‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 142 sur 725 · VOYELLES · texte numérisé non relu

VOYELLES

§ 23. AGE. La terminaison agc se rencontre souvent sous la forme aige. Le grammairien I^alsgrave en lo30 donne la prononciition aige comme obligatoire. « Les mots français qui dans l'écriture se terminent en âge doivent faire entendre un i entrel'a et le g, comme s'il y avait ladiphthongue airt (p. 8). Cette prononciation, qui paraît en vieux français dès le douzième siècle, spécialement dans l'est et le nord, n'est cependant pas aussi générale que pourrait le faire croire la règle de Palsgrave. Son contemporain Jacques Dubois n'en parle pas.

On a quelques exemples de la finale aiche pour mhe. AGNE et AN, voir §§ 42 et 71. — AR, AS, voir à E, § 2:j.

§ 24. Les trois sortes à.'o. distingués par nos grammairiens contemporains sont reconnus par les grammairiens du seizième siècle qui leur donnent les noms d'e ouvert, d'e clos (c'est-à-dire fermé) et d'e féminin ou imparfait (ce que nous appelons Ve muet). Les signes ou accents em[)loyés aujourd'hui pourles désigner dans certains cas datent du seizième siècle. Louis Meigret note l'e par é et n'avait pas de signe spécial pour l'c et l'e muet. Pelletier représente l'e muet par 6. Kamus note l'e ouvert c et l'e muet e, et il laisse l'e lermé sans signe. Abel Mathieu indique l'emploi de signes pour distinguer les diverses valeurs de cette voyelle. Dans le dictionnaire de IL Estienne *, les accents ne sont pas encore placés régulièrement ; ce n'est qu'à la fin du xvi'' siècle que l'emploi eu devient méthodique. Au xvu" siècle encore, C<jrneille ne mettait l'accent aigu qu'à la fia des mois.

1. Sources principales : Palsgrave, i Champflniry, 1529; les grammairiens Eclaircissement de la langue françaisi' <îliidii';s par M. Livet dans son livre sur (l!)30'i, en aii-^lais ; Du Guez, An inlro- la Grammoire francnisi- et les fir^imniaiductorie fnrto terne io rede, to prononce riens a>i XVI" sii'cle. Paris, 1859, in -8 ; an to spek frenck trewly (vers l53i). Ces les Iriinscriplioiis de Baïf; les rimes des deux ouvrages ont été publiés par M. Gé- poêles et les diclioniiaires de rimes de nin dans la collection des documents Lefcvre et de Lanoue. inédits de l'Histoire de France, 185;^, ; 2. H. Estienne, Uypomneses, U-23. 1 vol. xi,vi-1g;16 pages. Geolfroy Tory, '

h'c imparfait ou féminin (c'est-;\-dire faible), appelé aujourd'hui e muet, se prononçait encore au seizième siècle, comme l'e de je, le, se, etc., ou de gE)iest, vnnir, rKtunir, rKCKVoir.

A l'e fermé et Ve ouvert, njoulons les signes ai, ei, qui sont d'ordinaire les équivalents, ai de è et quelquefois de é, ci de é et quelquefois de è. C'est ce que dit Palsgrave et il ajoute qu'au futur («■ sonne é. Th. de Béze en 1583 dit que ai a le son de l'e ouvert; au dix-septième siècle le grammairien Chifflet produit un témoignage analogue.

On doit donc trouver souvent ai pour è, et réciproquement, et de même ai et ei pour é et réciproquement :

Mon père entre les 7nains du bon Toscan me lesse (pour laisse), dans Baïf, p. 4 (éd. Becq de Fouquières).

Les mois du vieux français espesse, fres, fresche, feste, écrits quelquefois ainsi au seizième siècle, sont le plus souvent écrits espaisse, frais, fraische, faiste, orthographe qui s'est maintenue, quoique incorrecte, et où Vai cache un è ouvert primitif. Nous avons cité plus haut (§ 17) clair, aile, pair; ajoutons 7iai ou nay de naistre, pour né \: dans naij on a voulu mettre d'accord la forme du participe avec celle des autres temps, je îiais, nxistre, etc. ; ici ai cache un c primitif.

Le vieux français écrivait correctement il mcine, promeinc, ameine, etc. H. Estienne blâme celte orthographe remplacée par mène, etc. Selon Bèze (p. 50), le sing. de plein esl plene. hiversement reigle est une orthographe usuelle pour règle (Dict. de Cotgrave, etc.). Enfin ai et ei se confondent parfois, et II. Eslienne blâme ceux qui écrivent indifféremment plaine ou pleine, soit pour p/(ma, soit pour plena^. Meigret écrit eimer pour aimer.

§ 25. L'e suivi d'un r, et dans quelques mots d'un 5, se change volontiers au quinzième et au seizième siècle en a et réciproquement.

Le peuple, dit H. Estienne, met souvent un a pour un e, disant Piurre pour Pierre, gnarre pour guerre; au contraire, les courtisans et les femmes de la cour en prononçant l'a le remplai ent par l'e et disent catlierre et cataplesme pour catharre el cataplasme^. Des traces nombreuses de cette confusion se rencontrent dans les textes du seizième siècle. Baïf dans ses Estrénes de poésie fran-

[.Aveugles naiz, Montaigne. Ortho- j de a prononcent «bien souvent quand elles graphe presque usuelle au seizième , disent : mon méry est parti à la poste de siècle. Péris ou il se l'aict péier, au lieu de dire :

2. Hypomneses, 103. • mon mary esta la poste de Paris ou il se

3. Apologie d' Hérodote, I; Mypomne- \ faict païer. » (G. Tory, Cltathp fleury, ses, 3-11. ~ « Les dames de Paris au lieu 1 lb29, folio XXXI V.)

