‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 101 sur 171 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

mot d'ordre' toutes les communications qui émanaient du comité; et le secret de nos délibérations fut si bien gardé que jam*ais le gouvernement ne put savoir à l'avance ce que nous avions projeté, et quelles seraient nos résolutions* en présence d'événements que tout le monde, à tort ou. à raison, prévoyait. Ainsi fut donné, de même que pendant la période électorale, un admirable exemple de vertus civique et collective qui fait grand honneur au parti républicain de ce temps-lài C'est à cette discipline sans doute qu'on a dû le triomphe final. Les troupes débandées, déconcertées et surtout très 'divisées de l'Elysée ou plutôt des conspirateurs du 16 mai, ne pouvaient tenir bien longtemps devant une ■force cohérente, agissant sous une inspiration unique et constante vers le même but, avec la puissance du droit pour elle.

Quelques jours après la réunion de la Chambre, Grévy, qui avait été réélu président, prit possession de son fauteuil; et, dans une allocution de cinq lignes, il trouva moyen de tout dire : la gravité de la situation, la volonté du pays, la conduite à tenir.

« Messieurs, vous avez rendu définitives les fonctions que vous m'aviez confiées. Je vous en exprime toute ma gratitude. 'Ces fonctions m'imposent une tâche et une responsabilité que je n'ai jamais senties si vivement qu'aujourd'hui. Je m'efforcerai de me tenir à la hauteur de ma mission, comme la Chambre, j'en suis certain, se tiendra par sa modération et sa fermeté à la hauteur de la sienne, s'inspirant de l'admirable sagesse et delà volonté souveraine du pays, qui est avec elle. »

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La fermeté de ce langage faisait connaître qu'il n'y avait aucune compromission possible entre le ministère et la majorité; et, mieux encore, que toute velléité de résistance contre la volonté nationale représentée par le Parlement nouvellement élu serait vaine. Il en découlait une leçon que, malheureusement, le Maréchal fut trop lent à entendre.

Le même jour, le comité des Dix-huit déposa sur le bureau du président un projet de résolution tendant à une enquête parlementaire sur les élections des 14 et 28 octobre 1877. Ce n'était pas une menace dirigée contre le Maréchal, ni une tracasserie puérile. Nous sortions d'une campagne électorale signalée par tous les excès connus et inconnus des candidatures officielles; nous étions sous le coup des fortes émotions de cette période si récente; nous ne pouvions ni taire ni feindre d'ignorer les colères des populations qui avaient souffert de cette lutte. Il fallait une satisfaction éclatante, réclamée par le pays, à l'esprit de justice et à la loi outragés; et c'était en même temps un dérivatif qui nous permettait de ne pas employer immédiatement contre les auteurs de ces désastres et contre ceux qui en avaient profité, des mesures qui eussent compromis, par leur excès même, le succès de notre cause. Nous avions formulé notre résolution dans des termes qui donnent la physionomie exacte des choses de cette époque :

« Considérant que les élections des 14 et 28 octobre 1877 ont été faites dans des conditions qui imposent à la Chambre des députés, protectrice du suffrage universel, dont elle est issue, un devoir exceptionnel;

« Que la campagne au cours de laquelle, pendant cinq mois, toutes les lois ont été violées pour exercer sur les élections une pression illégitime, a été couronnée

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par le scandale de la candidature officielle, s'étalant sous une forme et se manifestant par des procédés qui ont révolté la conscience publique;

f Que les moyens mis en œuvre pour essayer de dénaturer l'expression de la volonté nationale, indépendamment de l'effet qu'ils peuvent avoir sur la validité des élections au profit desquelles ils ont été employés, sont de nature à engager, à des titres divers, et sous diverses formes, la responsabilité de leurs auteurs, quels qu'ils soient, et qu'il importe, pour que les responsabilités se dégagent et deviennent effectives, que tous les faits délictueux ou criminels soient recueillis et présentés dans un tableau d'ensemble qui permette à la Chambre de formuler avec précision les résolutions qu'elle croira devoir prendre pour en assurer la répression et en prévenir le retour;

« Considérant que le devoir, pour la Chambre des députés, de veiller au respect et à la défense du suffrage universel, est d'autant plus étroit que ceux qui ont prétendu vouloir le consulter, n'ayant pu dénaturer son verdict, affectent aujourd'hui de n'en tenir aucun compte, et se mettent en état de rébellion contre la souvraineté nationale, la Chambre adopte la résolution suivante :

c Article premier. — Une commission de 33 membres, nommée dans les bureaux, sera chargée de faire une enquête parlementaire, etc., etc. J'indique immédiatement quel fut le sort de cette résolution. La commission nommée se composait de MM. Albert Grévy (président), Brisson, général de Chanel, Boissy-d'Anglas, Breslay, Joly, Ménard-Dorian, Buyat, Le Cherbonnier, Mercier, Allain-Targé, Levesque, Bernard, Germain Casse, Lisbonne, Laisant, Léon Renault, Floquet, Jozon, Fréminet, Crozat-Fourneyron, Lelièvre, Lockroy, Yarambon, Boysset, Louis Blanc, Yillain,

Bethmonl, Noirot, SpuUer, Baîhaut, Millaud, Christophle (Albert); Georges Perrin. Elle flt son œuvre; mais quand cette œuvre fut terminée l'orage était passé; les colères étaient à peu près apaisées, et M. Brisson déposa son rapport longtemps après le 9 mars 1879. Il concluait : à la mise en accusation devant le Sénat, pour crimes commis dans l'exercice de leurs fonctions, des membres du ministère du 47 mars 4877, présidé par M. le duc de Broglie, et du ministère du 23 novembre, présidé par M. de Rochebouët. . — Ce que devint cette mise en accusation, qui d'ailleurs ne fut jamais discutée par la Chambre; oncques on n'en entendit parler. »

Mais le projet de résolution fut discuté; et le débat, en durant plusieurs jours, fournit aux orateurs de la Gauche, l'occasion de jeter à la face des ministres, tous les griefs, les colères, les paroles de vengeance, suscités par la période électorale. MM. de Broglie et de Fourtou tinrent tète à l'orage, non sans courage. Ils mirent même une certaine bravade à ne pas se reconnaître vaincus, en faisant grand état de quelques sièges que la Droite avait gagnés; et Dieu sait par quels procédés elle avait obtenu ce mince et inutile avantage! La résolution fut votée par 342 voix contre 206.

Les fervents de l'Elysée avaient tenté de se retrancher dans le Sénat et de s'appuyer sur lui pour résister à la Chambre, en vue d'une dissolution nouvelle ou de toute autre entreprise que rêvaient les cerveaux affolés. Mais ils rencontrèrent chez les sénateurs en général des dispositions peu encourageantes. Les légitimistes n'avaient jamais eu un grand goût pour l'aventure du 46 mai. Les orléanistes de la nuance libérale, comme M. le duc Pasquier et ses amis, mécontents de fa tournure bonapartiste qu'elle avait prise, et quelque peu honteux des pratiques électorales qui rappelaient les

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