LE THÉÂTRE AU XV^ SIÈCLE
place à part dans l'iiisloiro de la comédie du seizième sit"'clc. Pierre LAïuviiv * était d'origine ilaliemie. Grosley nous appi-i'nd, et son nom uiùiw gninto,^' l'arrivé» ^,contirme qu'il 6i;ul de celle famille des Giunti, impi'imeurs llorenlins venus à Troyes à la suite de banquiers ou d'artistes de la Toscane. Nos iiut(!urs ne connaissaieni guère et n'imitaient que les pièces savaiiles de l'italie. Mais l.arivey,qui avait la tradition des Pasquinades de son pays, traduisit à la fois les comédies régulières des Italiens et leurs irnbroçiU et commedie delCarie (improvisations e' parades). Assaisonnant tout cela du sd champenois, et de la Iranciie gaieté qui lui est propre, il fit une sorte de compromis entre la farce gauloise et la comédie classique, et devint pour ainsi dire la chaîne qui relie Molière aux vieux gabeurs français.
Il s'ultiche aux œuvres des auteurs italiens conteniioriins qu'il traduit avec une grande originalité. En clfel, en les faisant passer dans n(jtre langue, il les arrange, les liabilie à la française, change le lieu de la scène, les noms des personnages, supprime d(js scènes et des rôles quand ils ne peuvent (Convenir à noire Ihéàlre^; ajoute çà et l'i quelques traits poui' mieux marquer les caractères, retouche en un mol lout ce qui donne à l'œuvre sa physionomie propre, personnages, mœurs, couleur locale, mais avec tant de justesse et de disi ernement que ses traductions sont presque toujours suiiéricnres au modèle, et ont un earac ère d'originalité qui fait illusion, Quant au style, c'est presque l'œuvre d'un maître: ferme, net, d'une allure vive, décidée, d'une sûreté et d'une élégance rares chea ses contem[)orains, rempli de locutions proverbiales et populaires marquées au vrai coin de la langue, il annonce la prose de Molière.
De douze pièces qu''a écrites Larivey, neuf nous ont été conservées. Six ont paru à Paris en i.)7'.': le Laquais, tirée du Rayazzo de Lndtnico Dolce, la Veuve, tirée de la Yeilnra du Florentin Niculô iiuonaparie, les Esprits, imités de VArilnsin de Lorenzino de Mé<licis; le Morfondu, traduit de la Gdozia de Grassini; les Jal ux traduits des Gelid de Vincent Gabbiani; les Escolliers traduits de la Zeci-a de Girolamo Uaz/.i.
Les trois dernières, Constaïue, traduite de la Gostinza de Razzi, le Fidcle, traduit du Fedele de Luigi Pasqualigo, et les Tiompe-
i. \o\v AUX Morceaux choisis, p. 364. Fratio', ces rotes étaii'iit cncoie jouOs
i. Larivrif i^ii. .lue tr;i liictioa uu peu par des hoiniiies, ci^ qui ( ii rmilail l.a
déguisée (1(! l'iUilicu Giunto, arrioé. n-présontatioii plus (lil'lieili'. I.anvuysup-
3. On icimiq.ie suitjut ia sjp ression pi-iina aussi qaelqi.es-uus de cea rôles
des rôles de l'eiinncs. A ct-tta époque en [ à cause Je leur caraetèie odieux.
ries, traduites des luganni de N. Se::clii, parurent beaucoup plus tard en 1011. Elles sunt de beaucoup inférieures aux six premières.
Son cbef-d'œuvre est la comédie des Esprits, qui combine ingénieusement VAulularia de Piaule et VAndria de Térence.
Le sujet principal est celte conception charmante de l'Andrienne de Térence, dont Molière a tiré VÉcole des maris: deux vieillards de caraclère opposé. L'un, IWuire, doux, afl'uble, plein de boulé et d'indulgence, élève Fortuné, le fils de son frère, d'une façon toute paternelle se faisant aimer de lui et assurant son bonheur. L'autre, Séccrin, bourru, grondeur, avare et brutal, haï lie ses enfunis Uibuinel Laureri'e, est trompé par eux. Urbain aime une jeune filh', Féliciane; Fortuné une autre eune tille, Ap'iliiie: et leur sœur Laurence est rLcLerchée en mariage par un jeune homme, Désiré. Urbain, durant l'absence de son père, reçoit chez lui Féliciane, quand soudain i'e\ient le vieil avare; mais un clVronié valet Fronlin empoche Séverin d'entrer de peur des Esprits qui hantent le logis, et lui persuade que Ruiflu qui veut le désabuser extravague. Séverin se relire effrayé ; mais que faire? il a avec lui une bourse pleine d'or qu'il n'ose ni rapporter à la maison i\ cause des diables, ni conller à d'aulres; il se décide à l'enterrer dans un trou. Désiré, qui la épié, vide la bourse qu'il remplit de cailloux. Le vieux Séverin es désespéré, quand A son retour il ne trouve plus son or '. Et.nn la bourse lui est restituée, à condition qu'il consente au mariage de Laurence. D'aulres obstacles qui s'opposaient à l'union d'Urbain avec Féliciane, de Forluué avec Apoline, sont en même temps aplanis et la pièce ilnil par un triple mariage.
Telle est l'analyse sommaire de cette pièce amusante d'où Molière a lire YÉ'ole des mai is et plusieurs .-cènes de VAvare, et Ik'gnard le Rttniir iinjirivu. Elle est plein' d(; gaieté et de verve : malheureusement les détails graveleux y abondent, comme dans les autres comédies de Larivey, dont la plume ne sait pas respecter la décence el les bonnes mœurs.
Larivey s'en excuse d'une façon assez plaisanle, et qui donne une étrange idée des mœurs du temps.
u S'il est ad'.is à aucun, dil-il dans un de ses prologues, que quelquefois on sorte des termes de l'iionnéleté, je le prie de penser que, pour bien exprimer des lassons cl ulleclions du