CHAPITRE VI
Il n'est pas de conception touchant la destinée humaine qui ne laisse beaucoup à désirer; parce que nous aspirons toujours à connaître plus que nous n'avons saisi, et qu'une vérité trouvée détermine le besoin d'en trouver une plus haute. Il serait donc peu raisonnable d'exiger d'une doctrine, pour la déclarer acceptable, qu'elle satisfasse pleinement notre besoin de percer tous les mystères de la vie. La meilleure, relativement, est celle qui, tout à la fois, donne l'explication la plus satisfaisante des phénomènes humains, et répond le mieux à nos persistantes aspiralions.
• DASE DE CKUTITUDE. ÔD3
La donnée qui fait de notre monde un vaste atelier, et de l'homme un ouvrier au compte de l'Être suprême, est-elle, plus qu'aucune autre, dans cette condition de perfection relative? Ce qui est hors de doute, c'est que, mieux qu'aucune autre, elle donne et l'explication des aptitudes humaines, et celle de l'agrandissement progressif de l'inslrunient de travail. Nonseulement elle est dans la conscience de la société moderne ; mais encore elle est sur les lèvres de presque tous nos libres penseurs. Elle est même plus ou moins explicitement formulée dans une foule d'écrits contemporains. Elle opère en ce temps-ci son passage du sentiment à la raison. C'est, ainsi que je le disais tout à l'heure, la donnée morale et religieuse de la Révolution qui commence à s'affirmer.
Les esprits difficiles voudront qu'on leur définisse la fonction terrestre; le but précis de l'activité humaine. « L'homme peut se tromper et être trompé, diront-ils; les preuves ne sont que trop éclatantes! Comment saura t-il qu'il emploie bien ou mal ses facultés? A quel signe reconnaîtrons-nous que l'homme se conforme aux vues de l'invisible ingénieur en chef, ou qu'il les contredit? »
Ces questions-là, chacun de nous a un intérêt immense à se les poser et à pouvoir les résoudre d'une manière satisfaisante.
D'abord, c'est à la source môme d'où vient la donnée première qu'il faut aller demander la lumière sur les applications, c est -à-dire au sentiment
humain, ou, pour dire plus juste, à son assentiment.
Prenons-le, cet assentiment, là où nous pouvons le saisir : autour de nous, dans la société où nous sommes. Nous serons d'autant moins exposés à l'erreur que nous opérerons sur la fraction la plus développée de l'humanité, c'est-à-dire sur celle qui exprime le mieux le sens humain.
Nous pouvons dire avec certitude que toute action de l'homme qui appelle irrésistiblement l'estime sérieuse de la sociélé moderne, ou qui provoque son admiration soutenue, est une action conforme aux vues de l'Intelligence suprême.
Or, d'une manière générale, quelles sont les actions qui appellent irrésistiblement l'estime sérieuse ou qui provoquent l'admiration soutenue du monde moderne? Si nous y regardons bien, nous verrons clairement que ce sont, d'une part, toutes celles qui tendent à augmenter la valeur morale, physique et intellectuelle de l'homme; et, d'autre part, toutes celles par lesquelles l'homme prouve sa puissance transformatrice, son génie inventif, son audacieux besoin de percer les mystères du monde...
Il est impossible, sans doute, de définir d'une manière précise la fonction humaine, autant qu'il est impossible de dire à quel point l'homme en est de son œuvre ; mais les ombres persistantes ne doivent pas amoindrir la valeur des lumières acquises, et c'est déjà beaucoup d'avoir la base de certitude que nous donne l'assentiment humain.
Les erreurs passagères de l'opinion générale n'amoindrissent en rien cette base de certitude. Car l'observation approfondie donnerait certainement la preuve que, en accordant son estime ou son admiration à une action d'une moralité contestable, l'opinion générale croyait y voir le bon côté qui, peut-être, n'y était pas. Les erreurs de ce genre ne sont jamais que passagères, et se rachètent d'ailleurs par Tinlention qui est toujours de glorifier dans l'homme le courageux lutteur ou l'heureux créateur.
Qui donc, en définitive, n'a pas compris que ce sont les héros de la science, de l'art, de l'industrie; en un mot, les héros de la vie active, qui occupent la première place dans l'estime de la société moderne?
