‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 141 sur 171 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'Exposition universelle de 4878 avait beaucoup contribué à l'apaisement. J'en ai raconté les merveilles, merveilles relatives pour ce temps-là, dues à l'admirable dévouement de trois hommes : MM. Teisserenc de Bort, Krantz et Alphand. Tout le monde, il est vrai, s'en mêla. Ce fut un entraînement joyeux et, cette fois, sans réserve, des Français, heureux de rompre le deuil national qui durait depuis l'année terrible, fiers de montrer au monde les prodiges de la prospérité de la France recouvrée, et les enchantements de sa vie intérieure, faits de bonne grâce, de bonne humeur, et des mille attraits d'une civilisation élégante et raffinée. La longue série des fêtes publiques et privées avait donné à Paris un aspect tout nouveau. Toutes les classes de la nation, oubliant leurs querelles, y prenaient part également, et s'associaient à l'allégresse commune. Ce fut vraiment la fête de la France qui se sentait revivre, heureuse et gaie de se montrer si belle et si vivante après de longs malheurs.

Vers la fin d'octobre 4878, avant la rentrée des Chambres, la cérémonie de la distribution des récompenses aux exposants eut lieu au Palais de l'Industrie avec un grand éclat. On y vit défiler sous les yeux d'une assemblée extrêmement brillante, tous les représentants des races si diverses qui peuplaient notre empire colonial déjà très étendu, avec leurs costumes variés et plusieurs étranges; races jusqu'alors inconnues, quelques-unes avec des allures. et des attitudes bizarres, et qui excitaient au plus haut point la curiosité, en même temps qu'elles étaient le témoignage vivant de l'extension de notre puissance. Le Maréchal fit un discours dont on remarqua surtout le passage suivant :

< Notre ambition nationale ne s'arrêtera pas là. Si nous sommes devenus plus prévoyants et plus laborieux,

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nous devrons encore au souvenir de nos malheurs de maintenir et de développer parmi nous l'esprit de concorde, le respect absolu des institutions et des lois, l'amour ardent et désintéressé de la patrie. >

Ces paroles si vraiment françaises semblent aujourd'hui une leçon qui nous vient de loin : on dirait un conseil donné de haut par un patriote prévoyant. Elles produisirent un grand effet. Si le mot eût été inventé alors, on eût pu dire que le Maréchal de Mac-Mahon a été le premier des ralliés. Il avait gardé avec honneur la consigne acceptée de maintenir les institutions tant qu'il serait à la tête de la République. Mais il avait conservé pendant longtemps des défiances contre tous les hommes connus du parti républicain, sans faire entre eux de distinction, et une grande aversion contre les doctrines excessives de ce parti. Cependant, en voyant à l'œuvre les ministres qu'il avait choisis à la fin du Seize Mai, en constatant les heureux résultats de leur politique, au spectacle vraiment brillant et si bien fait pour flatter des vanités françaises, qu'avaient donné le gouvernement et la nation tout entière pendant l'Exposition, il s'était pris peu à peu à abandonner ses préventions, à abjurer la plupart de ses préjugés. Il nous jugeait nous-mêmes équitablement. Ainsi, disait-il à un membre du clergé qui cherchait encore à le maintenir dans des dispositions hostiles : c Je ne veux pas sortir de mon rôle de Président constitutionnel; si la légalité était violée, j'interviendrais. Mais vous ne me prouvez pas qu'on ait violé la loi. Quant à changer ou à modifier le cabinet de ma propre initiative, je n'en vois ni l'utilité ni la nécessité quant à présent. J'ai fait preuve de bonne volonté pour les conservateurs, mais il y a un terme à tout. Vos échecs ne peuvent m'étre imputés. »

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