‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 105 sur 171 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

personnelles. — De là une certaine gène. Mais un de nous — ce fut je crois Gambetta — dit enfln que l'interpellation devait être faite par le Président du Centre gauche. Il en donnait cette raison : que l'acte si gravé de refus de concours devait être dénoncé par le représentant de l'opinion républicaine la plus modérée, ce qui lui donnerait toute sa signiflcation.

Quoique je sentisse l'importance pour mon parti du principal rôle dans cette affaire, je m'en défendis avec une entière sincérité; pressentant les conséquences qu'aurait cette interpellation suivant qu'elle réussirait ou non : je me défiais de moi. On se sépara sans prendre de décision, et en laissant la désignation de l'interpellateur incertaine; on se donna rendez-vous pour le lendemain matin : c'était le jour fixé pour l'interpellation. Réunis le lendemain même chez M. Renault, on se retrouvait, avec un peu d'embarras dans l'attitude et sur les visages. On n'osait pas trop revenir sur la désignation à moitié faite la veille. Quelqu'un laissa entendre qu'il serait sans doute préférable qu'une déclaration écrite fût lue à la tribune. J'appuyai fort cette proposition. J'étais sincère; mais j'avoue qu'à partir de ce moment je mis un peu de curiosité malicieuse à suivre cette affaire. On adopta la motion; et, sur l'heure, on chargea trois membres du comité de se retirer dans le cabinet de Renault pour préparer cet écrit. J'y fus adjoint et j'y allai. Quelqu'un rédigea un projet : on le lui; on le refit; on y retoucha encore. — Je ne disais rien, approuvant tout ce qui se faisait. Mais les autres à côté s'impatientaient d'attendre. Â onze heures, on n'avait encore rien trouvé de satisfaisant. La séance de la Chambre avait lieu à Versailles à deux heures. On se sépara en disant qu'il y fallait songer; et qu'on se retrouverait à Versailles à une heure, dans le

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lieu ordinaire de nos réunions ; que là, on adopterait la rédaction qui paraîtrait la meilleure.

Nous nous trouvâmes réunis à Versailles à une heure très exactement. Bien entendu, je n'avais pas préparé de rédaction; mais il se trouva que personne n'en avait préparé davantage. Et les incertitudes de se reproduire, tant sur le choix de l'orateur que sur la formule de l'ordre du jour qui serait lu à la tribune. On se mit à piocher cet ordre du jour; et finalement on adopta la formule que je proposais. Je disais : que le ministère formé le 23 novembre, par sa composition et par son origine était la négation du droit de la nation et du droit parlementaire; que, dès lors, la Chambre ne

pouvait entrer en rapports avec lui On y ajouta

cette phrase : < Que, dès lors, ce ministère ne peut qu'aggraver la crise qui, depuis le 16 mai, pèse si cruellement sur les affaires »

L'heure approchait : on hésitait toujours. Quelquesuns, je pense, attendaient qu'on les désignât pour parler. Deux heures allaient sonner. Ce fut Gambetta qui dit : « Allons, Marcère, ce sera vous. Allez-y, et vous vous en tirerez à merveille f — J'étais très effrayé de cette responsabilité, mais très résolu; et en entrant dans la salle des séances, je montai au bureau du Président, pour lui remettre l'ordre du jour. Grévy le lut; puis il me dit : « Je ne puis lire cela, c'est inconstitutionnel et révolutionnaire f » Devant la Chambre réunie, anxieuse, et en face du public enfiévré qui remplissait les tribunes, tout plein des émotions universellement ressenties et vibrantes, ce scrupule du légiste impeccable me surprit désagréablement. Mais le temps manquait pour entrer en colloque. Je répondis que je lirais moi-même l'ordre du jour préparé. Il vit bien, à mon air, qu'il ne pourrait arrêter le cours des événements ;

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