CHAPITRE XI
ments de Charles X et du Maréchal deHac-Mahon, avec cette circonstance singulière que tous les deux étaient restés fidèles à la lettre de la Constitution : mêmes colères du pays et résultats pareils. Je cite, à titre de curiosité, un article publié dans le numéro du 17 juin 1830 du National, qu'on aurait pu croire écrit la veille du 16 mai 1877 :
Le ministère, déjà disloqué deux ou trois fois, est composé d'hommes provisoires, antipathiques, et ne pouvant pas faire une longue route ensemble.
Quant aux événements qui se passent autour de lui, ils sont d'une gravité chaque jour plus effrayante. La prorogation, la dissolution, le changement du 19 mai ont porté Tanimadversion publique au comble. Les élections, sur lesquelles le ministère ne devait pas compter, auront un résultat encore au-delà des craintes qu'il avait et des espérances que nous concevions. Un mouvement extraordinaire règne partout. Là où nous n'avions que deux députés, on nous en annonce trois; là où nous avions emporté les nominations à une majorité de quelques voix, nous sommes certains de les obtenir à une majorité de 100 à 200 voix. Les 221 seront peut-être 300. La fameuse proclamation, sur laquelle on comptait, a produit une sensation ou nulle ou mauvaise. On n'y a vu qu'un nouvel abus du nom du roi qui sera sans effet. L'ébranlement est même tel que le ministère n'a plus de doute sur sa prochaine défaite.
. Ce qui frappa les esprits au dehors, ce furent la tenue générale, la modération unie à la fermeté, l'inébran* lable foi du parti républicain, et son accord vraiment cordial avec la nation qu'il avait su, en si peu de temps, grouper autour de lui. J'en transcris ici deux précieux témoignages.
Le grand orateur patriote de l'Espagne, Emilio Castelar, m'écrivit : « Jamais JQ n'ai .vu un peuple traverser
de si grands périls sans éprouver le vertige et sans commettre une faute. C'est en vain que je cherche dans l'histoire un exemple digne de comparaison avec cette admirable discipline du parti républicain, dont les vœux répondaient si admirablement à la volonté générale de la France. » Un autre grand orateur et grand citoyen de son pays, Gladstone, disait dans un discours que je trouve publié dans le journal le Bien public du 30 septembre 1877 : « Cette étonnante nation, car elle est vraiment une nation admirable, se montra néanmoins jusqu'à une époque toute récente assez en retard dans son éducation politique, mais depuis, elle a marché à pas de géants dans cette voie. Peut-être les souffrances du pays en 1870 ont-elles été décrétées là-haut pour lui enseigner la sagesse. Quoi qu'il en soit, cela je puis le dire, nous avons assisté chez ce peuple, au spectacle merveilleux d'un développement réel de sagesse politique depuis la guerre de 1870, que le monde entier pourrait envier et que nous devons admirer. Le calme, la modération, la fermeté dans les desseins, le respect de la loi, et un profond attachement au gouvernement ayant pour base la liberté, telles sont les qualités qui se sont implantées tranquillement, mais d'une manière indélébile, dans le cœur de la nation. C'est, du moins, l'impression qu'a produite sur moi la conduite du peuple français. >
Ainsi l'Europe libérale nous rendait témoignage. Ce fut en effet un beau spectacle que celui de ce peuple qui, soumis sans l'avoir mérité à l'épreuve la plus dure que puisse subir une nation fière et consciente de son bon droit, sut contenir sa colère et poursuivre le but très haut qu'il s'était fixé. Ce que nous avons vu depuis voile cette vision de notre passé si pur, et fait songer au qui depuis,., mais alors... Alors, l'éloge des étrangers fut