‹ Le segment bucco-oesophagien de spelerpes adspersus, PetersChapitre 3 sur 21 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Morphologie du segment bugco-œ:sophagien.

La forme générale de la portion du canal alimentaire comprise entre le- museau et le cardia peut se ramener à celle d’une raquette, dont le manche serait constitué par l’œsophage, l’élargissement par le pharynx et la cavité buccale, le maximum de largeur se trouvant au niveau des commissures.

Le plancher (pl. I, fig. 1) est limité en avant par le rebord du maxillaire inférieur; ce rebord, arrondi et lisse, est peu saillant; les dents du maxillaire inférieur se disposent, immédiatement en arrière de lui, en une seule rangée, continue et régulière; nous en avons compté 48 chez des individus adultes.

Le milieu de la cavité buccale est occupé par le volumineux plateau de la langue //./, dont les dimensions atteignent, chez les adultes, 5 mm. de longueur sur 3 de largeur. Sur le vivant, il est probable que ces dimensions sont un peu plus grandes, car le plateau est dans un certain état de turgescence qui disparaît à la fixation.

Si on soulève le plateau lingual, on découvre une large et profonde dépression, suivant l’axe médian. La moitié antérieure de cette dépression forme une gouttière arrondie, .inclinée d’avant en arrière, déterminée par le piston lingual au niveau de son insertion au plateau.

Dans sa moitié postérieure, la gouttière est fermée en un canal complet par un pont musculaire (pt.), légèrement convexe dorsalement; le bord libre de ce pont est échancré; en arrière il se confond avec la muqueuse de la cavité buccale.

Deux bombements longitudinaux flanquent la gouttière médiane; ils sont déterminés par le passage, au-dessous de la muqueuse, des muscles génio-byoïdiens {gh.].

Immédiatement en arrière des commissures, le canal digestif se rétrécit légèrement : sa paroi est tout à fait unie sur une certaine étendue. Cette plage unie est bientôt interrompue par l’apparition de replis, au niveau desquels le tube digestif se rétrécit fortement : sa section n’est plus que le tiers environ du plus grand diamètre, au niveau des commissures labiales.

La forme de ces replis, leur amplitude et leur étendue, varient suivant le degré de développement des individus.

Chez les jeunes, ayant la moitié de la taille d’un adulte, ces replis présentent un aspect très caractéristique; ils sont au nombre de quatre, à contours arrondis, et délimitent trois profonds sillons : l’un tout à fait médian (F. tr. J, les deux autres, latéraux et symétriques. Le premier est évasé dans sa partie antérieure; étroit et profond en son milieu, il s’efface ^graduellement en arrière. Sa longueur totale ne dépasse pas 7 mm.

La position de ces sillons, telle qu’elle est démontrée par la reconstruction plastique, est des plus significatives :

10 elle est comprise entre deux régions totalement dépourvues de plis;

si nous essayons de la situer relativement à la même région topographique chez Triton alpestris, nous voyons qu’elle correspond précisément à la région glottique.

Nous avons fait une reconstruction graphique de la muqueuse ventrale du canal digestif antérieur chez Triton alpestris (pl. I, fig. 2). La comparaison desfig. 1 et 2 montre que chez Triton le segment bucco-pharyngien est relativement allongé, tandis qu’il est plus ramassé chez Spelerpes adspersus. Mais, chez les deux espèces, ces sillons correspondent au niveau où le tube digestif se rétrécit brusquement; sur les coupes transversales, ils correspondent à des images topographiques presque identiques, dans la région otique postérieure.

Nous pouvons donc les homologuer avec certitude, et conclure que les jeunes Spelerpes adspersus possèdent encore un i( aditus ad laryngeniD rudimentaire, autrement dit: une fente trachéale.

11 serait très intéressant d’étudier, à ce point de vue, le développement larvaire, mais le matériel nous est inaccessible.

Chez les adultes, la disposition que nous venons de décrire perd un peu de sa netteté; cependant, les replis, au nombie de six, dessinent encore un sillon médian assez bien indiqué en avant, et quatre sillons latéraux, deux de chaque côté de lui. Mais ils n’ont nullement l’allure symétrique et régulière qui fait le caractère de ceux des jeunes, et ils ne tardent pas à être confondus avec les replis de l’œsophage qui les continuent directement; cela fait que chez les adultes, ces replis ne se distinguent pour ainsi dire pas de ceux de l’œsophage.

Wii.DER (47) ‘ décrivant le Plethodon erythronoius avait fait remarquer déjà la tendance de ce qu’il appelle la fente glot-

^ Les chiffres placés après les noms d’auteurs renvoient à l’index bibliographique, p. 45.

tique à se confondre avec les replis de la muqueuse œso phagienne. Quant à la signification des sillons qui accompagnent latéralement la fente trachéale, nous pensons qu’il faut la chercher dans l’insertion des muscles respiratoires du pharynx, sur lesquels nous reviendrons quand nous décrirons la structure de la muqueuse.

