L’ÉGLISE D’AUTREFOIS
et que, si l'élément laïque a sa part du bien qui a été fait, il a aussi sa part de responsabilité du mal. L’Église enseignante était puissante par cela seulement que l’Église enseignée était fervente dans sa foi et son obéissance. La première n’était, en définitive, que la plus haute expression de l’autre.
Il est bien clair que 1 institution catholique n'a pas tenu toutes ses promesses, tant s’en faut! C’est précisément parce quelle ne les a pas tenues foutes que la Révolution s’est faite; mais ce n’est pas une raison pour que la postérité soit dispensée de lui être reconnaissante des promesses tenues. Aussi bien la grande partie de la société européenne qui a échappé, par le protestantisme, «à l’influence de l’Église n'a-t-ellc pas pris énormément, ce semble, les devants sur le monde catholique. D'ailleurs, ce n’est pas une société protestante qui est l'initiatrice de la rénovation du monde moderne : on ne fera pas que la Révolution ne soit française.
Si l'action, incontestablement utile, de la critique protestante n’a pu provoquer, dès le seizième siècle, la révolution qui s’est produite à la fin du dix-neuvième, cela ne prouve pas, du reste, contre le protestantisme; cela prouve seulement que le progrès s’opère lentement dans le monde, et qu'il fallait encore plusieurs siècles à l'esprit humain pour passer des données catholiques et protestantes aux données vagues encore de l’ère que nous inaugurons.
De même que les chrétiens des premiers siècles
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ôtaient loin do pouvoir préciser le caractère vrai de la révolution qu’ils commençaient, de même, nous qui sommes ou qui nous croyons si bien affranchis, spirituellement parlant, nous n’avons pas su préciser encore le caractère vrai de la révolution que nous faisons, et dont nous poursuivons les développements... El lorsque, dans quelques siècles, la critique s'exercera rétrospectivement sur le parti démocratique actuel, qui est l'Église de la Révolution, elle pourra s'étonner qu’il ait mis tant de temps à élaborer sa doctrine. Elle pourra peut-être reprocher aussi au parti démocratique de n’avoir pas tenu toutes ses promesses. Car, de même encore que nous comprenons bien plus largement aujourd’hui qu’on ne comprenait autrefois les promesses de l’Évangile, de même on comprendra un jour bien plus grandement que nous ne comprenons aujourd’hui tout ce que contiennent les principes de notre Révolution.
Ne soyons donc pas trop dédaigneux à l’égard des générations passées, et efforçons-nous de faire notre œuvre de manière que les générations futures ne soient pas non plus trop dédaigneuses à l’égard de la nôtre.
Le rationalisme moderne, sans nier l'action providentielle, repousse l’idée de l’incarnation divine dans un individu, et peut s’appuyer sur de très-solides raisons; mais, dans le passé, l’intervention directe de la Divinité dans les choses humaines était universellement admise, tantôt sous une forme, tantôt sous une