X. Verbes
§ 191. Le verbe esta examiner: 1° dans la forme, 2° dans les modes, 3° dans les temps, 4° dans les nombres, 5° dans les personnes.
§ 192. 1. Forme du verbe. — I. Faire est encore fréquemment employé pour éviter la répétition du verbe : Et comme ils font (m'espouvantent) du vray, du faux ils m'espouvantent (Kégnier, Élégies, l).
^ 193. — 2. Le verbe peut se remplacer par une périphrase formée de aller ou être et du participe présent du verbe. Cette périphrase, à laquelle H. Estienne trouve bonne gnlce {Précellence, 3oo) et que signale Palsgrave (p. 409-410), a vieilli depuis Corneille, el elle ne s'emploie plus qu'en donnant au verbe aller sa valeur propre. Elle va chantant yaul aujourd'hui du-e elle va, marche en chantant; elle va se consumant, elle continue de se consumer. — Au contraire, aller n'a guère de signiti.ation par luimême dans ces exemples archaïques : Tous vont disant (Marot, II, '^03). Chascun va sa fluste abandonnant (id., 30U). La peur vames sens effrayant (Ph. Desportes, cité par H. E-lieime, /. c). D'elle estre jouissant (Marot, I, 2U3). Sous ccste tombe est gisant (id., III, 250).
§ 194. — 3. L'emploi du pronominal à lapl icedu passif ou de on avec l'actif, inconnu au vieux français, s'introduit sous l'influence italienne, et pénètre assez profondément dans la langue pour y laisser encore aujourd hui des traces. (Sous Henri II) plusieurs grandes corruptions... se conceurent et après s'enfantèrent avec une fertilité incroyable (Lanoue, 18). Allons vistemmt : La soupe se mange; je pindarise, je cuidois dire; on mange la soupe (13. de Verville, Moyen de parvenir, 7). Cette qualité ne se peult acquérir (Du Bellay, Illustr., I, o). (Par cette étude] les plus abstruses parties d'S nostre estre se pénètrent (sont pénétrées, approfondies) (Mou-
taigne, I, 25). Je, m'enterrcray (Monluc, [II, 499). Encore au dixsepiiôme siècle : L'élection s'en faisoit par le peuple (leur élection était faitfi par, elc.) (Bossuet, Hist. univ., III).
De nos ji^uis, cette construction n'est plus usitée que dans les phrases où le sujet n'est pas un nom de personne et où le verbe n'est pas suivi d'un complément indirect indiquant le sujet de l'action. On dira ; Ce qui se dit, ce qui se fait; cette pièce ne se joue plm ; mais non cette pièce ne se joue plus par la troupe du Théâtre-Français.
§ 1 1'5. — 4. Les verbes peuvent changer de nature dans le cours de la langue : tels sont neutres qui deviennent actifs ou réfléchis et rériproquement ; tels régissent l'infinitif sans préposition qui en prennent ensuite.
a) : aboyer qq. ch. (Ronsard, Franc, préf.), aprocher qq. eh. (en approcher) (Des Portes, Stances du mariage), bndre (faire retentir) en nous des exploits (Jodelle, Cléop., prol.; Du Barlas, Judith, II; d'Aubigné, Trag., l; Régnier, Sat. l, etc.), contribuer nos passions à la ruine publique (Du Vair, 601), croistre son courage (id., 002), délibérer une affaire (N. du Fail, II, 3H), échapper au danger (Moulue, IIÎ, 499), empiéter l'autorité {Sat. Mén., 193), éclater qq. ch. (Des Périers, Nouv. rccr., 29), enti-er un lieu (spécial a Hubelais, I, 23; III, Si, etc.), exceller qqn (le surpasser) (Konsard, Odes, III, 20), jouir qq. ch. (spécial à Montaigne, I, 19, etc.; gasconisme blâmé par Pasquier, Leffres, xviii, 1), lutter qqn (id., I, 24); pâlir qqn (BaiT, Météores, I), penser qq. ch. et en qq. ch. (l{onsard,H(///mes,Il, 4, et Franc, I), refuser qq.ch. de qqn. {Sat. Mén., 43 ; Parangon, 90), survivre qqn (Pasquicr, Recherches, VII, 6), sembler (ressembler) qqn {Sat. Mén., 262), soupirer qqn (Des Portes, Bergeries, imit. d'Hor.), suppléer qq. ch. (suppléer à qq ch.) (Pasquier, Recherches, VIII, 49), user qq ch. (s'en servir) (Régnier, Élégies, IV).
