LE THÉÂTRE AU XVI' SIÈCLE
jourd'Iiui, il faudroit que les actes et paroles fussent entièrement la mcsme lascivclé. »
Ce passage montre également le but que se proposait I.arivey. Il aspirait à devenir populaire, pour suivait un but pratique et ne prétendait à rien moins qu'à réaliser la fameuse devise : Castiyat rklcndo mores.
Les rigoristes du temps censuraient déjà le théâtre, comme une école de licence et de corruption.
« Il s'en trouve aucuns, dit Larivey, qui avec aigres et fâcheuses paroles s'étudient à vouloir rendre la comédie abominable à tout le monde, affirmant que c'est une œuvre diabolique, d'autant, disent-ils, qu'elle ne contient guère autre chose que lasciveté, larcins, et toutes souillures, et qu'elle enseigne mille ibis plus de mal que de bien.
« .... Où ces braves censeurs ont-ils trouvé qu'elle enseigne plus de mal que de bien? Qu'elle soit défendue? Et qu'elle doive être repoussée de tout homme de bon jugement? Je voudrois bien que pour probation de leur dire ils amenassent quelque passage de l'écriture, sinon je croirai, avec cette noble assistance qui s'est ici assemblée pour nous écouter, qu'ils ne savent ce qu ils disent. »>
Suivant Larivey,
« La comédie estant le miroir de nostre vie, les vieillards apprennent à se garder de ce qui paraît ridicule en un homme d'âge; les jeunes à se gouverner en amour ; les dames à conserver leur honnesteté; les pères et mères de famille à soigner aux affaires de leur ménage. Bref, si les autres spectacles sont propres à la jeunesse, celui-ci délecte, enseigne, et est propre aux jeunes, aux vieux, et à un chacun. »
Notre auteur se faisait sans doute quelque illusion. Mais du moins il faut noter l'intention qu'il exprime, comme indiquant le désir et la volonté, ?inon la puissance de peindre des caractères. Moyen sûr pour épurer la scène et lui rendre sa dignité. Car d'en faire une école de morale, il n'y a guère apparence, en quelque temps que ce soit : le théâtre ne jouera jamais qu'indirectement le rôle d'un moraliste, ayant pour véritable mission de représenter les passions bien plus que de les réprimer.
En toSl mourait, à l'âge de vingt-huit ans, Odeï de Tlu.nèbe, premier président de la Cour des monnaies, tils du célèbre helléniste : il laissait manuscrite une comédie en prose, les MécoiUcnts, remarquable par la vivacité du style, par l'élévation des idées cl par une intrigue franchement comique. Cette pièce,
XVI* SIÈCLE, li
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la dernière lUi siècle qui ait de la valeur, s'inspire du théâtre italien comme les comédies de Larivey et comme celles de Jean de la Taille. Dans la même classe rentrent encore les NapoUtaiJies, de François d'Amboise, l'ami de Larivey (1584), mais non les EscoUers, de François Peurin, clianoine d'Aulun; celte dernière pièce est écrite en vers de huit syllabes comme les comédies de Jodelle,de Grévin, de Belleau ; elle rappelle l'Ewgé/iepar la donnée et la Reconnue par un tableau des mœurs domestiques de la bourgeoisie provinciale. La pièce des Dcsguisez, de Godard (1594) \ quoique écrite comme les Escaliers en vers de huit syllabes, appartient à la comédie italienne; ce n'est qu'une imitation assez plate des Siippositi de l'Ariosle. Si nous rap[)elons la Nouvelle tragi-cûmique que donna eu 1507 Marc de Fappillon, dit le capitaine Lasphrise, amusante boud'onnerie écrite avec une verve gasconne, nous avons épuisé les pièces qui méritent un souvenir. Le théâtre comique vers la lin du seizième siècle se traîne misérablement, et il faut attendre trente années desilence pour le voir revenir à la vie, mais celte l'ois avec un éclat et une vigueur qui le niellent à tout jamais hors de pair.
1. Les Desyuisc: fuient donnés, sui- | suitf. d'une Iragi-dic, la ridicule pièce <ic vaot uu usuL-e oïdinaiic alors, à la la J'runriude.