CHAPITRE XI
annoncé que le ministère avait offert sa démission au Maréchal, Président de la République. Les ministres n'ont pas songé un instant à quitter leur poste, pas plus que M. le Président à se séparer d'eux. La lutte électo« raie qui a commencé le 14 octobre, et qui vaut aux conservateurs cinquante nouveaux sièges législatifs, se continuera le dimanche 28 pour les scrutins de ballottage, et le dimanche 4 novembre, pour les élections départementales, exactement dans les conditions où elle a été engagée. M. le ministre de l'Intérieur s'en est expliqué au nom du gouvernement avec tous les préfets qu'il a fait appeler à Paris. »
Les élections du 28 octobre et celles du 4 novembre ne firent que confirmer la victoire des 363, et accentuer la défaite du ministère. L'élan donné au suffrage universel ne pouvait plus ni s'arrêter ni dévier; et le désarroi des vaincus fut complet*
On prétait au Maréchal des résolutions en sens divers, tantôt pour l'abanbon, tantôt pour la résistance. Son incertitude et son émoi devaient être grands en effet. Le parti de la résistance avait le verbe haut; et, il faut en convenir, il était dans la logique de la situation. « Le Maréchal, disait son principal organe, M. Paul de Cassagnac, aurait trop beau jeu en jetant son ministère à l'eau, pour se dégager de nous. Le 16 mai ne peut plus finir... ou nous resterons debout avec le Maréchal, ou il tombera avec nous. Quant à le laisser debout tandis que nous serions à terre, jamais de la viel Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, le dilemme restera toujours le même. — c Démettez-vous ou battez-vous I mais finissons-en (1). » Ce ne fut pas ainsi que cela finit — on a
(1) Journal le Pays.
toujours tort de faire en politique des prévisions trop affirmatives, même celles que la logique semblerait le mieux justifier. Mais n'eet-on pas frappé aussi du ton de ce langage tenu par un des soutiens les plus convaincus du principe monarchiste, à l'égard du chef de l'État, et combien on se sent loin des sentiments qui non seulement conviennent, mais gui sont nécessaires à la monarchie!
Il fut question, paratt-il, parmi les politiques plus diplomates que vraiment hostiles, ceux dont l'organe était alors le journal le Français^ de former un ministère dont le caractère eût marqué des intentions conciliantes sans rien concéder au fond. Ceux-là songeaient à préserver du naufrage tout ce qui pourrait être sauvé. M. Pouyer-Quertier devait en être le Présîilent. M. Pouyer-Quertier était député de la Seine-Inférieore, grand manufacturier. Il avait été un des lieutenants de M. Thiers, à la «première heure. Ce fut lui qui eut la lourde charge de discuter avec le prince de Bismarck, les conditions du traité de Francfort; il le fit avec courage, avec ténacité, et il se montra de force à lutter avec ce rude jouteur, sur tous les terrains, disait-on. Il était comme tout le monde alors, enfiévré et endolori de patriotisme. A l'Assemblée nationale, ministre des Finances, il avait vigoureusement défendu la politique financière de M. Thiers. Il était discuté comme économiste par les initiés aux arcanes de l'économie politique et de l'école sacro-sainte du libreéchange; mais homme d'affaires, plein de ressources, inventif, avec une force impulsive due à un tempérament tout de mouvement et d'action. Sa rondeur, sa joyeuseté rayonnante, son entrain fait de santé et de bonne humeur rendaient sa personne attachante et propre, dans toute autre situation moins aiguë, à faciliter