L’INSTINCT ET LA RA1SÔN
si l’aclc générateur était un fait d’entière connaissance cl de pleine liberté...
L'Instinct, pris par son grand côté, n’est autre chose que la loi providentielle agissant sur l’hurnanité, et se manifestant par les énergiques et persistantes aspirations de certains peuples ou de certaines fractions de peuple. — La Raison, c'est la liberté humaine, s’appliquant à deviner, à traduire, à préciser successivement le sens des aspirations instinctives, et à en faire son profit.
Dans notre cas particulier, l’instinct du jrogrès social, aijissaut sur toutes les classes, trouve néanmoins son expression la plus énergique dans le peuple politique de Paris; — et l'œuvre de la raison, à truelle tout le monde prend part, est plus spécialement faite par la classe des libres-penseurs.
Étant bien entendu que nulle catégorie n’est destituée des facultés instinctives ni de celles de raisonnement, mais seulement que les premières sont, de fait, prédominantes dans certaine classe, et que les secondes le sont dans certaine autre classe, il suit de là qu’une division naturelle du travail s’établit pour l’émission successive des vérités nécessaires à l’humanité.
De même que, dans l’ordre industriel, il y a les préparateurs de la matière première, puis, les ouvriers qui la façonnent et mettent le produit en circulation, de môme, dans l'ordre des conceptions sociales, il y a un monde fournisseur des données premières,
2'J2 LE SECRET DU PEUPLE
puis un autre, qui les lire à clair, les formule, et les
approprie à nos communes facultés spirituelles.
Ainsi, au point de vue social, et en ce qui concerne l’émission des idées, c’est au sentiment populaire que nos libres penseurs doivent aller demander leurs inspirations. C’est là qu’est la source où ils peuvent puiser sans jamais la tarir; elle aura môme d’autant plus à donner qu’on lui demandera davantage. Plus les ouvriers intellectuels seront exacts traducteurs et bons conducteurs de l’aspiration instinctive, plus sera fécond mariage de l’Instinct et de la Raison.
J’ai parlé de ce phénomène comme d’un fait incontestable. J'avoue que j’aurais une triste opinion de toute personne qui le voudrait contester. Depuis qu’il m’a frappé, et que j’en ai la pensée pleine, j’éprouve le besoin d'en parler à mes amis, et je n’ai encore rencontré que de chaleureuses adhésions : ce qui me fait espérer que nos libres penseurs ne refuseront pas la leur, d’autant que je ne suis pas l’auteur de la découverte, si c’en est une de constater un fait qui exerce si universellement son empire. En tout cas, ce serait à l’un des plus illustres et des plus profonds penseurs contemporains qu’il faudrait en reporter l’honneur : à M. Michelet lui-même.
Cet éminent publiciste a écrit, il y a une vingtaine