CHAPITRE IV
CLOTURE DE l'eXPOSITION.
ÉTAT DES PARTIS ET DE l'oPINION
L'année 4878 touchait à sa fin. Elle avait été bien remplie pour la France et pour la République. Après le désordre occasionné par l'aventure du 46 mai, les institutions nouvelles avaient repris leur cours régulier. Le gouvernement, simplement par l'usage constant et tranquille de son autorité, avait donné au pays le sentiment de sa force, sans trop la faire sentir. De là une impression générale de pacification et de durée favorable au nouvel établissement politique.
Nous étions arrivés au point culminant de la période ascendante de la République nouvelle. Jusqu'à ce jour, c'étaient les libéraux qui en avaient eu la charge, depuis MM. Thiers, de Rémusat, J. Simon, Dufaure, Teisserenc de Bort, les anciens, jusqu'aux nouveaux venus dans la vie politique : Ricart (de Niort), Christophle, Léon Say, Waddington, Bardoux et moi-même, tous très •dégagés à l'égard des anciens partis de droite et de gauche, uniquement animés de l'esprit de légalité et de justice distributive, pénétrés des idées essentielles de la
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Révolution française telle qu'elle était apparue en 4789, et avait été accueillie sans résistance par tous les Ordres de l'État. Il en était aussi parmi nous qui, sans philosopher sur le passé, pensaient qu'il importait seulement de gouverner la société telle que les temps l'avaient transformée, sans se soucier plus que de raison des théories spéculatives. M. Dufaure, dans un discours prononcé au commencement de novembre en réponse à M. de Fourtou, discours dans lequel il caractérisa les auteurs du Seize mai, en les appelant le parti sans nom, définit ainsi le parti libéral, le sien : « Quant à nous, messieurs, nous disons très sincèrement ce que nous sommes. Notre nom est connu. Nous sommes les repré* sentants de ce principe libéral qui, depuis 4814, a toujours trouvé ses organes dans nos assemblées, jusqu'en 4851, et môme quelquefois après. A ces principes libéraux que nos pères nous ont transmis, nous adaptons la forme de gouvernement républicain, telle qu'elle a été établie par la Constitution de 1875. »
Le nouveau régime n'avait pas fait trop mauvaise figure sous la direction de ces libéraux. Il avait surmonté les obstacles soulevés par des oppositions plus maladroites encore que dangereuses, tels que le 24 mai 4873 et l'aventure du 46 mai 1877. Il s'offrait, après le succès de l'Exposition, comme une ère de paix et de concorde et aussi de prospérité matérielle attestée par l'état des finances. Il ne me siérait pas de me glorifier de cette œuvre qui, d'ailleurs, fut une œuvre collective. Je puis pourtant, en historien fidèle, résumer les appréciations presque unanimes de l'opinion publique d'alors, en disant que l'on s'accordait généralement à constater les résultats heureux de notre politique. Il n'entre pas dans le cadre de ce récit de montrer ce que cette œuvre est devenue.