NI UU PAIN NI DES FÊTES
s’estime très-lieu reux. Cette croyance est erronée. D’abord, quand le travail est notablement offert dans Paris, on y accourt de toutes parts, et l’offre des bras n’y est jamais inférieure à la demande. Ainsi, pendant qu’on a démoli et rebâti une grande partie de la capitale, c’est la population ouvrière flottante qui a le plus profité de la surélévation momentanée des salaires.
Puisque nous abordons cette question de l’intérêt matériel de la classe laborieuse de Paris, faisons justice d’une erreur qui n’est pas seulement celle des hommes d’État et des classes aisées; mais aussi celle de plusieurs des avocats dévoués de la cause populaire.
11 est hors de doute que si le peuple manque de pain, il accusera l’administration publique d’imprévoyance; la colère germera dans son cœur; il croira aux accapareurs et môme à la connivence des hommes d'ÉtaL II faudrait donc avoir perdu le sens pour ne pas reconnaître que le premier souci des gouvernants est de veiller à ce que, en échange de son travail, la classe populaire soit toujours assurée de la suffisante vie.
Un gouvernement, ne fût-il soucieux que de sa propre conservation, doit faire tout au monde pour éviter aux ouvriers les douleurs de la faim, et même l’humiliation de recourir à l’assistance publique. Non que l’insuffisance du strict nécessaire doive inévitablement déterminer des soulèvements populaires; mais parce que les privations s’inscrivent d’une manière indélébile dans l’âme du peuple, surtout celles dont il
lui semble, à tort ou à raison, qu’on aurait pu prévenir la cause, et cela fait à l’endroit des gouvernants une note très-fdcheuse...
Mais si l'on s’expose à celle mauvaise note, si l’on n’a su ou si l’on n'a pu conjurer une crise alimentaire, on se tromperait, d’autre part, en croyant s'assurer la reconnaissance populaire par des fondations philanthropiques ; et c’est là l’erreur que je veux relever.
Des trois classes du prolétariat parisien, celle qu’on a le plus à cœur de toucher, est, assurément, celle qui a des préoccupations politiques. Or, c’est précisément celle-là qui est le plus antipathique aux institutions de la philanthropie officielle. Ce sont les classes moyenne cl inférieure qui sont les plus disposées à en faire leur profit. Mais qui compterait sur une gratitude effective de leur part serait bien naïf... La classe inférieure, par cela môme qu'il faut la nommer ainsi, n’est pas capable de reconnaissance. La classe moyenne le serait davantage; mais je l’ai dit : c’est toujours à regret qu’on a recours à l’assistance; le sentiment de la dignité en reçoit nécessairement une atteinte; et d’un autre côté, en dépit des recommandations faites aux agents inférieurs de l’administration spéciale, ceux-ci n’accomplissent pas toujours leurs fonctions avec une délicatesse telle que le besoigneux ne soit pas humilié... C’est ainsi que le pain reçu devient amer au point d’effacer la gratitude.
Je ne voudrais certainement pas décourager les efforts de la philanthropie; mais il faut qu elle sache