‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 104 sur 171 · CHAPITRE XII d · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII d

tantes du parti conservateur l'inclinaient à rentrer dans l'ordre constitutionnel. Mais le sentiment de sa. dignité plus que toute autre raison devait le détourner de cett^ solution qui lui paraissait comme un aveu et une humiliation. Il sentait bien qu'à la dernière heure de la bataille perdue, les conseillers intimes, ses flatteurs d'hier, ceux qui l'avaient à ce point compromis devant la France allaient le laisser seul, exposé à tous les déboires de la défaite. Ceux qui l'ont vu à cette époque le représentent comme en proie à des sentiments pleins de trouble et de contradictions qui le portaient aux résolutions les plus diverses : la résistance jusqu'au bout, le désarmement complet, la démission, le retour à la fermeté et à la résistance : angoisses de l'homme aux prises avec une situation inéluctable ! Il n'est pas étonnant que, dans cet état, il ait reçu et repoussé, appelé et rejeté successivement tous les conseils et tous les concours. Je suis convaincu, d'après les entretiens que j'ai eus avec le colonel Robert qui ne l'a pas quitté, qu'il n'a jamais eu l'intention de faire un coup d'État. Mais que faire, pour sortir, sans trop d'humiliation, des embarras dans lesquels il s'était mis f

11 s'adressait naturellement aux hommes de qui il était, depuis son élévation, habitué à recevoir les conseils. Mais plus il reculait, plus la situation devenait inextricable. La Chambre avait sur lui la supériorité du droit parlementaire, centuplé par les élections dernières. Elle avait de plus entre les mains une arme irrésistible : c'était le pouvoir financier. Le budget de 1878 n'était toujours pas voté : les crédits dépensés par le ministère de la dissolution n'avaient pas été votés; et on allait arriver au 31 décembre, jour après lequel le gouvernement ne pourrait ni dépenser un centime ni recevoir une obol^ de l'impôt : il ne le pourrait pas du

moins sans encourir les responsabilités les plus redoux tables : et d'ailleurs aucun agent de la fiscalité n'oser rait ni payer une dépense ni percevoir un impôt passé le 1*' janvier. La dissolution de la Cbaaibre ! le Sénat avait fait savoir qu'il ne l'accorderait plus si on la lui demandait. Et d'ailleurs, il était déjà trop tard. Une nouvelle Chambre ne pourrait être élue assez à temps pour voter le budget avant le !•' janvier Enfin la Chambre avait déclaré son immuable résolution de ne voter ni crédit ni impôt tant que le Maréchal n'aurait pas pris son ministère dans la majorité. La situation était vraiment sans issue !

Elle était rendue plus aiguë encore par la constitution du ministère Rochebouêt, auquel, en raison de sa composition, tout le monde donnait une signification belliqueuse. En le formant en dehors du Parlement, le Maréchal s'était tout à fait découvert, et placé seul en face du pays. Quiconque a été mêlé aux affaires de ce temps-là se rappellera l'émotion fiévreuse qui s'était emparée, non -seulement du monde politique, mais encore de Paris dans toutes les classes de la population.

Le comité des Dix-huit réuni chez M. Léon Renault décida qu'on accueillerait le ministère par une interpeltation, et par un refus de concours signifié dans un ordre du jour. On dut désigner celui d'entre nous qui déposerait et développerait la demande d'interpellation. Quoique d'une manière générale, depuis que le comité des Dix-huit existait, un grand esprit de désintéressement y régnât et dictât les résolutions, cette fois pourtant on put voir apparaître quelques préoccupations

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