‹ Le secret du peuple de Paris A. CorbonChapitre 47 sur 64 · FIDÈLE A L’ÉVANGILE · texte numérisé non relu

FIDÈLE A L’ÉVANGILE

Voilà ce qui s’est dégagé d’essentiel, pour le peuple et pour toute la société moderne, de la doctrine évangélique, ou plutôt, voilà, réduite à sa plus simple expression, toute la doctrine chrétienne.

Et quiconque, philosophe, prêtre ou pasteur, oserait dire à la face de la société que telle n’est pas la pensée principale du Nouveau Testament, serait traité d’imbécile ou de fourbe.

D’ailleurs, tous les prédicateurs catholiques ou prétestants commencent leurs sermons par l’affirmation de la fraternité humaine; d’autre part, le suprême préposé au gouvernement de l'Église se qualifie de « serviteur des serviteurs de Dieu, » ce qui est l’affirmation parfaitement claire que le pouvoir est un service public, et non un privilège; un devoir, et non un droit.

De sorte que celui-là ferait preuve d’un bien courageux cynisme qui, jouissant de sa raison, prétendrait hautement que la doctrine, telle qu’on l’entend généralement, et telle en définitive qu’elle a été entendue dans tous les temps, mais très-peu pratiquée, n'est pas la vraie, la pure doctrine chrétienne.

Eh bien, cela étant, à quel esprit sérieux, connaissant un peu le peuple dont nous parlons, ferait on croire que celui-ci n’est pas plein de cette doctrine? Je dis plus : on ne trouverait pas, dans toute la chrétienté, une classe, sans excepter les corps sacerdotaux, qui soit aussi chaudement, aussi largement et aussi fructueusement chrétienne que celle à laquelle le monde dévot voudrait contester ce litre...

Mais ce monde dira : « La première condition pour être chrétien, et sans laquelle on n’a aucun droit à ce titre, c'est de croire au caractère divin de Jésus. Le peuple y croit-il, oui ou non? »

Je confesse qu’il m'est impossible de répondre oui ou non. Mais qu’il y croie peu ou qu’il n’y croie point, l’essentiel n’est pas là, quoi qu’en disent les dévots; l'essentiel est qu’il ait à cœur de voir s’étendre et se pratiquer dans toute leur ampleur les principes sociaux du Christ. Or, comme on ne peut contester son passionné désir de les voir triompher, on ne peut, par conséquent, lui contester la qualité de chrétien.

Par exemple, en adoptant et en propageant avec ardeur le système d’un réformateur, on sert bien plus à souhait celui-ci qu’en idolâtrant sa personne; et il serait bien plus flatté du zèle des propagateurs de sa pensée que des stériles hommages que d’autres lui rendraient directement. Les natures supérieures sont ainsi faites. Abaissera-t-on la sublime ligure du Christ au niveau de ces personnalités follement orgueilleuses, dont la suprême volupté serait de voir le monde se prosterner à ses pieds? Estimons donc qu'en servant l’idée chrétienne, comme il la sert, le peuple est plus l’ami du «Fils de l’homme» que s'il se confondait en dévotions en son honneur...

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