‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 143 sur 171 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

sur hii; et il n'était pas jusqu'à quelques-uns des plus qualifiés dans le Centre gauche, qui éprouvaient quelque peu la démangeaison du portefeuille.

Sur ces entrefaites, et dans le but de contenir son parti tout en lui ouvrant des perspectives d'avenir, Gambetta fit coup sur coup deux discours à Romans et à Grenoble qui eurent un grand retentissement. Il avait entendu les grondements de la Montagne; et d'autre part, il avait assez de clairvoyance pour comprendre que tout au moins, l'heure n'était pas venue de livrer le Pouvoir et la République aux amis. Il s'efforça dans ce voyage, qui fut qualifié sévèrement au Sénat, par M. Dufaure , de voyage de commis-voyageur, de satisfaire tout le monde : rappelant aux uns sa politique personnelle dont il reportait l'application à un temps indéterminé; et d'autre part faisant bon visage au gouvernement qu'il désirait, disait-il, maintenir. On racontait qu'un de ses amis lui ayant dit : c Nous ne serons complètement satisfaits que lorsque vous serez Président de la République >; il aurait répondu : < Je ne suis pas ambitieux, mais je ne suis pas un homme de loisir. Quand le peuple que j'aime tant aura parlé, je saurai faire mon devoir. > Et comme son interlocuteur ajoutait : < Ce sera bientôt? » Gambetta aurait répondu : c Peut-être... Je ne veux pas faire de fausse modestie, j'agis à ciel ouvert. Ma candidature est posée, je le sais. Mais un plébiciste seul me nommera Président de la République... »

Ce qui rend ces propos vraisemblables, c'est qu'un nombre toujours croissant d'ambitions et d'appétits se remuaient autour de lui; et les intérêts, d'ordre vulgaire, liés aux espérances que l'on fondait sur lui, prirent, par une sorte de décence pudique, les apparences et le nom d'une politique particulière, assez bien

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caractérisée par ce qu'on a appelé ropportunisme. Gambetta dans ses discours auxquels il n'avait pu se dérober avait montré, pour le ministère, des disposi* tions favorables, toujours entourées il est vrai de restrictions et présentées comme provisoires. Toutefois il avait découvert le fond de la pensée du parti, pensée de secte et de guerre. Ce fut à Romans qu'il reprit la fameuse devise : c Le cléricalisme, voilà l'ennemi. » Il n'avait pas le mérite de l'invention. C'estM.Peyrat qui, dans PAvenir national, sous l'Empire, avait dit le mot vrai qui renferme toute la politique des républicains positivistes et francs-maçons : c Le catholicisme, voilà l'ennemi I > La politique des vingt dernières années, et l'état de guerre intestine, qui dure encore à l'heure où j'écris ces lignes, n'ont été que le développement et l'application de cette doctrine à une nation tenue dans l'ignorance de ce qu'on préparait pour elle, et dont la mission particulière parmi les nations est d'être précisément le représentant et le champion du catholicisme dans le monde.

Gambetta avait aussi annoncé dans ses discours les vues d'avenir de son parti : elles portaient principalement sur le personnel administratif qui devait être changé, et sur de profondes modifications qu'il y aurait lieu d'apporter dans l'ordre judiciaire. Un journal anglais qui avait, disait-il, recueilli sa vraie pensée (dépèche du Daily News, 15 octobre 1878), écrivait « qu'il avait annoncé qu'il cesserait de recommander la continuation du système du vote du budget par douzièmes; que son programme était une république pacifique et progressive, qu'il ferait parfois une halte, mais ne reviendrait jamais en arrière. »

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