolution de 1848 de M. Garnier-Pagès, une foule de faits qui montreront à quelle hauteur peut s’élever le sentiment populaire, quand il n’est pas troublé par de perfides incitations.

Le second exemple donne encore plus de relief à l’endroit de la médaille populaire :

J’avais été chargé, aux premiers jours de mars 1 848,

d’aller visiter des blessés recueillis dans une maison hospitalière, située tout près de l’église Saint-Merrv. Ils étaient une trentaine, dont quelques-uns mortellement atleints. J’avais été conduit tout d'abord auprès de l'un de ceux-ci, qui n’avait plus, me disait le médecin, que quelques heures à vivre. 11 avait toute sa connaissance, et la conscience parfaite de sa mort très-prochaine. 11 me montra sa poitrine, percée par une balle, et il me dit presque en souriant : « Je meurs sans regret, a puisque la République est fondée. » Sachant que je venais de la part du gouvernement consoler les blessés, et leur offrir des secours pour eux personnellement ou pour leurs familles, il me demanda la main, la séri a affectueusement, puis, tournant la tôle du côté d'un lit, placé à quelque distance du* sien, et m'indiquant du doigt un autre blessé, il me dit : « C’est un murii- « cipal qui est là, avec nous... Pauvre diable! ce n’est « pas sa faute s’il a tiré sur nous... Il était commandé : « il n’y avait pas à dire... lia bien du chagrin, allez!... « Est-ce que vous n’irez pas le consoler aussi? 11 a une « femme, qui est dans la misère... Est-ce que vous ne « lui offrirez pas un secours comme à nous autres?... « Moi, je n’ai plus besoin de rien... J’ai une sœur; « mais elle a de l’ouvrage... Ça serait bien de votre « part d’offrir un secours au municipal... »

Je me montrais plus hésitant que je ne l’étais au fond, essayant de dissimuler mon émotion.

« Oh! je vous en prie, reprit-il, allez à lui! Que la « République lui pardonne comme je lui pardonne

« moi-même en mourant, et comme je pardonne à tous « les autres soldais qui ont tiré sur nous, sur le bou- « levard. Ils élaient commandés... Nous sommes tous « des frères maintenant, avec la République!... »

Je lui promis de faire selon son grand cœur.

« Ah, merci! » me dit-il.

Je dus le quitter, sur l’observation du médecin qui voulait lui épargner de trop vives impressions. Je n'allai pas directement au lit du garde municipal. Je voulais savoir si les autres blessés partageaient le sentiment de celui que je quittais, et qui suivait mes mouvements avec une inquiétude si marquée, que le médecin dut le rassurer sur mes intentions... Tous les autres m'exprimèrent le même désir, et quand j’arrivai au soldat, celui-cf, qui connaissait les généreuses dispositions de ses camarades de salle, se mit à pleurer abondamment. Puis, son émotion un peu maîtrisée, il me dit tristement : « Moi, je n'ai droit à rien!... J’ai tiré sur le peuple... Malheureux que je suis!... Non, je n’ai droit à rien... » J’eus de la peine à lui faire agréer pour sa femme une promesse de secours; et mon instance auprès de lui me valut un ineffable sourire de remerciment de la part de tous les blessés...

Voilà le peuple qu’on nous présente comme ingouvernable !

Ah! ceux-là qui le disent n'accusent qu’euxmêmes!...

LE SECHET DU PEUPLE

Après ce qu’on vient de lire, je pourrais parfaitement dédaigner l'opinion qui prétend qu'on aurait raison de notre peuple, comme on avait raison de celui du bas-empire : avec du pain et des fêtes. Mais, en la réfutant, elle me sera une occasion de dire certaines choses, dont les hommes d’Etat et les inspirateurs des classes aisées pourront faire leur profit, s’ils daignent lire ce livre.

Parlons d’abord du pain, et généralement de l’assistance matérielle.

Le pain que mange le peuple ne peut lui arriver que de deux sources : ou du travail, ou de l’assistance.

Or, à qui a-t-il donné le droit de croire qu’il mange de bon cœur le pain qu'il tient de l’assistance, publique ou privée, lorsque le malheur des temps le force à y avoir recours? Qu’on ne s’y trompe pas : ce pain est amer, même pour la partie inférieure du peuple, pour celle qui a, au moindre degré, le sentiment de la dignité; à plus forte raison, est-il amer à la classe dont nous nous occupons particulièrement.

Quant au pain gagné par le travail, il n’est ni assez abondant ni assez succulent pour ne laisser rien à désirer de plus que des fêtes.

On croit trop volontiers que, le travail appelant les bras à Paris cl le salaire haussant un peu, l’ouvrier

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