‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 180 sur 725 · XI. Mots invariables · texte numérisé non relu

XI. Mots invariables

1« Prépositioîis.

§ 219. — A. Certains emplois de cède préposition sont aujiHird'liui inusités : J attends à ce soi7' M. de Villiers et sa nièce (Margiieiite, Lettres, 97). Le roy de Navarre lequel je pense estime à chemin (c-n-d. en chemin) (id., 123). // n'tj a jour auquel (pendant lequel) les hommes soient si tristes qu'à (que pend.ml) celuilà (Amyul, Numa, 18). (\fiii qiK^) le malheureux se voue manger aux (p ir le») avocats (J. Du B<'ll;i\). Les hommes bruslés à (par) centaines (Aubigné, Hist., I, fic). (Ils) se présentaient promptement à{[^owv) faire les informations iMunluc).

A spéi iulement a le sens d'utec qui lui est usuel au moyen âge : dans ce sens à représente le latin npud et non ad. Donnez dessus à vostre mast ;R ib^-lais, II, 29). Au lieu de à, on emploie plutôt à tout qui à l'origine voulait dire tout à fait avec et qui est devetiu un pur synonyme fie à : Puisa tuut son Laslon de croix guigna (id., I, 27). A t'Ut sa bouche (des Périers, Malcontens). Us 7ie font pas tant nialvi usement que... grossièrement les injurieux à tout leur médisance (Mnuiaigne, I, 3ti).

§ 220. Auparavant, préixisilion dans : Aiiparuva7it lu;/ (Amyot, Thésée); ad\erbe dans : Auparavant de luy (M. Du Dellay, Mém., prologue).

§ 221. Avec jusqu'au dix-?epliènie siècle peut s'écrire «rec7uc, avccques. 11 s'emploie quelquefois encore en qualité d'adverbe cominc! en vieux français ; Moi avec... peut estre, m'en devrais taire (Montaigne, II, 7). lùicore de nos jours dans la langue populaire : « Que me donnes-tu avec ? » (Cf. La Fontaine, Fables, IV, '20).

§ 222. Alors de s'emploie comme aujourd'hui lurs de. Alors de II. récolte (Brantôme, VI, 320).

§22;«. Autour : dans iiti sens figuré : Personnage puissant et de grande auihoritc autour de l'empereur (Montaigne). Je veux dire mon exi^érience au'oir de ce sujet (id.). Jugemc/is seurs et outcrs autour des objets qu'elle c mnoissoit (id., I, 2.S).

§ 22i-. .\pris. On trouve [(..rlui- ewpm(en, près) : Amprés estre mort(dnsin (Ikant., I, 23i). De mc'î ne ennprès : Us j)roduisent en apr's le tvsni'iignagf des... ((iaiviu, Inslit., 4^2).

Après e.-t qm^lquefois suiipriuié devant l'infinitif pissé. On trouve dans Rabelais plusieurs exemples de celte biazrre cous-

SYNTAXE. 27fj

traction signalée déjà par l'auleur du Traité de la conformité du l'ingugc françois avec le grec.

§ 225. Avtmt. (Couslnme) Receiie en l'Esglise desja avant treze cens aJis (Calvin, Inst., 531).

§226. De présente diverses particularités inlérossantes ; 1° Il s'iijoute à monsieur devant un substantif. Le pauvre monsieur du pa])e (R.ibt^lais, I, 33). Monsieur de l'Ours (II, 4). La langue moderne supprimerait la préposition dans cette construction qu'on retrouve encore dans La Fontaine : Eh ! bonjour, monsieur du Corbeau.

2° Il ne s'emploie pas après rien, quelque chose, etc., suivi d'un adjectif: le seizième siècle dit habituellement: quoi plus beau? il n'est rien plus beau. Quelque chose plus beau (ou plus belle) ? Il n'y a rien si vroy (des Périers, Cymbidum, I). Bien trop (Montaigne, I, 16).

3° Nous avons parlé plus haut de l'infinitif employé comme sujet logique et annoncé par de. Ce de peut èiro supprimé. Ce seroit chot^e trop facile, se faire éternel par renommée ('Ju Bellay, niusir.,\\, 3); cf. §§ 19o et 203.