b) Apprendre qqn à qqch., à faire, de faire qq. ch. (Calvin, Imt., 440; Montaigne, t. I, p. 80); encore usité au dix-septième siècle et. conservé de nos jours dans l'expression un mal appris; conseiller qqn de faire (Amyot, Artax., 15), refuser qqn de qq ch. (Parang., 90).
c) A'corder à qq. ch. (Jodelle, Eug., II, 2), ennuyer à qqn (Belleau, II, 162), favoriser à qqn (Charron, Sag., I, 48; latinisme), haranguer à qqn (Pasquier, Recherches, Vlll, 1), servir à qqn
1. Signalons un singulier emploi de i poî'nt voulu passer O'vZh-c (Marguerite, l'auxiliaire être pour avoir : Je ne suis I Lettres, 58).
(Calvin, P5. Il, Il ; Amyol, Thésée],, offenser contre qqn (Ronsard, Odes, I, à Henry II).
d) Affaiblir pour s'affaiblir (Marguerite, Lettres, 99), abismer pour s'abism.er (id., Le Maire, Amant Vert, II), dpspiter, desconforter, escrier pour se despiter, etc. (Montaigne, II, 12), fourvoyer pour se fourvoyer {\ie\\ea.u , III, 38), renouveler pour se 7'enouveler (Vauqiielin, Aji. Poét.), ruer pour se ruer (Rab., I, 33), terminer pour se terminer, être terminé (Cl. Marot, I, 14). — Inversement, s'apparaître (Ronsard, Odes, I, 10; Jodelle, Bidon, I, 1), se délibérer défaire qq. ch. {Pix?,quieT, Recherches, VI, 18).
e) Je vous supplie croire (de croire) (Marg., Lettres, 5). N'ai craint vous ennuyer (de vous enn.) (id., ibid.). Je fus contraint brusler (de br.) (Palissy, 315). L'amena se plonger (à se pi.) (Mont., I, 27). Ne s'advança s'enquérir (à s'enq.) (N. Dufail, 11, 312). Il t'a pieu faire (de f.j (Du Barl., Sem., II). Ils entreprennent exposer (Ou Bell., Illustr., I, G). Entreprennent jouyr de l'ordre (Mont., I, 3). Quirefuse se laisser (de se 1.) (Ronsard, Odes, I, 7). (Dieu) a permis faire (de f.) (Jodelle, II, lOi). Aimer mieux faire qq. ch. que faire (que de faire). (Rons., Franc, II; Jodelle, Ew^.,II,2).
. f) Ne taschez jamais à desrober (Monluc, III, 517). Ne craindre poiyit à mourir (Mont., I, 19). Il ne laisse à faire le mal (de faire le mal) (id., ibid., 25). Mériter à être (Jamyn, III, Eleg. d'une fontaine). Oublier h faire (Rons., Fr., préf. ; Calvin, /ns<., préf., H. Est., Conform., préf.). Il faut travailler de rejeter (Mont., I, 16). Ayant appris de caresser (id., I, 22). Qui par de faux rapports cherchent de complaire aux gens (Calv., Ps., préf.).
§ 196. — 0. Le passif peut être exprimé par une périphrase : Toute la ville s'en alloit déserte (Aubigné, Hist., I, 326). Cela s'en va g«ery [Marguerite, Lettres, 47). Au dix-septiùme siècle : La conjuration s'en alloit dissipée (Corneille, Cinna, III, 4). De nos jours : La chose s'en va faite.
