Voir aux Morceaux choisis, p. 78 et suiv,, 253 et suiv
L'ECOLE DE RONSARD. i35
Iule Hécatombe à Diane, ne sont pas exempts de mauvais goûtât de subtililé; mais, au milieu de ces défauts, se fait jour un talent vigoureux. Les Stances et les Odes, qui forment la seconde et la troisième partie du Piintemi^s, sont inférieures à l'Hécatombe. Dans ses poésies diverses, on peut signaler plus d'une pièce pleine de verve et d'éclat, par exemple, les Stances sur la mort de Jodclle. Dans le poëme de la Création, il s'inspire de Du Bartas; c'est une froide, plate et ennuyeuse imitation d'un modèle déjà imparfait.
Le chef-d'œuvre de d'Aubigné, ce sont les Tragiques, poëme commencé en 1377, après le combat de Castel-Jaloux, où une blessure grave le condamna au repos, et continué à diverses reprises jusqu'en 1594. L'ouvrage publié d'abord en deux fragments, l'un vers la fin du règne de Henri III, l'autre vers 1594, parut en entier pour la première fois en 1616. Ce poëme est un tableau des maux qui affligèrent le pays durant la moitié du seizième siècle : il est composé de sept chants. Dans les trois premiers (Miserez, Princes, la Chambre dorée). Vaulcuv décrit les guerres civiles qui mettent aux prises catholiques et protestants, ligueurs et royalistes, la corruption infâme de la cour, la lâcheté des Parlements qui vendent la justice. Les quatre derniers .Fl'UoC, Fers, Vengeance, Jugement) montrent les martyrs de la foi nouvelle, périssant dans les cachots, sur les bûcher^, massacrés à la Saint-Bartliélemy ; et, malgré ces persécutions, la Réforme grandissant et assurée du triomphe, les bourreaux frappés sur cette terre par un Dieu vengeur, ou condamnés, par le tribunal céleste, à des supplices éternels. Celte œuvre respire un sentiment profond de la justice et l'amour de la patrie, altéré toutefois par un esprit de colère et de vengeance. Tout n'est pas égal dans ce poëme; la phrase est confuse, embarrassée de détails qui l'obscurcissent; les répétitions abondent; la théologie biblique se mêle à la mythologie grecque , les allégories subtiles aux descriptions cyniques; mais de ce mélange confus et obscur se dégage une inspiration puissante. A travers les brouillards qui enveloppent l'expression, soudain la pensée éclate en vers d'une vigueur et d'un éclat sans pareil.
Le Sainlongeois d'Aubigné et le Gascon Du Bartas avaient été les poêles de cette petite cour de Nérac où Jeanne d'Albret, continuant les traditions de sa mère Marguerite d'Angoulôme, s'entourait de savants et de lettrés. Durant la seconde partie du seizième siècle, ce coin de la France était le centre d'un
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grand mouvenient littéraire *. C'est la Guyenne et la Gascogne gui fournissent alors Montaigne, la Boélie, Monluc, Brantôme, G. de Haillan, Florimond de Raymond ^ Nous y trouvons également des écrivains qui cultivent la poésie avec des succùs divers, Lancelot de Carie, Jean delà Jessée, Pierre du Brach, Guy du Faur de Pibrac.
Lancelot DE Carle a été célébré par Ronsard et par du Bellay^; mais ses paraphrases de VEccUsiaste, du Cantique des cantiques, sont des plus médiocres. Il en faut dire autant du fécond Jean DE LA Jessée* qui chante sa jeunesse, les Amows de Marguerite, de Sévère et de Grasindc, dans des vers faciles, gracieux, mais faibles : il a composé des épigrammes assez agréablement tournées.
Pierre de Brach ^, l'ami de Du Bartas, célèbre, sous le nom d'Aimée®, celle qui devait être sa femme. C'est un imitateur peu original de Ronsard, sans verve, sans éclat, mais correct et habile versificateur.
Guy du Faur de Pibrac^ fut un des magistrats les plus éminents du seizième siècle. Dès son début au barreau il se plaça, dit du Vair, « au premier rang d'honneur. » Avocat général au Parlement de Paris, « il fit bien paraître par sa sagesse et par son bien dire que jamais homme n'avoit auparavant luy plus dignement remply une si grande charge. » (Golletet.) Après une vie consacrée tout entière au devoir, il mourut à cinquante-cinq ans, le 27 mai 1584, la même année que Pierre de Foix, ce qui faisait écrire à Montaigne cette ligne : « Je ne sçais s'il reste à la France de quoy substituer une aultre coupple à ces deux Gascons, en sincérité et en suffisance, pour le conseil de nos roys. C'estoient âmes diversement belles, et certes, selon le siècle, rares et belles, chascune en sa forme. Mais qui les avoit logées
1. L'Université de Bordeaux était une des plus florissantes de la l'rance ; Grouchy, Buclianan, .Muret, etc., la dirigeaient ou y enseignaient.
2. Voir sur l'ioi'imond de 'layniond la savante étude de .M. Tatnizey de Laroque (Essai sur la vie et les ouvrages de Florimond de liaymond. Paiis, 1867).
3. Voir aux Morceaux choisis, p. 208, uote 2. Il mourut après IbTO.
4. Né à Mauvaiion dans l'Armagnac (1B50), mort après 1593. Ses œuvres ont paru on quatre volumes in^". Anvers, 1383.
5. Voir les éludes de M. Reinhold Dczeymeris : Aotice sur Pierre de Brach, Paris, I8!)8 ; Œuvres complètes de Pierre
de Brach, Paris, 1862. 2 vol. in-4". Les œuvres poétiques de Pierre de Brach comprennent des Poèmes (Amour d'Aimée, Hymme en l'ho'ineur de Bordeaux), le Combat de David et de Goliath, Ode A la Paix ; Meslanges, Imitations (traduction (le l'Aminta du Tasse, épisode de l'Arioste) ; Traduction de quatre chants de la Jérusalem du Tasse (le n«, le if, le XII', le xvi°).
G. Ce surnom, trouvé par Pierre de Bracb, eut assez de succès pour devenir un nom- propre populaire, surtout dans la province de Bordeaux.