‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 109 sur 725 · Voir aux Morceaux choisis, p · texte numérisé non relu

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maîtresses, des seigneurs et des dames de la cour, l'élégance des vers ne rachète pas le défaut d'élévation des senlimenls : mais quand il décrit ses propres émotions, il a de la délicatesse et de la grâce: ses sonnets, ses chansons, ses odes expriment avec charme la passion, la volupté, le plaisir. Son vers est harmonieux et sa langue pure et correcte, si bien que Henri Estienne le cite, à bon droit, comme un modèle de bon langage*.

Desportes n'a pas laissé seulement des poésies légères ; outre ses recueils des amours de Liane, d'HifpoIyte et de Cléonice, on a des Poésies chrétiennes dont quelques-unes sont remarquables par une éloquence et un sentiment sincères. Elles lurent sans doute écrites après une grave maladie vers lo92, sous l'inspiration de la douleur, ou la menace de la mort ^. La traduction des Psaumes de David, commencée de bonne heure à la demande de deux dames, continuée à diverses reprises, achevée surla fin de ses jours dans les loisirs de la retraite à l'abbaye de Bonport, est d'un habile versificateur; son plus grand mérite est l'exactitude.

Continuateur de Desportes, Bertaut^ a dans ses poésies légères les qualités de son maître et de son ami, la grâce légère, le charme ingénieux à un degré moindre. Mais ses Psaumes sont supérieurs à ceux de Desportes; quoique l'antithèse y domine à l'excès, on y trouve un accent d'émotion sincère que ne pouvait rencontrer l'épicurien de Bonport.

Jean-Baptiste CHAssiOiNEx ^ est encore supérieur à Bertaut, dans ses austères et vigoureuses paraphrases des Psaumes. Ce poëte débuta vers l'ûge de seize ans par un recueil de poésies suvle Mé2')ris deîavie et la consolation de Za morf (1394). C'était un sujet bien sévère pour un jeune homme, mais Chassignet s'était entretenu de bonne heure « des imaginations de la mori, voire en la saison plus licencieuse de son âge, » et s'était complu « en la contemplation des maux et inconvénients qui nous choquent de tout côté. » En 161 1 il donnait ses paraphrases

1. N'cst-il pas élrange que ce soit à] Crapelet, V, 51; les Poètes français de Despoi'tes que la langue soit redevable de Crepet, II, 389. En 1594 il donna son ce beau mot de pudeur ? Recueil sur le mépris de la vie, etc.; en

2. Ajoutons encore quelques prières 1601, des Paraphrases sur les Douze en prose qui sont d'une grande beauté. \ petits Prophètes ; en llili, Paraphrases

3. Voir aux Morceaux choisis, p. 265. sur les Psaumes. La. mort le surprit

4. I,avie de Chassignet est peu connue, travaillant à une traduction de Job, On Il vécut obscurément à Besançon. On place voit que c'est un poëte religieux; son sa naissance vei-s 1568, sa mort vers i6i0 unique inspiration est la Bible.

OU 16ii5. Voir les Poètes français de I

des cent cinquante Psaumes de David. La langue en est correcte, la versification harmonieuse, le slyle sévère et simple, remarquable par la sobriété et la gravité ^

Berlaut et Chassignet touchent au commencement du dixseptième siècle j revenons un peu en arrière; nous rencontrerons un nouveau groupe de poêles que nous avons déjà vus réunis dans la Salire Ménippée, Nicolas Rapin, Florent Chrestien, Gilles Durant et Passerai*.

Rapin a laissé des paraphrases et des imitations d'Horace, d'Ovide et d'autres poêles latins qu'on lit encore avec intérêt; ses poésies originales, intitulées OEuvt^es de l'invention du sieur Rapin, roulent principalement sur l'amour ; elles sont faibles et souvent licencieuses. Ses poésies politiques sont supérieures; le patriotisme qui lui a inspiré la Satire Ménippée lui dicte des sonnels vigoureux où l'expression est à la hauteur de la pensée-'.

F. Chrestien, érudit distingué, traducteur passable, versificateur médiocre, a laissé une traduction en vers de la Vénerie d'Oppien (1575), et de la tragédie sacrée àcJephthé de Buchanan (1567), des paraphrases en stances de Jérémie (1507), et d'autres poésies détachées. Il est surtout connu par la lutle qu'il soutint contre Ronsard, et par la rédaction de la harangue en latin macaronique que la Satire Ménippée prèle à M. de Peulevé*.

i, A'oici quelques exemples;

lis se resjoiiissaient {les méchants) de nous [vuir en tristesse; Kos pleurs esloient leurs ris, nos perles leur [licliesse, Nos peines leur repos, nos hyvers leurs pnn- [temps, Tous nos jours de (empeste estoient leurs jours [de calme.

Nos plaisirs leur douleurs, nos desfailes leurs [palmes, Et nos jours plnvii/ux, le plusbeau de leur temps. Mais en moins ii'uu mo;uent confondus ea [leurs trames.

Ils frémiront d'horreur, reprochant à leurs âmes Tant (rinju>tes dessins contre moi projettes; Et la Honte bientôt, à l'eschiiie courbée, A l'œil cave, au teint rouge, A la bouche plombée, Sera le plus doux frnil de leurs impiétés (P.v. vi). J'ai mis la paix et la guerre en vos mains {des Dessous vos loix j'ai la terre asservie, [roU), Voui octroyant «ur tous humains.

Puissance de mort et du vie.

Mais le tran<hant d'une vengeante morl Terrassera l'orgueil de vostre ardeur, Enleimanl sons une même mort Le prince avec la populace {Ps. LXXXi). Parmi tant de détours il faut prendre carrière Jusqu'au fort de la mort; et, fuyant eu arrière, Nous ne fuyons pourtant le trépas qui nous suit. AUous-j à regret î 1 Éternel nous y traisne ;

Allons-y de bon gré? son vouloir nous y mène.

Plutôt qu'eslre Irainé, mieux vaut estre con-

[Juit. {Le Mépris, etc.)

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