‹ Le secrétaire et le cuisinier, comédie-vaudeville en un acteChapitre 11 sur 23 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

ALPHONSE^ ANTOINE, SOUFFLÉ, habillé à la française 7 Vépée au côté, perruque bien poudrée*

Àh! voilà notre nouveau secrétaire.

Alphonse , à part.

Comment... c'est cet original là... quelle singulière tournure.,,

souffle à Antoine, Quel esi ce Monsieur?..

ANTOINE

C'est un cuisinier que je viens d'arrêter.

SOUFFLE

Ah! c'est un cuisinier... c'est drôle que je ne le connaisse pas.., et il se nomme...

ANTOINE

Duval...

SOUFFLE

Duval... mais c'est un nom inconnu., et on ne peut pas confier mie place comme celle-là à un homme sans réputation...

ANTOINE

Il dit qu'il a du talent....

SOUFFLE

Je crois bien... ils le disent tous... mais il faut voir cela â la poëie... soyez tranquille, je vais l'interroger... et je vous dira ce qu'il en est... ( Traversant le théâtre et s' adressant à Alphonse,) Il n'y a pas long-temps, je crois , que Monsieur exerce...

ALPHONSE

Non 7 Monsieur...

souffle'.

Etpuis-je demander où Monsieur a, commence'...

Alphonse, à part.

ÏI paraît que je vais soutenir un interrogatoire dans les formes... (Haut.) Monsieur j'ai étudie.... chez Yêty.

soufflé , bas à Antoine.

Je m'en cloutais., ils ont tout dit quand il< ont prononce ce nomlà... mais j voyez-vous, il n'y a pas pour les jeunes g^ns déplus

mauvaise école que l'a cuisine publique; on s'y gâte la main... et voilà tout... (Haut.) Et Monsieur n'a pas encore travaille chez le particulier ?

ALPHONSE

Si Monsieur.*., dans deux grandes maisons, et dans un ministère. . . .

soufflé, bas à Antoine,

Ça c'est différent... il a pu se former... mais je vais bien voir... ( Haut ) Vous ne devez pas craindre alors un examen détaille' , et je vous demanderai la permission de vous adresser quelques questions....

ALPHONSE

Comment donc... Monsieur. [A part.) Par exemple, me voilà bien ! . . .

antoine, à part.

Diable ï notre secrétaire est un homme de mérite.... il a sur tous ïes sujets d*s connaissances fort étendues...

soUfflé , d'un air à" importance et après s1 être essuyé les lèvres.

Monsieur, je ne vous interrogerai pas sur les fricassées... les blancs- mangers, les suprêmes, et autres plats vulgaires qui sont FA, B, C du métier... je ne vous attaquerai pas non plus sur les cardons à la moelle, les caisses de foies gras, les soupes deperdreaux et les pâtés de macaroni, parce que là-dessus il y a des règles établies et que la routine peut tenir lieu de talent. alphonse à part.

En vérité, ce Monsieur a uue érudition gastronomique qui est effrayante.

SOUFFLÉ

Mais je vous demanderai, pour vous faire une question digne de vous... comment vous entendez les ortolans à la provençale.

ALPHONSE

Les ortolans à la provença'e...

SOUFFLÉ

Oui, quel est là-dessus votre sysièine? Le champ est ouvert aux innovations... le génie peut se donner carrière...

ALPHONSE

Ma foi, Monsieur... ( À part. ) Que le diable l'emporte... souffle, bas a Antoine.

Vous voyez qu'il se trouble !.. non, mais c'est qu'il croyait qu'il se jouerait de moi... mais ii se trompe. {Haut.) Je vous demanderai , Monsieur, si vous faites cuire l'ortolan dans sa barde, ou dans la trufte elle-même ?...

Alphonse , embarrassé.

Dans sa barde... mais je crois...

soufflé, a. Antoine,

II ne s'en doute pas. {A Alphonse.) Ecoutez-moi; nous prenons, c*fcst-à-dire, vousprenez une truffed'uue dimension... à-pcu-près.. la plus grosse qu'on pourra trouver... tous J'évidtz comme il faut.. et y placez l'ortolan enveloppé d'une double barde de jambont cru... légèrement humectée d'un coulis d'anchois... il y en a qui mettent des sardines... mais c'est une erreur... une erreur des plus grossières qu'on poisse taire en cuisine.^, vous garnissez vos truffes d'une farce corn posée de foies gras et de moelle de lceuf pour entretenir un onctueux et prévenir le dessèchement... feu modéré dessus et dessous... vous faites usage du four de campagne pour donner la couleur... et.. . vous servez chaud... Voila, Monsieur, comme on traité l'ortolan à la provençale.

ALPHONSE

Monsieur... tout cela n'est rien u théorie • c'est par la pratique qu'il faut juger le» gens.M surtout quand i) s'agit de chimie culinaire et expérimentale... {A part. ) Allons donc... je m'en vais aussi lui lâcher les grands mots , n.oi.

SOUFFLÉ

Permettez, j'ai parlé de cuisine et non pas de chimie.

Air : Adieu , je vous fuis bois charmants*

( S* animant, ) C'est au feu qu'il faudra vous voir.

ALPHONSE

"Vous m'y verrez bieotôt, j'espère.** souffle 3 à Antoine,

On aurait dû le recevoir

Tout au plus conW surnuméraire !

( A part, )

Çà n'a pas l'ombre de talent , lit ça •sent marcher sur nos races!.., C'est une horreui î. . \ ..là pourtant Comme on donne à prés» ni les places.

ANTOINE

C est bon..... c'èsl bon nous saurons bientôt à quoi nous

e" tenir mais finissons, car il faut qu'il prépare te déjeuner

de Mademoiselle et vous , voilà un rapport que Monsei-:

gneur m'a envoyé, et qui maintenant vous regarde

souffle , embarrassé '.

Ah!.,.., un rapport

ANTOINE

Oui expédiez cela avant déjeuner ça ne fera pas mal,

parce que ça donnera à Monseigneur un échantillon de vos talents..,

mettez-vous là Ali! voici la chocolatière.. ... Messieurs je

vous laisse....» chacun votre affaire

( II sort. )

Page 1