CHAPITRE XI . ill
joué le rôle de grands frères auprès des générations nouvelles. Mais ce beau feu ne dura guère. Les intérêts attachés à telle ou telle dynastie, les prétentions et les préjugés reprirent le dessus, au fur et à mesure que se recomposait la société mondaine, dispersée d'abord par les désastres de la guerre. Ils ne se souvinrent plus du passé que pour le regretter et pour en souhaiter les avantages. Ils étaient sincères en cela; ce n'était pas une raison pour que nous oubliions les fautes et les tristesses de ce passé : mais eux, ils ne pouvaient le comprendre. Ëh bien t oui, je ne pardonnais pas Sedan ni TAlsace-Lorraine aux classes supérieures qui depuis cent ans ont eu les destinées de la France entre leurs mains; et qui, toutes, à des degrés divers, ont contribué à ce triste aboutissement, non définitif, j'espère.
Les événements et les appréhensions communes de nouveaux périls ont effacé ces dissentiments, et ont mis un terme aux agitations stériles des partis dynastiques. D'autres soucis réclament impérieusement un rapprochement entre tous les bons Finançais et leur conjuration contre Tesprit révolutionnaire. Et de là pourra sortir une France nouvelle épurée et assagie par ses luttes. La faction jacobine maîtresse du Gouvernement est la dernière forme d'un passé condamné. Ces recrépissages de vieux murs que l'on a successivement décorés des titres de régimes nouveaux, tous déclarés éternels et qui duraient si peu, s'effritent et tombent sans retour. De ces décombres va sortir une France nouvelle. C'est elle que j'entrevoyais déjà, quand des adversaires mal renseignés m'attribuaient de tristes sentiments et de mauvais desseins.
iT8 LE SEIZE MAI 187
Dans le monde ministériel, le résultat des élections fit l'effet d'une pierre jetée au milieu d'un marais. On eut l'impression d'une débâcle; et la première idée fut de s'esquiver.
Un écrivain monarchiste, M. Henry d'Ydeville, a raconté (i) que, dans la nuit du 14 au 15 octobre, au fur et à mesure qu'arrivaient les nouvelles, place Beauvau, M. de Fourtou s'agitait fiévreux et se répandait en plaintes et en reproches contre ses agents, tandis que M. de Broglie, très calme, pointait froidement ces résultats. Quand la débâcle fut certaine, M. de Fourtou dit aux personnes qui l'entouraient : « Tout est fini, je n'ai plus qu'à me retirer. Je vais envoyer ma démission au Maréchal; et ce soir je quitterai Paris. J'ai besoin de repos. — Pardon, mon cher collègue, dit M. de Broglie, mais j'ai mal entendu. Vous parlez de vous retirer, vous, en ce moment I Cela est absolument impossible... nous avions accepté une tâche, nous y avons succombé, mais il nous est interdit à nous aussi bien qu'à vous, d'esquiver les responsabilités. La mission est pénible et dure, je ne l'ignore pas. Vous devez vous en acquitter jusqu'au bout. Le cabinet tout entier, entendez-vous bien, doit se présenter devant la Chambre et supporter l'attaque. »
Que ce colloque ait eu lieu, cela est vraisemblable. Quoi qu'il en soit, on put lire le lendemain dans l'Agence Havas, un communiqué évidemment officiel, et ainsi conçu :
« C'est à tort que plusieurs journaux de Paris ont
(1) Voir Hiitoire de la troiiiéme République, par M. Zgvort.