‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 154 sur 725 · IV. Degrés de comparaisoii · texte numérisé non relu

IV. Degrés de comparaisoii

§94. Comme dans la vieille langue et dans la langue moderne, le comparatif au seizième siècle est marqué par p/ws .'Jj/ws furt ; le superlatif relatif pur le comparatif précédé de l'article le : /ep/zis/'oî'i; le superlatif absolu partrés suivi de l'adjectif :frt'S fort, écrit soit en deux mots : très fort, soit plutôt en un mot: trésfort, soit en deux mois réunis par un trait-d'nnion (comme aujourd'hui): ^/•es-/'t/r^ (orthographe habituelle à Ronsard).

§ 95. Des comparatifs et superlatifs du vieux françuis quirepo-

i. On retrouve encore de nos jours l'application de cette règle dans un grand nombre de noms propres de lieux : Grandville (JJanche), Grundcouronne (Seine-Intérieurf), Bochefort (Charente- Inférieure), Ville furt (Lozère), Vî7/eréal (Lot-et-Garonne) , et non Grandeville, Orinidtcouroiiiie, Roche forte, ^ i'ieforte, XilUreule (ou royale). De même, Vauvert (Gard), c'est-à-dire Wdeert ;

pour Valverte, Val conserve dans les noms propres le genre féminin du latin vallis ; cf. Laval (Mayenne), Bonneval (Eure-et-Loir), Valcluse ou Vauciuse (vallis clusa, clausa).

2. Fonts, de fons,fontis, est féminin en vieux français, et de nos jours encore dans les noms propres de lieux : Chaudefunt , écrit aujourd'hui Chaux- de-font (Suisse), etc.

228 LA LANGUE FRANÇAISE AU XVl" SIÈCLE.

sent sur les formes latines, le seizième siècle n'a retenu que les mots suivants conservés par la langue moderne : meilleur (de mcUurem), pire (de pejorem), moindre ( de minorem), mieux (de melius), pis (de pejus), moins (de minus).

Le vieux fiançais employait quelquefois pfws devant ces comparatifs d'urigine latine : plus hauçor (poème de saint Alexis) proprement jilus altior. C'est ainsi qu'on dit au seiziùaie siècle etjuFqu'à nos jours dans la langue populaire plus meilleur, plus pire. Henri Eslienne compare ^^/us meilleur, en grec PsXtiwv, (AâxXcv. On peut en rapprocher le mag/s major dQ Plaute (prologue des Mf'nechmes) et le comparatif de superlatif assez usité proximior.

§ 90. Au seizième siècle, l'influence de lacourdesMédicismit à la mode les superlatifs italiens en issime qui dérivent du superlatif latin en issimus. « Quelques-uns, dit le grammairien Pillot, voulant enrichir notre langue lui donnent un superlatif à l'imitation des Latins: ils disent pour trés-sçavant, sçavantissime ; iiouT (res-bo7i,bonissime ; revercndissime ; ces formes sont à la cour. » Les autres grammairiens du temps, Ramus, Estienne, Périon,Oudin, etc., sont unanimes sur ce point; ils s'accordent égalemenlà condamner l'emploi de ces superlatifs titulaires que l'usage de la langue française ne peut goûter et encore moins digérer. Ces superlatifs italiens ont disparu sans laisser de trace, excepté dans une ou deux exfiressions: {altesse) sérénissime. Ils ne doivent pas 6(re confondus avec des superlatifs en isme que possédait, en petit nombre, il est vrai, le vieux français et qui dérivaient par tradition populaire des superlatifs latins : hautisme, de ait issimus; grandisme, de grandissimus ', saintisme, de sandissimus.

Pelletier dans son Art poétique (15o5) réclame le droit de faire re\ivre les comparatifs latins en iur et des superlatifs en isme. Oi a accusé également F5aïf d'avoir essayé cette tentative et cela sur la foi d'un sonnet de Du Hellay. Le plus ancien souvenir de cette accusation se retrouve dans la correspondance d'i'"stienne Pasquier (xxii, 2) : «Quelques-uns de nos poêles pendant le rt'gnc de Henri II se donneront puissance par forme d'Académie, de vouloir innover quelques mots : et entre autres

lîiiïf et iMcolas Dcnizot Ces deux honnêtes hommes et spé-

ciulemcntBaïf voulurent mettre en usage ces mots de docte,

1. 1,0. vieux franç:iig disait au comparatif ^reij'neHr que regrette Est. Pasquier {/lir/terches, VUI, 3).

doctietir el doctime; sava7it,savantiew', aavantime ; hardi, hadieur, /lardime, au lieu de- ceux que porte notre commun usage ; ce qui donna occasion à Du Bellay, sur la fin de ses Jeux rustiques, de s'en moquer par ce sonnet qu'il envoya à Baïf, l'un de ses principaux amis :

Bravime esprit, sur tons cxpollciitimo,

Qui mosprisant ces vanimos abois,

As entonné d'une liautime voix

Des sçavantimcs la trompe bruyantime ; De tes doux vers le style coulantime,

Tant estime par les doctieurs françois

Justimement ordonne que tu sois

Par ton sçavoir a tous revcrandime.

Nul mieux de toy i, gentillime poëte,

Los que cliascun grandimement souhaite.

Façonne un vers doulcimement naïf; Et nul de toy 2 liardieurement en France

Va déchassant l'indoctime ignorance

Docte, doctieur et doctime Baïf*.

« Vous voyez comme ce bel esprit se moquait à propos de cette sotte nouveauté, tellement que ces deux innovateurs reconnaissant leur faute snpprimi>rent les vers par eux tissus sur celte trame. »

C'est une erreur, du moins pour Baïf. Jamais Baïf n'a créé de comparatifs et de superlatifs de ce genre. Quant au sonnet de Du Bellay, c'était le résultat d'un badinage, qui fut fatal pour la mémoire de Baïf. « Joachim Du Bellay et lui, au temps de leur jeunesse, eurent un jour la fantaisie d'échanger un sonnet bourré de comparatifs en ieur et de superlatifs en ime. Baïf même avait sans façon intitulé le sien Gosserie contre le sonnet de Bu Bellay ^ . )) Peut-être voulaient-ils se moquer des prétentions de Pelletier.

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