§ 197. 6. L'infinitif aciif a souvent en français la valeur du passif : je Vai fait voir répond au lalin jussi ostendi. Nous disons : Il est à plaindre; facile à dire; admirable à voir ; vin prêt à boire, fait à peindre; mais digne d'être vu. Au seizième siècle, il y a quelques hésitations : Aisés à estre vaincus (Monluc, I, 248), et inversement : Tout ce qui est digne d'escripre (d'être écrit) (Marguerite, Lefires, 166).
§ 198. — 7. Les verbes impersonnels ne présentent pas de particularités importantes. Toutefoisle seizième siècle conserve quelques usages de la vieille langue pour avoir et fuUoir. Le vieux
268 LA LANGUE FRANÇAISE AU XVl'^ SIÈCLE.
français a commencé par dire il a, puis il y a, qui seul s'est maintenu. On trouveencore il a dans quelques ailleurs de laRenaissance : TJne fois à Voiciiers avoit uny riche marchant (Grand Parangon, 95). — Falloir, suivi de l'intinitif, ne se construit plus aujourd'hui avec un complément indirect de personne ;ilie peut au seizième siècle : Fallut à la femme dire la vérité (id., 126).
II et 111. MoDi'S ET Temp-.
§ 199. Indi'-aiif. L'indicatif, dans le récit narratif, passe plus .acilemenl qu'aujourd'hui du présent au passé et du passé au présent. Si s'en part le roi et sonna sa trompe (Grand Parangon, 25). Si virent ung cloché de loing, et alors \ont tous piquer de ce costé et tant allèrent que (id., 25).
§ 200. Subjonctif. La conjonction que se supprime volontiers. Souvienne-vous des Athéniens (Montaigne, I, 9). Nij leplus jeune refuie à philosopher uy leplus vieil s'y lasse (id., 25). Aille devant ou après (id., ibid.). Encore aujourd'hui : Addenne que pourra ; vaille que vaille ; aille qui voudra, etc. ; si sage soit il (cf. Montaigne ; tant fantastique soit-il, 11, 12).
§ 201. L'imparfait du subjonctif remplace souvent le conditionnel ; c'est un lalinisme : Il est peu d'hommes qui osassent mettre en évidence... (Montaigne, I, oO) . llpensoit quih s'en ullasseiit (Grand Parangon, 93). Qui me payast, réplique l'autre, je m'en allasse (Pasquicr, Ecc/itrc/tes, VIII, 5'.»). St ces auteurs eussent jugé que... elles n'eussent (n'auraient) sceu produire (Du Bellay, Jllustr.,], 3).
§202. L'uiMge du sul jonclif dans les propositions subordonnées, tel qu'il est ti\é dans la langue actuelle, ne concorde plus entièrement avec celui que connaissait le seizième siècle et qui rappelle la tradition du moyen à;4e '. Est-ce qu'en cinq ou six so7'tes 7ie puissions varier xin point (Pasquier, Ldtres, I, 2,. (Ils) pensent que ce soit une complainte (Calv., Ps. XJI, 3). Les antres pensent que ce nom leur ait dé imposé par manière d'exception (Amyot, Numa, 16). Aucuns (quflques-uns) songent que nous ayons deux âmes (Montaigne, II, 1). Comme si ce fussent ennemys (id., I, 9). Estimayil (jue le danger fud passé (Marguerite, Mém., p. 33). Il est incertain oit (en quel lieu) la mort nous attende {MonL,l, 19). Il me semhle que si celafnsi (étaii), vouspriez (Des Pcriers, Cymbal., Il, 5). Personne n'ignore que ce ne fussent Castor et Pollux (Coefl'eteau, Florus I, 11). Comme ils le priassent de leur vouloir écrire des lois (Amyot, Lucullus, 4). — Je ci'ians que c'est un iraistre (id., 111, 5^. J'ai grand paour que tonte ceste entreprise
1. Nous ne puuvons qu'indiquer ccpoiiit J étude spéciale, et prêterait matière à de qui, comme les précédents, mériterait une | longs déveloiipements.
sera semblable à la farce du pot au lO.it (Rabelais, 1, 33). Il fauU que vous vous resouldvez. à trois choses (Monluc, III, 333). C'est force et violence que cruelles sentences sont prononcées (Gulvin, Instr., préface) (on dirait aujourd'hui, soient prononcées). Bien qu'au milieu tu sens... (Aubigné, Tragiques, bi). Je trouveray bien moyen que ce « Defunctis » ne vous scandalisera plus (id., Fc^nestc, II, I). Je m'esbuhis, dit Longarine, que ceste pauvre femme ne mourait de honte (Marg., Hcptam., 49).
