‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 140 sur 725 · Ecrit aujourd'hui doigt · texte numérisé non relu

Ecrit aujourd'hui doigt

dans les infinitifs en ...\n<Jre (latin ...hgot). On ignorait au seizième sirclc la valeur étynnologique de ce v, de cet i, et l'on écrivit reccpvoir, dtbvoir, vepvni, etc. ; faict^ nuict,liw'ct, froigd, doigt, saitict. poinct, etc. On ne savait pas davantage que dès le douzii'me sii'cle 17 latine s'était changée en u dans des cas déterminés, albc, (dire, palme, (fierais, etc., devenus dus le douzième siècle aube, autre, jiaume, chevavs (écrit plus lard c/ievaux); en r dans d'autres cas dès le onzième fiècle : title, epistle, apostle, chapitle, devenus, titre, épistre, apostre, chapitre, Dans l'ignoriince de ces changements on crut bien faire en rétablissant 17 latine el l'on écrivit hardiment aultre, paulme, chevaulx, tilire, chapiltre, etc. On écrivit de même veidt, au lieu de veut, du lutin populaire vohY (latin classique vult), et par fausse analogie peult, "pour peut.

§ 20. U'K' dire quand on se trompait d'étymologie et qu'on imposait au mot français une orthographe qu'il n'avait connue à aurun momont de son cxisicnce ? Joachim Périon ', qui voit partout des mots grecs dans notre langue, écrit inoieon pour maisan, qu'il fait venir de cixov ^, hostruche pour austruche (ô arfcjOtcç ^), onnyon pour oi!(/«o/) (xpcau.uwv *), mohker (u.o)y.)cxo6(iii), dipncr pour dincr i^eivTtvEîv ■'), etc. Henri Kstiennc préfère aux mots caresser, cédufe, esquinancie, fiole, etc., les mots chnresscr , schedule, cherfiicil, squinancie, phiole, oXe., à cause des prétendues étymologies grecques /.'oiCetv lyi^n , xapio'cpuXXov , xixûficv, (j'rii-^yr,, efiiiT,, etc. On dérive savoir, non de supere, mais de i^cire et on écrit sçnroir. Poids est en vieux français peu, mot venu ôc petisum, participe passé de pcndere (peser), et par suite étroitement lié à piser (de pensare), qui d'ailleurs en vieux français se conjuguait (il) /^oise, (nous) pi-sons*. Ou rattache à tort pois à pomlus qui n'aurait pu dontu'r que ponds, comme fondus a donné fonds, et l'on écrit poids, orthographe barbare, encore en vigueur.

§ 21. On voit par ces exemples combien était exagérée cette tendance étymologique. IJlle amena une réaction non moins

1. De linfjux (/nlHcs origine, cjusque Oignon viont du lat. wnionwi, qui a le cum grxra cognalione. l'atjs, l.j,'i5, iii-8. ni6iii« sons.

Ï.A/ai.\on pstlKl.-iiiii impuhvrc mnsionr, 5. Iiiner, en v. fr. disner, en ita). desilalin classiquR mansioninx dérivé de ' snnre, cj-l ratlarliéà rxniire par un noramanauin, de tnnnere, deniciin-r. I posé hv|)olliélji|uc drr<rnare ; dccirnare

3. L'élymologic de <iulruchp c>t avisxlru thio devenu inislrùlio, (ivslriïlio, austriice, iiuxlrurhe, nulruche.

^. i. l'érioii ilil que /fcji.|i'jijv a perdu le xf el a rharigé le» |i(i eu w; de là onnyon.

serait devenu en fratiçai:) oisncr comme d'Cem e-t devenu dix.

0. Sur le lappurt de pois à pensum, cf. moi.1 de mcnsctn, toise de Icnsa, mois* de mensn, etc.

excessivo. La Renaissance eiil ses grammairieiisr{!>voliitionnfnros qui voulurent que l'orthographe lût un calque fidèle de la prononciation. Louis Meigrel ', Jacques Pellelicr ^, Pierre Ramus ou de la Ramée ' proposèrent de supprimer radicalement les lettres inutiles, et allèrent jusqu'à créer des signes nouveaux pour suppléer à l'insuftisance de ralphahet. Ramus écrivait çapew pour chupeau, Iw pour lieu, viélart pour vieil' lard,iierrc pour guerre, dùlct\)Ouv douillet, coner pour corjuer. Ces réformes étaient trop radicales et trop peu pratiques pour réussir. Elles eurent fort peu d'influence sur l'orthographe générale. Toutefois on en retrouve quelques traces dans certains auteurs du seizième siècle, notamment dans Haïf.

Quelques-unes de ces modifications réussirent. On doit à Geofl'roy Tory la c«7///e, d'origine espagnole, dontJacques Rubois fit un usage régulier ; à ce dernier grammairien, la distinction du j et de Vi, du i' et de Vu, distinction réclamée énergiqnement par Ramus (de là le nom de lettres ramistea qui leur fut donné). Les accents furent employés par les Ltienne à la fin des mots seulement. C'est grâce aux imprimeurs français de la Hollande que ces réformes orthographiques ^'ulablirent définitivement au dix-septième et au dix-huifièrae ?iècle dans la langue.

§ 22. De l'école eonservatrice et de l'école révolutionnaire, la première triompha; au dix-septième siècle, malgré l'avis de Bossuet et de Pelisson, l'Académie française, suivant les théories des grammairiens qui faisaient partie de la compai^nie, fil prévaloir dans son Dictionnaire le principe étymologique *. De là une orthographe souvent illogique et capricieuse, que l'Académie chercha à simplifier dès la seconde éuition de son Dictionnaire. Malgré les innovations apportées par l'édition de 1715, notre orthographe rappelle encore trop les théories des latineurs du commencement du seizième siècle.

Ce rapide aperçu de l'histoire de l'orthographe au seizième

1. Traité touchant le commun usapc de l'escrilure françoyse ; faict par Loys Meigret, Lyonuois : aiiqucl est débattu des faultes et abus en la vraye et ancienne puissance des Uttres. Paris, 1515. — Le tretté de la {;rammere françcze, fet par Louis Meigret, Lionoes. Paris,

î. Dialogue de l'orthografe, prononciacion françoise, départi en deus livres, pnr Jacques l'elctier du .Mans. Lyon, l')ij.

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