‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 102 sur 725 · Page · texte numérisé non relu

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4. Jean naquit vers 1540, Jacques en 1542 àBondaroy, dans la Beauce. Ils -vinrent à Paris étudier sous Muret et Daurat et se livrèrent à la poésie. Jacques moiTut de la peste à vingt ans (1562), en soignant un gentilhomme de ses parents atte-nt du fléau. Jean revint dans son manoir mener la vie de gentilhomme campagnard;)!

vivait encore en 1607, s'il faut eo croire Lacroix du Maine. Jean publia les œuvres de son frère avec les siennes. Paris.

Morel, 1572 et 1574. Cf. plus bas, p. 183 et p. 167, et aux Morceaux choisis, p. 335.

par la grâce et le charme; on a plus d'une fois cité cette stance d'une chanson d'amour :

Elle est comme La rose franche Qu'un jeune pasteur par oubly Laisse flestrir dessus la brnnche, Sans se parer d'elle au dimanche, Sans jouir du bouton cueilly.

Rappelons encore ses jolis blasons de la Marguerite et de la Rose, sa délicieuse Riislique amie, sa gracieuse clianson de la Religieuse contre son gré. Ces pièces donnent une idée du talent délicat de Jean de la Taille ; toutefois la mesure et le goût lui font défaut; et au milieu des plus gracieux morceaux il se rencontre quelque discordance, qui en rompt désagréablement le charme.

Jean de la Taille a composé également des morceaux de longue haleine : sa Mort d' Alexandre Paris et d'OEnone, en vers de dix syllabes, est une imitation de la France de, écrite aussi facilement, mais offrant aussi peu d'intérêt que le modèle. Son Combat de Fortune et de Pauvreté, est une allégorie ingénieuse où il veut prouver qu'on est soi-même l'auteur de son bonheur ou de son malheur. Le Courtisan retiré, inspiré par le Poète courtisan de Du Bellay *, est l'œuvre la plus originale de Jean de la Taille. Rassassié des fêtes de la Cour, « qui lors du beau Gaillon honorait le séjour » l'auteur, qui se met en scène, s'échappe du château et va rêver solitaire dans les bois d'alentour. Il rencontre un vieillard qui lui déroule avec amertume les tableaux de la vie de la Cour et les déceptions du courtisan trahi dans ses espérances et ses ambitions. Voyla, dit-il,

Voylà comme mon âge en vain j'ay despendu, Voyià, comme mes ans ont esté un mensonge Ma vienne mort longue et ma jeunesse un songe, Mespltiisirs scorpions : bref la cour a esté Un jeu où j'ay perdu et temps et liberté.

Qaelle existence que celle du courtisan qui doit sans cesse

l.La satire de Du Bellay a inspiré une 1 tome X de la collection des anciennes

autre iii.itation anonjme qui rappelle l'original par l'alluie Tranche et la facilité des vers : Le Médecin courtisan (i5»9), publié de nos jours dans le

Poésies françaises (1875). L'éditeur M. de Mon(aigion, l'atlribue sans raison suffisante à Du Bellay hii-même.

132 LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU XVf SIÈCLE.

Forcer sa nature, Jeûner s'il faut manger ; s'il faut s'asseoir aller ; S'il faut parler, se taire et si dormir, veiller... O combien plus heureux celuy qui, solitaire, Ne va point mendiant de ce sot populaire L'appui ni la faveur; qui paisible, s'estant Retiré de la cour et du monde inconstant, Ne s'entremeslant point des affaires publiques. Ne s'assujettissaut aux plaisirs tyraniques D'un seigneur ignorant, et ne vivant qu'à soy. Est luy-même sa cour, son seigneur, et son roy.

On trouve des vers énergiques dans ce poëme que déparent toutefois bien des longueurs.

Jacques de la Taille, outre les œuvres dramatiques, dont nous parlerons plus loin, a laissé quelques épigrammes, et un traité sur l'art de faire des vers mesurés à l'antique S qui eut grande réputation. « Le peu de ses écrits abortifs, dit son frère, faisait juger qu'il avait desjà la gravité de Ronsard, la facilité de Du Bellay et la promptitude de Jodelle. » En faisant la part de 1 exagération inspirée par l'amitié fraternelle, il faut reconnaître que les œuvres de Jacques de la Taille, malgré des fautes contre le goût et des faiblesses, annonçaient un véritable talent.