Pendant que l'Église béatifie le mendiant Labre, l'opinion moderne rejette de son idéal Panthéon non-seulement les apôtres du suicide ascétique, mais toutes les personnes dont la grandeur a consisté à tenir le monde en une tutelle écrasante. Elle y place ceux-là seulement qui, ayant notablement agrandi l'instrument de travail humain, ont, par cela même, glorieusement témoigné qu'ils sont les collaborateurs de Dieu.
Quels sont, en effet, dans les drames que représentent nos théâtres, les personnages hisloriques jouissant du privilège d'inlénîsser la foule et de provoquer ses élans sympathiques? Ce sont les martyrs de la pensée, les grands inventeurs et les puissants artistes ; ce sont les intrépides explorateurs du globe, les savants qui nous révéhint les phénomènes du vrai ciel.
et qui nous ouvrent ainsi des horizons incommensurables...
N'y a-t-il pas, dans ce fait indéniable, une indication très-lumineuse?
Mais voici qui est encore plus significatif :
Les noms les plus vénérés dans la classe populaire ne sont pas, ainsi qu'on le croirait, ceux des hommes dont les heureux efforts ont eu pour résultat d'augmenter les ressources alimentaires, ou d'améliorer autrement la condition matérielle des classes laborieuses; non. Nous leur sommes reconnaissants ; mais ils n'occupent qu'une place très-secondaire dans notre estime : la première y est occupée par les noms des hommes dont les travaux frappent le plus l'imagination, et qui ont accru, non pas notre bien-être, mais le sentiment de notre puissance.
Cette préférence est d'autant plus remarquable, que nous ne pouvons guère apprécier les œuvres des hommes que nous glorifions ainsi, et que les mystères percés par la science demeurent encore longtemps mystères pour nous... G est l'élection du Génie par rinstinct.
Ces indications, fournies par l'assentiment général, me paraissent tellement concluantes, prouvent tellement que l'humanité travaille plus que pour ellemême, révèlent si bien la grandeur de son rôle, que je n'imagine pas ce qu'une intelligence saine pourrait leur opposer.
Qu'on veuille bien remarquer, d'ailleurs, que cette
HASE DE CEKTlTliDE. 51)7
donnée coupe court aux abus : Ici, pas de puissance intermédiaire entre l'homme et Dieu; personne qui ail mission divine de lier ou de délier l'âme humaine. Les devoirs et les droits parfaitement saisissables à l'esprit.
Rien de si facile que de déduire de là une morale, une polifique et une économie politique.
Tout ce qui a pour effet d'accroître notre valeur morale, physique et intellectuelle, c'est-à-dire tout ce qui peut augmenter notre puissance sur le monde, est dans l'ordre du bien ;
Et tout ce qui fait obstacle au développement de nos facultés, c'est-à-dire tout ce qui amoindrit en nous le créateur en sous-ordre, est dans l'ordre du mal.
Ainsi, le moraliste, l'homme d'État, l'économiste et le socialiste peuvent avoir une règle certaine pour gouverner ou conseiller; comme nous-mêmes, de la foule, en avons une pour juger nos gouvernants et nos éducateurs. Tout ce qui, de leur part, contrariemil le développement et l'application des aptitudes humaines, serait une violence faite à l'humanité et un vol commis envers Dieu.
Dans l'ancien système, le monde étant donné |)0ur un lieu d'exil, où le genre humain n'avait qu'à expier le péché originel, le prêtre et le roi présidaient à l'œuvre expiatoire : ils étaient les gardiens de l'immense chiourme. L'un tenait de Dieu la mission de rappeler iiM<'ss;iininent à l'homme son indignité, et de provu-
quer en lui le repentir, la mortification, l'appel en grâce, et surtout Tobéissance aux puissances de droit divin; — l'autre avait pour mission particulière de maintenir l'ordre dans le bagne, et de faire sentir la pointe du glaive à ceux des expiants qui osaient douter de la légitimité du système.
Sans doute, cette manière de gouverner était une énorme dérogation à la pensée chrétienne; sans doute aussi le système n'a pas été appliqué dans toute sa rigueur. Cependant les sanglantes répressions des schismes et des hérésies d'autrefois prouvent que les préposés, de droit divin, à l'œuvre expiatoire ont parfois lugubrement pris au sérieux la mission qu'ils s'attribuaient.
