‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 100 sur 171 · CHAPITRE XIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIÏ

lit leurs bureaux tels qu'ils étaient composés ; et c'est ainsi que je fus de nouveau président du Centre gauche reconstitué.

La lutte^ transportée du terrain électoral sur le terrain parlementaire, n'était pas terminée; et on sentait la nécessité de maintenir une union parfaite entre tous les membres de la Gauche. Les ministres, principalement l'homme de combat du ministère, M. de Fourtou, annonçaient des intentions de résistance à outrance. On parlait d'une dissolution nouvelle. On citait des mots plus ou moins authentiques des hommes qui entouraient le Maréchal et du Maréchal lui-même, qui annonçaient des projets menaçants. Une lettre que je reçus d'Orléans me faisait savoir que « le ministre de l'Intérieur a envoyé aujourd'hui au Préfet une dépêche portant en substance que le Maréchal est décidé à résister à outrance, et à mettre la France en état de siège au premier prétexte ». Il fallait donc soutenir le combat engagé, et on comprenait qu'il était indispensable de manœuvrer avec habileté et avec une entente parfaite pour avoir raison des forces encore redoutables que l'on avait devant soi; le Maréchal, que l'on croyait décidé à la résistance^ avec, derrière lui et avec lui, le ministère résolu, armé de toute la force gouvernementale, l'armée et le Sénat qui, jusqu'alors, lui était resté fidèle.

On imagina de former une sorte de conseil de guerre, dans lequel se concentreraient toutes les forces de la * Gauche; où l'on concerterait des résolutions qui, prises dans le secret, transmises aux divers groupes du Parlement, devraient être suivies passivement : conseil

fermé, discipline sévère, seqret absolu, c'était un vrai Conseil des Dix — qui étaient Dix-huit! On l'appela en effet le Comité des Dix-huit, Il avait, été formé dans les groupes; ou plutôt, comme il arrive toujours, sur la désignation arbitraire de trois ou quatre personnes dont je n'étais pas. Je sus même que mon nom avait été fort discuté. Néanmoins ma qualité de président du Centre gauche m'imposait presque; et j'en fis partie en effet. Ce comité se composait de MM. Albert Grévy, Paul Bethmont, Léon Renault, Horace de Choiseul, Ch. Lepère, Madier de Montjau, Henri Brisson, Jules Ferry, Clemenceau, Léon Gambetta, Lockroy, Goblet, Antonin Proust, Tirard, Ch. Floquet, Louis Blanc, Henri Germain, de Marcère. Il se réunissait habituellement, et presque chaque jour chez Léon Renault, qui demeurait alors boulevard Malesherbes.

A notre première réunion, je présentai une motion qui fut adoptée, ce dont j'eus à me féliciter un peu plus tard : je demandai qu'aucune résolution grave ne serait prise sans qu'on eût pris l'avis de M. J. Grévy. J'indidiquais ainsi que, pour les modérés, M. Grévy était le seul chef de parti que nous reconnussions; et je comptais bien m'appuyer sur lui pour résister aux prétentions desradicaux, si, par hasard, elles devaient se produire. Je connaissais aussi la pondération de son esprit et sa'sagesse; et je prévoyais que, dans les crises qui s'annonçaient, nous èerions heureux d'avoir, en dehors de nous, un conseiller prudent dont l'autorité s'imposât. Il fut convenu qu'aucun procès^-verbal de nos séances ne serait tenu, et que nos communications avec les divers groupes de la Chambre seraient verbales, ou faites sous forme de propositions de résolution ou même de lois.

Par un accord tacite, la Chambre accepta comme un

Page 1