^20'S. Infinitif. — L'infinitif en vieux français, comme en grec et en latin, peut devenir substantif. Encore au seizième siècle: Un plaider sommaire (H. Estienne, Précellence, 13). Un oser ingénieux (Ronsard, Odes, V,2). Avec un complément : Le longtemps vivre, le peu de temps vivre (Montaigne, I, 19). L'cst^'e morts nelesfasche pas, mais ouy bien te mourir (id., Il, 13). Lequel chercher est le premier degré de sa peine (Calvin, hist., Il, 12). (Il) desiroit plus le renaistre d'Homère que... (Du Bellay, ///«sf?\, II, 5).
§ 204.11 faut encore voir une imitation du latin dans l'emploi delà proposition inflnitive. Inconnue au vieux français, excepté dans les textes qui traduisent le laiin, elle ne se monire que vers le quatorzième siècle dans la littérature proprement dite. Au quinzième siècle, Comines en fait déjà un usage marqué; au seizième, elle est entièrement entrée dans la langue écrite. Je lasoutiendray esire telle (Marot, II, 334). Ce vous sera trop -jlus d'honneur et gloire Qu'avoir chascun quelque grosse victoire (Marol, II, 304). /^s demandoient les cloches leur estre rendues (Rabelais, 1, 18). Disant misère estre compagne de procès (id., I, 20). Cuides-tu ces outrages estre recelez es esprits éternels? (id., I, 36.) Qui endurent ceste humanité estre exercée (id., I, 37). C'est chose accordée entre les sçavants le naturel faire plus sans la doctrine ciue... (Du Bellay, Illustr., II, 3). Se disent tant prendre de peine (disent qu'ils prennent, etc.) (Hes Périers, Mcdcontens). Hérodote dit avoir esté remarqué... (/!<c(Mon(., I, 3.>). Aristote dit appartenir aux beaux le droit de commander (Mont., III, 12). Et j^our estre les occupations domestiques moins importardcs, elles n'en sont pas moins importunes (Mont., I, 38). Ceux dont on descœuvre Avant la mort mourir les vers, l'amour et ToBuiTe (Jodelle, II, 101).
§ 200. L'infinitif, employé comme sujet logique, et annoncé par c'est, ne se fait pas encore précéder de que ou de que de. C'est trahison se marier sans s'espouser (Montaigne, III, 5.)
§ 206. L'infinitif employé comme sujet ou régime logique, au début de la phrase, se fait volontiers précéder de de : D'appeler (c'est-à-dire appeler) les mains ennemies, c'est un conseil peu gail-
270 LA LANGUE FRANÇAISE AU XVl* SIÈCLE.
lard (Montaigne, I, 13). De m'en deffaire, je ne puis (id., Ill, 9).
§207. Inversement, la préposition rfl^^gissant rinfinilifpeut être sous-er)tendue: Qui le contraignent suivre plus tost son destin que sa volonté (Bons., Fr., préf.).' Que serviroit expliquer ce que...! (Jodelle, Eughie,\, \). Dessus l' aulre horizon reparoistre commence (Du Burt., Sem., III). Il luy convint abandonner son pays (Amyot, Thés.). Quand tu n\turois autre grâce... sinon sortir de la race (Rons., OdeSf I, S). Je la priay s'en reposer surmoy (Mont,, I, 20). — Cf. § 19o.
§ 208. La construction de depuis avec l'infinitif, usuelle au seizième siècle, a disparu de la langue : Depuis avoir vestu nostre chair (Calvin, Instit., 374). Encore au dix-septième siècle. Depuis avoir vonnu feu M. votre j^ére (Molière, Bourg, gent., IV, o).