Je ne reviens ici sur cette donnée du passé que pour lui opposer la féconde donnée de l'esprit moderne. Ici, la lettre, qui commence à se formuler, est en parfait accord avec l'esprit ; c'est l'aspiration naturelle qui se fait doctrine ; et l'attachement de l'homme à la terre trouve sa haute légitimation. Le lieu d'exil devient de plus en plus le domaine que doit modifier le génie humain; le bagne se transforme en champ de travail ; et les gardes-chiourme en chef sont appelés par la raison épurée au rôle bien plus noble de chefs d'atelier.
Le prêtre de l'avenir, moraliste pur et simple, tirera son autorité de sa valeur personnelle, exclusivement. Il enseignera toujours, sans doute, à « connaître, à aimer, à servir Dieu ; » mais comme l'entend l'esprit
moderne, et non plus comme l'entendait le système d'expiation. — Il n'aura plus à cœur d'infirmer indirectement notre libre arbitre, en infirmant, de parti pris, notre raison, au profit de quelque conception artificielle : il excitera, au contraire, en nous, le besoin d'élargir progressivement le cercle de notre liberté morale, en nous inculquant une plus ferme conscience de ce que nous pouvons tirer de notre propre fonds. .. 11 ne nous prêchera plus de mépriser le monde présent; mais bien, au contraire, de nous y attacher et d'y mériter de Dieu, en employant toutes nos énergies selon les indications que peuvent nous fournir et l'aspiration instinctive et la science acquise. Par conséquent, au lieu de considérer comme son devoir suprême de nous faire porter le deuil de la vie, il considérera comme suprême devoir de nous en faire porter le triomphe, en nous excitant à la rendre fructueuse. Ainsi, autant l'ancien système, pris à la lettre et appliqué dans toute sa rigueur, eût mené droit à la mort, autant le système inspiré par l'esprit de la Révolution mène droit à l'accroissement indéfini de la vie ; — autant celui-là eût été stérile, autant celui-ci doit être fécond ; — autant l'un refoulait nos aspirations naturelles et persistantes, autant l'autre veut leur donner ample satisfaction; — autant le premier concluait à étouffer le génie du créateur en sousordre, autant le second conclut à développer toutes ses ressources; — autant, enfin, l'ancien eut abaissé, humilié, annihilé le collaborateur de Dieu, autant
iOO LE SECRET DU PEUPLE.
le nouveau le relève, le réconforte, et le glorifie!...
« Soit! » diront cerlains catholiques, ou protestants, ou philosophes spiritualistes; « mais nous ne « sommes pas moins soumis à la mort. Or, que de- « vient, dans ce système, l'âme, immortelle etrespon- « sable? Demeure-t-elle clouée à la terre, renaissant « dans notre humanité? ou va-t-elle, reprenant un « corps nouveau, habiter successivement d'autres « sphères? Y a-t-il une existence supérieure pour les u âmes qui ont bien mérité, et une expiation pour (( celles qui ont démérité? Enfin, les âmes élues sontf< elles toujours actives, toujours libres, et, partant, « responsables? Peuvent-elles déchoir? Celles qui ont « démérité peuvent-elles se relever? » etc., etc.
Questions graves, assurément, et dont l'esprit ne peut se désintéresser, quoi qu'il fasse. Le champ des hypothèses est ouvert, et chacun peut s'y élancer; mais je m'en garde. Les indications que je trouve dans les tendances de la société, et plus particulièrement dans la constante préoccupation du peuple, ne me mènent pas à ces hauteurs où le vertige pourrait me prendre. Je laisse aux esprits compétents le soin de méditer sur ces questions délicates. Nous savons déjà que plusieurs de nos philosophes les ont abordées hardiment ^ Mais, lors même que la libre pensée contem
* M. Hetiri Martin a bien voulu m'écrire la note suivante sur le système de l'auteur de Ciel et terre. Je regrette de n'être pas en mesure de donner ici pareille note sur chacun des principaux systèmes qu'a pu produire la libre pensée du siècle :
« Mon cher ami, — voici approximativement, non pas le résumé mé-
poraine ne pourrait répondre d'une manière tout à fait satisfaisante à cette curiosité bien légitime, il suf-
Ihodiqiie du livre dans lequel J. Reynaud a entrepris d'exposer la philosophie religieuse de notre temps; mais à peu près les données les plus générales auxquelles il est arrivé.
