II. Article
§ 83. Les diverses formes de l'article simple, élidé ou contracté, sont déjà à l'époque qui nous occupe ce qu'elles sont aujourd'hui. Dans la première partie du seizième siècle toutefois
226 L.\ LANGUE FRANÇAISE AU XVr SIÈCLE.
on ignore l'apostrophe. Alor?, quand l'article doit Olre élidé, oa le réunit au substantif ou à l'adjectif qui le suit : lliomme, lenfant. On l'écrit aussi, mais rarement, sous sa forme entière , non élidée: ie hmme, le enfant. Dans quelques éditions de Rabelais on trouve des exemples de cette dernière ortliographe qui rappelle daus une certaine mesure noire orthographe moderne dans les phrases suivantes : c'est uhe AffuirE Avantageuse, quoiquE IL vienne, etc.
§ 8i. L'article possède au seizième siècle une forme contractée pour le masculin singulier ou, pour le masculin et le féminin pluriel es, qui vient de en et. le ou les. Es seul s'est maintenu jusqu'à nos jouis dans les expressions consacrées bachelières lettres et lesanalogues, qu'on écrit bachelier és-lettr es à tort puisque es est à en les ce que des est à de les. Une forme nasalisée du singulier ou est on qu'on trouve dès le début du Gargantua.
§ 80. L'article indéterminé «?ia un pluriel uns, M«es d'un emploi spécial qui sera examiné à la syntaxe.
m. Adjectif.
§ 86. Les règles de la formation du pluriel des adjectifs sont les mêmes que celles du substantif. Voir §§ 71 et suiv.
§ 87. Le féminin des adjectifs se forme généralement par l'dddiiion d'un e muet : pur, pure, aigu aiguë, sauf dans les mots terminés au masculin par un e mu'-t : honneste.
§ 88. Les adjectifs terminés par l, n, s, f doublent généralement la consonne {'nvAle : cruelle, bonne, lasse, n'/<'^. Cette règle est devenue de nos jours absolue. Les adjeclifs terminés par /mouillée con.-ervent ce son: vieï7, \ieille; par n mouillée, conservent n mouillée ou la ramènent à n simple : malmg, maligne ou rnaline (cf. §75). Au masculin l'}i mouillée peut t'jmber ; on écrit aussi malin.
§ 80. Les masculins bel, nouvel, fol, vieil, etc., dont les féminins sont belle, etc., sont remplacés devant une consonne par les formes secondaires beau, etc. (cf. § .^0). Toutefois on emploie encore souvent fol, vieil, même quand le mot n'est pas suivi d'une \OYG\\e lEstil fol? Le fui garçon. Le vieil poète. Le vieil soudart (Des Per., Les mal contens).
§ 90. l>es adjectifs terminés par c cl f ajoutent au féminin qiie et ve : grecque, pubiic'jue ; naifve, rifce, etc. Le e et 1'/" peuvent tomber : grequc, publique, naïve, vive.
§91. Les adjectifs terminés par (/ changent rôgulicremenl g en gu : long, longue ; le féminin longe qu'on rencontre quelquefois est dialectal ou il faut y voir une notation spéciale du g quiyconserve sa valeur de yu.
§ 92. Les adjectifsterminés en eux font euse parce quelemasculin eux est pour eus (du lat. osus).
Sur les substantifs terminés en eur dont le féminin est eure ou eresse, voir § 83.
Doux, faux, tiers font dousse ou douce, fausse, tierce, parce que ces mois sont à l'origine doice, false, tierse, mots dans lesquels Vs étant précédée d'une consonne aie son fort.
§ 93. Quelques adjectifs, dérivant d'adjectifs latins en is, appliquent encore la règle du moyei.-age d'après laquelle ils n'ont qu'une forme pour le masculin et le féminin : grand, iém. grand (latin prfl/KZ/s). Toutefois on trouve aussi le féminin grande: Les plus grandes affronteries {Parangon, 4).
La règle du vieux français n'a plus laissé de trace que dans quelques expressions consacrées : grand'mère, (à) grand'peine, {la) grand'roiite, (c'ei^t) grand^pitié, etc., tous mots où l'apcstrophe, qui est censée marquer l'élision d'un e, est un contre-sens*. Citons encore celte femme se fait f-rt de (pour elle se fait forte de), fonts baptismaux ^^ lettres royaux.