CHAPITRE X
où il était interdit de parler & la foule, et dans les cafés de lire k haute voix les journaux en les commentant.
Une perquisition analogue eut lieu le même jour chez M. Blanchard Delzenne, cafetier, où se réunissaient tous tos partisans (4).
L'œuvre de démolition tentée contre moi avait en effet échoué, et toutefois, l'intimidation avait été si grande qne je ne fus élu qu'à la majorité de 500 voix. Ce fut un triomphe, d'un caractère surtout politique, triomphe pour moi et plus encore pour ces braves gens qui y avaient mis tout leur cœur, et pour qui mon succès était aussi le succès d'une cause à laquelle ils s'étaient généreusement voués.
Je transcris ici la lettre de remerciements que j'adres- ;sai à mes électeurs, et le récit publié dans les journaux locaux du dernier épisode de mon élection. Cette autobiographie partielle n'a que le mérite de faire connaître ce qui, a pareil jour, se passait à peu près partout. Je disais aux électeurs :
Messieurs,
Dans la journée mémorable du 14 octobre, vous avez fait une manifestation éclatante de votre foi politique, et vous avez montré ce que vaut le courage civique d'une population qui a gardé sa place dans les rangs de la France libérale et républicaine. Honneur à vous!
Des ministres avaient, le 16 mai, pris en main le gouvernement de la France dans le but unique de contraindre sa volonté, et de la plier à leurs desseins.
Des hommes connus de tout temps pour être les constants adversaires de la liberté et du progrès se sont ligués avec ce ministère de réaction politique et religieuse.
Ils ont, les uns et les autres, fait subir à ce pays l'oppres-
(i) Madame Noël» née Garlier, à Charleroi. ^
éion la plus formidable et la plus audacieuse qu'on uît Vue, mais ayec une énergie admirable dont tous les cœurs patriotes se réjouissent, vous avez gardé, sans la laisser fausser entre vos mains, Tarme inyincible du vote. Vous êtes de ceux qui auront sauvé nos droits, le suffrage universel et la République. Honneur à vous !
Vous êtes appelés à des élections nouvelles pour remplir vos conseils locaux. Souvenez-vous t Restez fidèles à Vousmêmes, et ne choisissez que des hommes dévoués à votre cause.
Quant & moi, en me faisant votre élu, dans de telles circonstances, je sens que mon mandat s* est agrandi. Vous m*avez confié vos droits, vos intérêts, le soin de vos justes revendications; je remplirai tout mon devoir envers vous.
C'est la troisième fois que vous me faites Thonneur de me donner vos suffrages. J'en éprouve une profonde reconnaissance. Vous y avez mis le comble en me vengeant des calomnies odieuses que mes adversaires politiques ont eu le triste courage d'inventer et de répandre contre moi, cela seul suffirait à sceller le pacte qui déjà m'unissait à vous.
Votre député reconnaissant et dévoué,
Db Marcère.
Paris 17 octobre 1877.
Et je transcris ici le passage dans lequel un journal racontait les détails de ma dernière journée, le lendemain de rélection.
On nous écrit du Quesnoy :
« Lundi dernier, en même temps qu'on apprenait le succès de M. de Marcère aux élections du 14 octobre, on était informé qu'il devait arriver dans la matinée au Quesnoy.
c Dès que celte nouvelle fut confirmée, la majeure partie de la population a saisi avec empressement celte occasion de donner une nouvelle preuve de ses sympathies à son honorable député en se portant à sa rencontre et en l'acclamant de ses vivats. Ce fut une véritable entrée triomphale jusque