çoise, cl dans le manuscrit des psaumes et des chansonnetlesoù il s'est servi d'un syslc'me d'écriture figurée, donne l;i prononciation 6/-e/re, c/tcrnt/, remerka, de. C'est à celte modilicalioudans Id prononciation que nous devons par exemple les mois épervier au lieu de épnrvicr, asperge au lieu de asjiarge (que donnent encore les dictionnaires du sei/iùme siùcle), mots dans lesquels l'a est primitif. Larme a remplacé lerme qui éîail au treiziùmii siècle /'.(/(v/ic, delacrima. Serment, d'abord seremerd, sairemcnt,de sacramentum (cf. § 14), après avoir été au seizième et dix-septième siècle snrm<:nt, est redevenu serment. Ce changement de e en a explique la forme arsoir qu'on trouve souvent au seizième siècle pour hier soir. Hier soir devient hiarsoir, et par réduction arsoir.

EN, voir§ 42.

§26. Le son é (ai, ei), devant nou n mouillée [yn] ou / mouillée [ill), prend souvent le son de Vi :

Piendray-jc cesto médecine ?

Ouy, ouy, ne prenons pas la pei?ie (Jean le Houx, p. Lj7) '.

Haïf indique la prononciation milleur et meilleur, si'jneur et seigneur.

§ 27. L'i égalementse rencontre dans desmots où nousmetlons actuellement ci, ai ou oi. Balier s'est dit jusqu'au dix-liuilièmc siècle à côté de balayer. « Lulier es^l plus en usage que balci/i^' parce qu'il est \>\us doux à l'oreille » (Iliclielet, DiHionaaire). Celle prononciation tient à un fait de conjugaison. Ln certain nombre de verbes dans la vieille langue faisaient leui' infiniliC en ier (latin icare) : aux trois personnes du singulier et à la 3" personne du pluriel du présent de l'indicatif et du subjonctir (!tà la 2" personne du singulier de l'impératif, l'i de celle terminaison devenait régulièrement ei ou ai dans les dialectes derouesl, oi dans les dialectes de l'est. Ainsi ^(/«ec se conjuguait or» fratiçiis je ploie, ta ]>h)ies, il pluie, nous f/lions, vous pliez, ils ploient, etc. Au qualorzième siècle, on voulut simplilier celle conjugaison et on en lira deux sortes de verbes. Jepluie, tu pluies, aie,

i. Il >ciiilil(! iDiilrfois quo la (ironoiiciation fi'il iiilrinirdiairi! cuire \'i rl le/ car on tniiiM' l'-riit aiisisi liicii par t les mot-' cil Taii'- |>;ii- 1' li's mots l'ii i. Voir Tallicrt, JJit ilialfctt' bla SOIS. l'ari», IsT-i, iii-8, |

p. Ï''i4,2tli. — Au seizième siècle on disait scillitn et sillon : Sur lex as/ircs seilliiiis d'ime iiifiTlili! arène (Ouhartas, Sciii. II. vers ."i). Voir les clirtioiinaires de 11. I-,>ticiiiie, Nicol, r.otgravc.

donna naissance au verbe ployir, et nous iiliona, etc. au verbe vlur. Quelquefois ces deux formes vécurent l'une k côté de l'autre et prirent cliacunc une signification propre, ainsi ■plkr et ployer; quelquefois l'une d'elles vécut seule, ainsi prier, scier, nier, de precari, sccare, negnre; noyer de ne<urc.Balier, longteuijjs en usage, s'est vu romiilacer, non pas par la forme française baloyer, mais parla forme normande balayer.

§ 28. Dans ceninonie, littrc, etc., l'i est une notation savante qui tend à rappeler l'élymologie (cf. § Ui). Le vieux français apotecaire, de apothicarius, est revenu à sa forme primitive apothicaire dans rorllioiiraplie d'abord et ensuite dans la prononciation. I>e seizième siècle dit généralement apothecuire.

§ "29. l.a prononciation de l'o présente quelques particularités. r>éze (1584) reproche aux Berrichons, aux Lyonnais et aux habitants d'autres provinces (aliisque non paucis populis) de dire noustre, voiistre, le rfouspour nostre,vostre, le dos. En revanche, les habitants du Dauphiné et de la Provence disent à tort cop (coup), leaucop, doleur, tormcnt.

Henri Lslienne constate dans la langue commune cette indécision de la prononciation. « Nous disons volonté et voulonté, tourment et tonnent, pourceau et porceau ^. De là des formes telles que tropcQi troupe, crope et croupe, corone et cowone, etc., qu'on rencontre dans des auteurs du seizième siècle, spécialement chez les poêles qui en usent suivant les besoins de la rime. Pour Meigret, ou n'est qu'une notation de l'o clos, c'eslà-flire de l'o fermé.

C'était devant ou après le z et spéciahîment devant \'s que se produisait ce changement de o en ou. Venu des réi-Mons méridionales, sans doute du Lyonnais, il s'était accrédité ;\ la cour d'Henri W, de Charles IX et d'Henri III, et Henri Lslienne ne peut se défendre de quelque mauvaise humeur contre les courtisans qui ont la fulie

De dire cliouse au lieu de chose.

De dire j'ousc au lieu de j'ose.

Cette prononciation *, reproduite plus d'une fois par l'orthographe dans l'cdilion lyonnaise de Habelais, est rare chez Uon-

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