f/ypomneses
-. Les parlisans de oetlo prunonciatioii ayaii'iit reçu le uo;ii de Ouisles ; voir le
Dictioiinaiic des rimes de Le l'evro et T»l)ourot des Accords.
sard : elle ne paraît plus dans Desportes. Quelques traces en restent au dix-septième siècle, dans La Fontaine, qui fait rimer épouse et arrouse (Contes, IV, 14). Le P. Chiffet disait dans sa grammaire en 1639: « J'ay veu le temps que presque toute la France estoit pleine de chouscs ; tous ceux qui se piquoient d'estre diserts chousaient à chaque période. Et je me souviens qu'en une belle assemblée un certain lisant hautement ces vers :
Jetez lui des lys et des roses Ayant fait de si belles choses,
quand il fut arrivé à chose^^ il s'arresta craignant de faire une rime ridicule ; puis n'osant démentir sa nouvelle prononciation, il dit bravement chouses. Mais il n'y eut personne de ceux qui l'entendoient qui ne baissasl la teste, pour rire à son aise, sans lui donner trop de confusion. Enfin la pauvre chouse vint à tel mépris que quelques railleurs disoient que ce n'estoit plus que la femelle d'un chou K »
Comme exemples de changement de o en ou, on peut citer froumcnt, pourtraid, proufit, prownener, etc., qu^on trouve à côlé de froment, etc. Les transcriptions si précieuses de Baïf donnent apruiiche, borrasque et bourrasque, ayousiller, flouroji, flourettes,flouretant à côté deflorit, flurira, florissant, froument, sàfre et s'oufriront, rosée et rousée, arrouse. — De mûme coulombeau, souleil, voulonté, Poulogne, powjnée, etc. § 30. De l'alternance de ou et de eu.
Si l'on compare les mots neuf et nouveau, bœuf et bouvier, meurs et mourons, douleur, et douloureux, on constate ce fait que la voyelle latine o est représentée en français par eu quand elle doit porter l'accent tonique (qui repose toujours en français sur la dernière syllabe sonore) et par ou quand elle ne porte pas cet accent. C'est une loi générale dont la cause ne peut être expliquée ici : l'alternance des syllabes eu et ou suivant la place qu'elles occupent dans l'intérieur du mot est encore visible dans la conjugaison : je peux, nous jxmvons ; que je incure, que nous mourions. La langue actuelle n'en a conservé que des traces peu nombreuses; le seizième siècle dit encore : je treuve, je preuve, nous trouvons, nous pjrouvons, comme on verra plus bas à la conjugaison (§ 130).
1, Cf. Talbert, op. cil., p. 43 et loi.
§ 31. Au seizième siècle, on voit Vu sortir de l'e, de Va ou de Yé devant m.
Le grammairien Dubois indique la prononciation populaire, tiime, apostume^, que les ralfinés prononcent theiyie, aposteme; fumelle youT femelle, prmnier pour pi'emie)', etc. Sous l'influence de la labiale m qui suif, le passe facilement d'abord au son eu, puis au son ii qui peut même dégénérer en i : on trouve aussi au seizième siècle primier sorti de prumier. La labiale v exerce une influence analogue : voilà pourquoi levant, beveur peuvent devenir beuvant, beuveur; buvant, buveur ; toutefois ils n'ont pas été jusqu'à bivant, biveur. C'est une prononciation de même nature et due à une même cause que celle qu'indique la rime pour le mot /eu'edans ces vers:
Lieu où les serpens et couleuvres,
Rongeront ta langue et tes lèvres. (Lecoq, Caïn, fin.)
§ 32. « Y se prononce comme i. Les anciens ne se sont point seulement servi de ceste lettre en nostre langue françoise es (dam les) mots qui descendoyent du grec ; comme aussi font les latins : hydropique, hypocrisie. Mais aussi s'en sont aidé quand ung i venoitau commencement du mot faisant seul une syllabe, comme yver (hiver), yure{i\Te), a cause que ?/ ha forme telle qu'il ne se peult joindre avec la lettre suyvante. Pareillement quandily avoit ung «entre des voyelles, comme envoyer, je voyoye, afin qu'on n'assemblasl Vi de la syllabe précédente avec la syllabe subséquente et qu'on ne dist envo-ier,je voio-ie. Aussi en la fin des mots finissant en diphthongue, ont mys ung y, comme 77ioy, iray, ennuy ^. »
Ainsi Vy servait non-seulement comme aujourd'hui à représenter deux i ; mais on l'employait à la place de Vi assez régulièrement à la fin des mots, dans les groupes de voyelles, et au commencement et au milieu des mots pour rendie l'écriture plus lisible.
Cependant, avec l'incertitude qui caractérise l'orthographe au seizième siècle, on voit ces règles assez souvent violées; et
1. Encore dans La FonUiine. | 2. R. Esticnne, Grammaire, p. 9.
XVI* SiiiCLE. 12
2or.
LA LANGUE FRANÇAISE AU XYf SIECLE.
il n'est pas difficile de trouver des formes comme hiver, moi, toi, irai, envoie, voici, elc. BranlOine, Henri IV emploient presque toujours Vy à la place de Vi.