§ 209. Rappelons enfin la construction, aujourd'lmi inusitée, de l'infinitif précédé d'un que qui dépend de si, tel ; tellement : Estant si fort esperdu de frayeur que de se jetter à tout (avec) soji enseigne hors de la ville (Montaigne, I, 17).
§210. Participes. 1° Présent. — La vieille langue distinguait le participe présent variable {chantant, cantantem) du gérondif (c/ifm((/nf, cantando), identique de forme au participe, mais invariable. La langue peu à peu a fait au gérondif la part de plus en plus large, et l'a substitué au participe, si bien qu'aujourd'hui, la forme verbale en a^U où l'on voit généralement un particijie présent, mais qui est en réalité un gérondif, est invariable. Au seizième siècle, le participe présent varie encore en nombre, et quelquefois en genre. Joyaux de la couronne à nous appartenans (Sat. Mm., 42). Tendms im filé (Du 13arl., Sem., II). (Nymphes) Fuyantes le satyreau (Ronsard, Odes, 11, 9). Aux oreilles attendantes (id., ibicl., I, \-i). Se retirantes... vers leur ville (Rabelai?, IV, 36). Lettres... veîiantes de Rome (La Noue, Discours, XXVI, 2). Ces filles de Scédase, pleurantes à l'entour de leurs sépultures et maudissantes les Lacédémoniens (Amyof, Pélop., 38).
Mais les variations de genre sont plus rares que les variations de nombre. On trouve des formes du masculin pluriel pour le féminin : (femmes) venans àestre vefvn (Montaigne, 111, 5). Passions servans seulement à... (id., ibid., \). D'après Palfgrave ^p. XXXVII et I33j, le participe présent n'a pas de féminin. Ces faits montrent bien que l'esprit de la langue était de faire le participe présent invariable.
§211. Dans la langue actuelle le gérondif doit se rapporter au sujet exprimé de la proposition : Il l'a renversé en courant,
c'est-à-dire celui qui courait a renversé l'autre. La langue du seizième siècle, gardant quelque chose de la liberté du vieux français, peut rapporter le gérondif au sujet ou au régime, exprimé ou sous-entendu. L'estat se comerve non moins en ne faisant nen qui ne lui soit bien séant, qu'en faisant tout ce qui lui est convenable (Aniyot, Romulus). Donc ceste douce Afrique en la laissant 7ious charme (Jod., Bidon, I, \).Janne, en te baisant, tume dis Quefay le chef à demy gris (Rous., Odes, IV, 31).
II en est de môme pourrinfinilil'. Nostre belle jeuness-, Qui las! sa7is y penser, comme un songe nous laisse! (Des Portes, Él'gies, II, Carylas). Je suis royne née... destenue dix-neuf ans 'prisonnière... par celle vers laquelle je m'estois réfugiée,,, sans avoir aucune juridiction sur moy (Pasq., Rech., VI, 15).
§ 212.2° Passé. — Le participe construit avec l'auxiliaire estre n'offre rien à remarquer.
§ 213. Construit avec l'auxiliaire avoir, le participe variait ad libitumduns la vieille langue, qui considérait le participe tantôt comme un adjectif qualiflant le régime du verbe et par suite variable, tantôt comme un élément du verbe et par suite invariable, que le régime le précédât ou le suivît.
Exemples. 1. Le régime précède le verbe : Mais sa garison a perdue (Renard, I, 7o3). De lamproies et d'anguilles qu'il orent {eureni) acheté (id., 761-62).
2. Le régime suit : Avez me vos dit vérité ? (M'avez-vous dit vérité) (id., 980). Si crleng ausinc (je crains aussi) avoir perdue m' espérance et m'atendue (et mon attente) (Rose, v. 3981).
Au seizième siècle, la langiie tend à ne faire accorder le pa:ticipe avec le substantif que quand celui-ci le précède, quoique la règle posée par Marot ' soit loin d'être absolue. Quand en effet le substantif est d'abord énoncé, le rapport qui l'unit