« Le genre humain vit moralement de deux idées, qui résultent de la nature même de son esprit :
« 1° Dieu, ou la cause suprême, intelligente, volontaire et toujours active, dont la notion est allée se précisant de religion en religion jusqu'au christianisme;
« 2° Vâme, ou la notion de l'homme, en tant que principe d'action, que orce simple, indissoluble, non atteinte par le phénomène de la mort, qui n'est que la dissolution du groupe de forces subordonnées, servant d'organes à l'âme ou à la personnalité.
« Ces deux idées constituent la religion. Les religions positives ne sont que les formes imparfaites et perfectibles dont l'homme revêt les vérités éternelles.
« Il faut se rattacher aux traditions; mais en les reliant les unes aux autres, et en développant progressivement tout ce qui s'y trouve contenu en germe, en vertu du principe de la perfectibilité, qui est la loi universelle des êtres créés,
« Ce principe de perfectibilité, qui avait déjà fait de grandes, mais incomplètes apparitions dans les religions de l'antiquité, est la révélation capitale des âges modernes et le dogme générateur de l'avenir.
n La destinée de l'homme et celle de l'univers sont régies par ce prin- ( ijn'. L'homme, l'âme ou la personne, — ce qui est la même chose, — tiéé d'abord dans un état inférieur, et pour ainsi dire dans un étal embryormaire, est destiné à se perfectionner sans limite dans une succession d'existences sans fin, quoiqu'il ne doive jamais atteindre la pereclion absolue, ce qui serait devenir Dieu, et ce qui est impossible.
« L'idée du péché originel est vraie; seulement chacun de nous a été, pour ainsi dire, Adam et Eve. Nous avons déjà existé avant de venir sur celle terre, et nous y apportons les facultés et les tendances résultant de nos chutes cl de nos progrès passés. Nous n'avons pas la méinoire de notre existence anlérictue, parce que nous n'avions pas encore une conscience assez forte de nou.s-même i)our qu'elle ait survécu à la morl. Nous retrouverons la mémoire dans une autre vie, quand nous aurons mériU* d'atteindre ce degré de lumière cl de moralité où la créature échappe au mal cl aux ténèbres pour toujours, c'est-à-dire ce que les religions nomment le ciel, et que l'on peut nommer l'élal d'immortalité,
firait, pour être pleinement rassuré sur tous ces points délicats, de ne pas douter de la souveraine Intelligence, qui est en même temps la suprême Justice. En attendant que l'esprit humain, de plus en plus pénétrant, ait résolu successivement les immenses problèmes que lui pose incessamment l'aspiration instinctive, appuyons-nous sur la solide base de cerliluderessorlant des invincibles tendances de l'homme, et que chacun de nous se dise avec confiance, pour ce qui est de la responsabilité deFàme : « Fais ce que dois, advienne que pourra ! »
parce qu'on n'y passe plus par les phénomènes de la mort et de l'oubli quoique l'existence y reste perpétuellement active et progressive, et quoiqu'on y reconnaisse encore le changement, mais seulement entre des degrés divers du bien.
« Le Christianisme, qui a tant développé, tant perfectionné l'homme moral, a laissé dans l'ombre les conceptions des grandes religions antérieures sur les existences successives de l'homme, et sur l'ensemble de sa destinée. Ces traditions demandent aujourd'hui à rentrer dans le sein élargi de la religion, en s'éclairant de toutes les connaissances, et en s'inspirant de tous les sentiments du monde moderne.
« Henri JhuTix. »
CONCLUSION GÉNÉllALE
Ai-je embrassé plus que ne comportait mon sujet ; et, sous prétexte de faire connaître le secret du peuple, n'ai-je cherché qu'une occasion de dire le mien? On pourra le croire, et ne se faire faute de le dire. On aurait tort. Non, je n'ai pas embrassé plus que ne comportait mon sujet; car je ne suis pas allé au delà du point où me portaient les préoccupations populaires; et, d'autre part, je prête si peu gratuitement au peuple mes tendances personnelles, que j'ai laissé voir, en plusieurs endroits, les modifications considérables que l'étude patiente de ses aspirations avait opérées sur mes propres croyances. A mesure que j'ai pénétré plus avant dans son âme, j'ai communié plus intimement avec lui» J'ai tiré de son fond des indications que je liens poui' trés-himineuses;
mais je ne lui prête rien, si ce n'est un miroir dans lequel je voudrais qu'il pût se regarder, parce qu'il y prendrait une plus haute conscience de lui-même.