Nous insistons sur le fait que, chez les jeunes, la fente trachéale est séparée des replis de la muqueuse du cardia par un espace lisse et dépourvu de plis. Chez les adultes, nous avons vu qu’ils sont en continuité immédiate avec eux.

Les replis de l’œsophage sont très élevés, et délimitent des sillons profonds.

Le plafond du segment bucco- œsophagien montre une topographie plus simple que le plancher; examinons-le renversé, comme le montre la figure 3, pl. II.

Antérieurement, sa limite est donnée par le bord de la mâchoire supérieure, que dépasse, en avant, le museau L Nous y voyons, d’avant en arrière, les dents intermaxillaires, {d. im.J — au nombre de trois — et les dents du maxillaire supérieur (dms.J, — au nombre de quatre de chaque côté ; — puis un palier étroit, peu étendu, coupé en arête vive dans la région médiane, et s’atténuant latéralement, en avant des choanes; il est occupé, dans la position naturelle, par le bord antérieur de la mâchoire inférieure.

Immédiatement au-dessous de ce palier, sur la ligne médiane, s’ouvre un petit orifice; c’est le débouché du canal excréteur de la glande intermaxillaire [gl. im.j. De chaque côté de cet orifice, un peu en retrait de lui, s’ouvrent les choanes /c/i./, allongées transversalement, avec une légère obliquité d’avant en arrière.

Du bord externe des choanes, convergeant en arrière vers la ligne médiane, se devinent deux saillies arrondies, peu marquées, dues aux os palatins; la forme de ces saillies est soulignée par une rangée de dents palatines, au nombre de six â huit [d. paj de chaque côté; on peut la comparer à celle d’un accent circonflexe renversé; l’espace compris entre le circonflexe et le maxillaire supérieur correspond aux vomers.

En arrière des palatins, la charpente du plafond de la cavité buccale est formée par le parasphénoïde, sur la ligne médiane; celui-ci porte un grand placode dentaire /p/d./.

^ Nous n’avons pu retrouver chez aucun individu, même jeune. les tentacules nasaux caractéristiques des jeunes Siieler'pea : les tubercules qui terminent le museau, immédiatement au-dessous des narines, sont peut-être un reste de ce« tentacules, ([ui disparaîtraient plus tôt chez l’espèce Spelerpes adspersus ?

dont la forme et la structure seront décrites à propos de la muqueuse.

A partir du milieu des bords du placode, jusqu’aux os palatins, la voûte buccale, non soutenue par des pièces squelettiques, se laisse déprimer par les bourrelets latéraux de la langue ibL); ces derniers paraissent eux- mêmes formés par la compression qu’exerce le parasphénoïde sur le plateau lingual.

A l’extérieur de ces impressions linguales, les globes oculaires dessinent un bombement volumineux de la voûte buccale (oc.l.

La région postérieure correspond exactement, comme forme, à celle décrite au plancher, la fente trachéale en moins; les replis de la muqueuse œsophagienne s’y développent en même temps que sur le plancher. Cela est vrai, du moins, pour les jeunes; chez les adultes, les replis de la muqueuse œsophagienne se dessinent déjà immédiatement en arrière de la fente trachéale.

WiEDERSHEiM (45) a décrit chez Spelerpes f iiscus un repli très marqué de la muqueuse dorsale, vis-à-vis de la région de la glotte; ce repli, qui lui «rappelle d’une façon remarquable la luette humaine», est dirigé en avant, et pourrait fermer complètement l’entrée de l’œsophage.

Nous avons retrouvé ce même repli chez Spelerpes adspersus; peu marqué chez les jeunes, il remplit chez les adultes la lumière du pharynx lvph.]\ sur les coupes transversales, il peut en imposer pour un dédoublement du pharynx en œsophage et trachée; en elfet, cette formation curieuse est en regard de la fente trachéale; ajoutons qu’à ce niveau, l’épithélium est très élevé, plus ou moins fusiforme, tandis qu’au plafond, il est polyédrique et beaucoup plus aplati. Mais cette image ne peut se voir que sur un petit nombre de coupes, la valvule n’ayant guère plus de 3 millimètres de hauteur.

La signification de ce repli est obscure; sa situation, très distante des choanes, ne permet pas, semble-t-il, de l’homologuer à la luette humaine, avec qui la ressemblance que lui trouve WiEDERSHEiM pourrait laisser sous-entendre un rapprochement. Nous l’appellerons vcdvule pharyngienne^ sans émettre d’opinion sur sa signification anatomique.

Il est possible que ce soit là une disposition particulière aux ürodèies sans poumons; nous verrons, en effet, que cette valvule marque la fin des incrustations capillaires de la muqueuse pharyngienne ; et il se pourrait que sa présence à ce niveau fût en relation avec la fonction respiratoire du segment bucco-pharyngien .

Nous nous bornons à émettre cette supposition, ne voulant pas tirer une conclusion physiologique d’une simple constatation anatomique.

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