En dehors de la "Pléiade, et de ces nombreux poètes 2 qui venaient de tous côtés se presser autour de Ronsard, gran-

1. La manière de faire des vers en français comme en grec et en latin. Cf. plus haut, p. 114.

2. Consacrons un souvenir aux Dames des Moches qui eurent dans le Poitou la célébrité que Louise Labé avait eue auparavant à Lyon. Madeleine des Roches et sa fille Catherine rultivèient avec succès la poésie. Durant les grands jours, tenus en la70 par Achille do Harlay, Estienue Pasquier vint rendre ses hommages aux deux muses de Poitiers. Vnn puce étant ^enuc se poser sur la gorfje de la belle Catherine, le grave magistrat fit de cette puce Ihéroiue d'une pièec badine qui obtint grand succès, et excita l'émulation de divers poètes. Cette puce fut célébrée en français, en latin et jusqu'en grec. (Voir la Puce de madame des Roches qui est un travail de divers poèmes grecs latins et français, composés par plusieurs doctes personnages, Paris, l'Angclier, 1383, réédité de nos jours par

M. Jouaust, Cabinet du Bibliophile.) Cet événement fit grandir leur réputation.

Elles publièrent leurs poésies sous le titre des Œnvres de mesdames des Moches de Poitiers, mère et fille. On y remarque une traduction en vers du Ravissement de Praserpine de Claudien.

Elles furent enlevées par la peste, le même jour, en 1587.

Rappelons encore le nora bien connu de Scévole de Sainte-Marthe. Gaucher ou Scévole de Sainte-Marthe, petit fi!s de Gaucher de Sainte-Marthe le médecin de François !<''■, neveu de Louis de Sainte- Martlie, qui publia à Lyon trois li'res de poésie françoise (1540), fut ua mriconsulte émiuent. 11 a laissé des " poésies latines remarc|uables, entre autres un traité sur l'éducation (Pasdafroph'a), traduit en fiançais par son fils Abel, des Eloges des grands hommes de France {Gai orum doctrina illustrium qui nostra patrumque memoria floruerwit, elogia

dissait au fond de la Gascogne un écrivain dont la réputation un moment sembla rivaliser avec celle du maître de la poésie française. Le prolestantGuiLLAUME Sai.uste, seigneur du Bautas', se consacra dès sa jeunesse à la poésie. Son originalité, en face de Ronsard, fut de se poser comme poëte religieux : il demanda son inspiration, non à l'antiquité païenne, mais à la Bible, et sa muse fut la céleste Uranie. Sur le conseil de Jeanne d'Albret, il composa le poërae de Judith dont le succès fut douteux ^ ; puis il publia,en 1379, son épopée de la création, la Sei^mai/i?, où il décrit les merveilles de la nature sortant des mains d u Créateur. Ce poëme d'un caractère si nouveau eut un succès prodigieux; en six ans il s'en vendit plus de trente éditions; il fut traduit en latin, en italien, en espagnol, en anglais, en allemand, et plus tard en danois et en suédois. Le ministre protestant Simon Goulard l'enrichit d'un vaste commentaire perpétuel. Catholiques comme protestants s'unirent dans un concert unanime d'éloges enthousiastes, et la faculté de théologie donna à la Sepmaine sa haute approbation. Ronsard qui, au premier moment, avait salué dignement le nouveau poète et lui avait envoyé une plume d'or, fut troublé au plus fort de sa gloire par cet éclatant triomphe*.

La réputation de Du Bartas fut plus durable à l'étranger qu'en France. En Angleterre, Taylor, Milton, et plus tard Thomas Moore et Byron l'imitent ou s'inspirent de lui*; en Italie, le Tasse lui emprunte le plan et jusqu'au titre de ses sept journées de la Créatio7i ; en Allemagne il conserve jusqu'à nosjours son antique renommée, et Gœlhe, frappé de la grandeur, de la variété et de la force de ses descriptions, écrit une apologie enthousiaste de l'auteur de la Sepmcmie^.

Assurément la conception de ce poëme a de la grandeur. Il y avait de l'originalité à essayer de chanter l'œuvre complète de lanature, et de la décrire en poëte avec les connaissances que fournissait la science du temps. Cette entreprise toutefois demandait

1602). Ses Œuvres poétiques (Paris, 1579) ' sont très- faibles. Deux de ses fils Gaucher (ou Scé\ole) et Louis et ses petits-fils Pierre Gaucher, Nicolas-Charles et Abel-Louis sont les auteurs de la célèbre collection connue sous le nom de Gallia chrisiiana.

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