J'ai dû glisser sur ce que notre peuple a de commun avec toutes les grandes aggloméralions, cl insister sur ce qui le distingue des autres classes populaires et constitue sa vigoureuse originalité. J'avais pris, d'ailleurs, et d'une manière formelle, l'engagement de préciser autant qu'il me serait possible, « l'irrésistible instinct *qui le pousse à se préoccuper avant tout des intérêts généraux, et lui fait saisir les aspects les plus grandioses des formidables questions soulevées par l'esprit du siècle, alors même qu'il n'en comprend pas les détails et qu'il en méconnaît les dangers. » Il me fallait donc au moins essayer de faire toucher ces aspects grandioses que saisit l'imagination populaire. J'ai peut-être mal élreint; mais j'avais immensément à embrasser.
D'ailleurs, avant de conclure, récapitulons brièvement, pour montrer que mon sujet ne me permettait d'éluder aucune des grandes questions qui émeuvent la société moderne.
Nous savons que notre classe ouvrière a une répugnance marquée à se laisser river aux intérêts terre à terre de la vie professionnelle; que, par suite, les règlements du travail qui lui sourient le plus sont ceux qui semblent devoir la dispenser mieux du souci de la prévoyance personnelle.
D'où vient cette disposition? On le sait d'avance. Pen-
CONCLUSION GÉNÉRALE. 40t)
dant que notre ouvrier type fonctionne dans son alelier spécial, sa pensée voyage au dehors. Or, l'important, pour nous, étant de connaître le secret de cette pensée, il nous fallait bien la suivre. Où nous a-t-elle mené? Partout où s'étend l'influence de la Révolution; partout où le droit humain est méconnu, refoulé; partout où il y a une juste cause à défendre. Hier, c'était en Italie; aujourd'hui, c'est en Pologne; demain ce sera un autre peuple qui appellera particulièrement la vive sollicitude du nôtre; car « il a un embrassement « immense... Son unique pensée est de délivrer le « monde. Il ne veut pas qu'il y ait sur la terre un (( homme sans patrie. Il couve en lui-même, avec une « divination profonde, ce que nous appelons aujour- « d'hui ridée des nationalités ^.. »
Nous savons où nous conduirait cette idée : au désarmement général, à la paix bien garantie, à l'alliance féconde des peuples, à la restitution au travail des forces vives et des ressources innombrables que l'antagonisme actuel absorbe et annihile à mesure qu'elles se produisent.
Ces considérations sur le caractère et les tendances politiques du peuple ne nous ont donc pas fait déserter le terrain du travail, au contraire, puisque nous aboutissons à une idée qui offrirait à l'activité générale les plus puissants moyens et lui ouvrirait les plus admirables perspectives.
* Victor IIii^o.
Cela nous prouve que la manière (Vêtrc instinctive du peuple, toute inconsciente qu'elle soit en beaucoup de cas, nous force néanmoins à prendre les questions par le gros bout, et à bâter des solutions que la timidité des classes aisées, et même des bommes politiques, ajournerait indélîniment.
Je ne devais pas plus m'interdire de préciser les aspirations religieuses du peuple que ses tendances politiques. Il nous fallait avoir le secret de son désintéressement singulier des cboses du ciel, et de sa préoccupation constante des intérêts supérieurs de ce monde : je l'ai cberché; et l'on a pu voir qu'ici encore tout se résolvait en une question de travail.
La vérité est qu'en nous laissant porter sur les ailes de l'aspiration populaire, nous n'avons quitté le tout petit atelier parisien que pour nous élever à la conception de l'ateUer universel...
En allant de l' infiniment petit à l'infiniment grand, nous n'avons fait, en définitive, que passer de l'ouvrier au compte de l'homme à l'ouvrier au compte de Dieu...
Et, maintenant, que conclure de toutes les considérations provoquées par la recberche du secret du peuple?
Que c'est dans l'instinct populaire, compris par ses grands côtés et confirmé par l'instinct général, que les intelligences cultivées et amies du progrès doivent aller cbercber toutes les indications nécessaires pour développer successivement la pensée de la Révolution ;