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L'INSTINCT ET LA RAISON

tendance erronée, qui leur est commune, et qui, fort innocente en elle-même, peut avoir pourtant de déplorables effets. Je la veux signaler et combattre parce qu’elle est la cause première des malentendus qui peuvent avoir lieu entre la tête et le corps de la démocratie, et que, par suite,, elle amoindrit considérablement la puissance attractive du parti.

Constatons d'abord le fait capital qui ressort des considérations précédentes; nous nous demanderons ensuite pourquoi la plupart de nos libres penseurs semblent le méconnaître.

J’entends dire que l'Instinct joue un rôle immense dans la marche progressive de l’humanité; — et que, dans les expansions de la Révolution, particulièrement, il a joué, jusqu’à ce jour, le principal rôle.

Le fait est que celle-ci puise bien plus sa force dans l'Instinct que dans la Raison.

Or, l’erreur commune au monde savant, et dont nos libres penseurs ne savent pas assez se défendre, est de croire le contraire de ce que je viens d'affirmer. L’Instinct n'aurait pas de part, ou n’en aurait qu’une insignifiante dans l'œuvre de progrès; c’est à la Raison pure qu’il en faudrait reporter tout l’honneur.

Celle manière de voir les choses est tout simplement le résultat d’une petite faiblesse, propre aux penseurs qui ont lutté ou qui sont disposés à lutter pour les droits de la Raison : ils lui font la part d’autant plus belle qu’ils l’aiment davantage, et que, d’ailleurs, ils sont ses privilégiés... Cependant, qu’ils

LE SECRET DU PEUPLE, y prennent garde ! En voulant l'élever trop haut, ils lui enlèveraient et son caractère démocratique, et, — ce qui est bien plus grave, — le moyen d'ôtre féconde.

La Révolution française qui a déjà tant fait, et qui ferq plus encore pour assurer à la Raison la plénitude de ses droits, n’a pas entendu, je suppose, que celle-ci, enivrée par scs courtisans excessifs, deviendrait une précieuse, affichant les plus ridicules prétentions aristocratiques; une bégueule, affectant de tenir à distance la multitude illettrée, et entendant n’ètre accessible qu'aux gymnastes intellectuels. C’est telle pourtant, si l’on n'y mettait ordre, qu’on nous ferait la jeune et belle émancipée!...

J’ai dit que, de plus, elle deviendrait stérile. Voici comment : Ses adorateurs et servants exclusifs feraient de la Raison une sorte d’immaculée, croyant se féconder d’elle-môme, ou s'imaginant entretenir commerce direct avec la Divinité... Or, il n’est pas vrai qu’elle puisse se suffire à elle-même, ni quelle entretienne un commerce direct avec la Divinité : c’est l’Instinct seul qui la peut féconder; et, si elle s’y refuse, elle sera stérile. Il lui faut donc, de toute nécessité, à cette reine, sous peine de ne porter aucun fruit, un prince époux ; et je l'ai nommé. Si elle enfante, c’est grâce à l'Instinct, qui lui communique, en quelque sorte malgré elle, pendant son sommeil, le germe de toute vérité. Mais c'est pour cela précisément que sa gestation n’est pas aussi puissante que

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