‹ Le secret du peuple de Paris A. CorbonChapitre 42 sur 64 · L'ÉGLISE D’AUTREFOIS · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE D’AUTREFOIS

autre. L’Église catholique s’est fondée sur cette donnée; et s’il est vrai que celle-ci a pu gêner considérablement, vers la fin du moyen âge, l’essor de l’esprit humain, il faut reconnaître aussi qu'elle a été trèsutile à la révolution qu’opérait le Christianisme. Grâce à celle croyance universelle que l’Église était d’institution divine, le premier homme venu du peuple, sacré clerc, pouvait commander le respect au patricien le plus puissant. Il faut songer à ce qu’était alors un homme de la plèbe par rapport au patricien, pour comprendre toute la portée révolutionnaire de ce fait.

Car, c’était parmi les classes infériorisées que l’Église primitive recrutait particulièrement sa milice ; et si celle-ci n’cût pas eu, dans l’opinion générale, un caractère sacré, loin d'être respectée et obéie par la classe brutale des dominateurs, elle eût été, au contraire, parfaitement méprisée, et même impitoyablement châtiée, à cause de sa tendance démocratique; et cette première grande étape dans la voie de la rédemption terrestre des multitudes opprimées n’eût pas été fournie...

11 faut donc y regarder à deux fois avant de conclure qu’il eût mieux valu que l’Église se donnât comme étant d’institution purement humaine. D’un autre côté, il ne serait pas raisonnable de supposer que généralement elle ne croyait pas avoir le caractère qu’elle s’attribuait. Elle y a cru comme toute la société catholique. Or il serait illogique de penser

LE SECRET DU PEUPLE, que le bien se puisse faire dans le monde au moyen de l’erreur et de la fraude. Nous disons que, de la part de l’Église, il n’y avail pas fraude, au fond; et, pour ce qui semble erreur, il est peut-être telle explication que le rationalisme moderne accepterait sans trop de peine.

J’oserai en proposer une moi-même, en temps et lieu. En attendant, reconnaissons que l’Église a préparé le terrain que féconde la société moderne. Elle a. passé la première et la plus longue partie de son existence à favoriser la vie active et progressive: puis elle s’est arrêtée, et elle aurait voulu que tout s'arrêtât avec elle. 11 était trop tard. L’esprit de vie, à mesure qu’il quittait l’Église, passait à la société civile, et celle-ci continuait ses développements. C’est là ce qui cause l’écart grandissant à vue d’œil entre le monde qui s’inspire de l’esprit de Rome et le monde qui s’inspire de l’esprit nouveau.

Concluons donc, sur ce premier point, que, si la société moderne entend briser les lisières au moyen desquelles l'Église la voudrait maintenir, c’est grâce à ces lisières que 'a société d’autrefois a appris à marcher. La nation prédestinée qui a fait la Révolution, qui a inauguré l’ère nouvelle, celte nation catholique jusqu’en 1789, et plus tard encore, témoigne qu elle n’était pas, pour cela, inférieure aux nations religieusement affranchies. Le Catholicisme a fait au peuple français la courte échelle pour qu’il pût s’élever à la Révolution.

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