4° Après un comparatif, quelques écrivains emploient, par imitation de l'italien, de au lieu de que : Homme de moy plus grand (Marot, IV, 124). Nul mieux de toy (Du Hell ly, II, 419). Même après autant : Je dors S'illé <i le dormir m'a valiu autant de ;awi6on (Habelais, 1,22). (Cf. pourtant, page 2:'9, n. 1.)

5° De se trouve dans cert;iiiies constructions où la langue moderne le supprimerait ou le remplacerait par une auire préposition. Délivré de (par) son maislre (Calvin, Inst., 023). Ils sont jugés dv (par, d'ai)rès)ieur.ç frui's (ici., (;27). Ce qu'est de faire (ce qui est à faire) (Rabelais, I, 23). Elles me servent de (.i) frais choses (id., III, 40). Trois gentilshommes qui d'une (avec; une) hardiesse incroyable soutenaient seuls l'effort dï so?i «rm/e (Montaigne, I, 1). De moy (pour moi), si je pensois ('les Périers, Nouv. récr., 9!). Faisant de l'audacieux (Amyot, Fabius, 13). Pensant faire du plaisant (id., Timol., 22).

6" H.-ippelons ausd la construction du moyen Sge encore habituelle au seizième siècle : que c'est de cc'i, c.-à-d. (ee) que c'est que ceci. Us ne savent <jue c'est de Dieu, ni de religion (Calvin, Inst., 127). Quel crime c'cstoit d'adultéré et d'homicide (id., 833). Dans celte phrase de Bossuet : Qu'est-ce que de hou^ {Sermon sur la mort, 1" point), il y a un reste de celte construction.

§ 227. Dedans, dehors, dessus, dessous sont restés prépositions jusqu'au dix-septième siècle, où ils sont devenus adverbes ex-

cepté qnand ils forment des locutions composées avoc par ou de: par dedans la ville, par dessus les 7riurs, de dessous la table, etc.

§ 228. Depuis, \oir plus haut, § 208.

§220. Dernier pour derrière : dernier la chaire (derrière la chaise) (Monluc, I, 149).

§ 230. Devant ou davant est remplacé maintenant par avant : davant boyre ny manger (Rabelais, I, 26). Devant hier (Amyot, Comment réfrén. la cul., 33).

§231. En. Le domaine de cette préposition ne s'est pas encore réduit entièrement au profit de dans qui aujourd'hui a pris sa place devant les substantifs déterminés. En la mer (Mont., I, 1). En l'Europe (id., III, 73). En lieu de est usuel pour au lieu de. En lieu de ces tens-ci (des Périers, Cymb., 1). En lieu du fer outrageux {Rons . , Odes, I, 2). Cf. § 143.

§ 232. Ensemble a souvent le sens de avec: ensemble les exordes et pérorntions (Montaigne, I, Kl). Di&oit avoir vu le grand bonhomme... ensemble la bonne dame (Rabelais, III, 40).

§ 233. Emmy, de en et my, c.-à-d. in medio, est d'un emploi usuel : Emmy les champs (au milieu des champs).

§ 234. Environ a le sens de vers : Environ quatre heures (Rabelais, 1, 23).

§ 235. Joignant a le sens de auprès, jusqu'au milieu du dixseptième siècle.

§ 236. Jusque, selon Palsgrave, se prononçaityugwc ; de là l'orthographe ji'uc qu'on rencontre quelquefois.

§ 2)7. Par peut ûlre suivi de l'infinitif: Par bien gouverner sa maison Veust augmentée, par me piller sera destruict (Rabelais, I, 36).

Par quelqu'un s'emploie pour 2)«r chez quelqu'un : J'ay donné charge à ce porteur de passt;r par vous (Marguerite, Lettres, \ 12).

L'élymologie de parmi {par cl mi=per médium) explique les tournures suivantes : (»'Me) pamii les pieds je puisse estre pendu (Cl. Marot, il, 137). Nay cl nourry aux champs et parmy le labourage (Muni., t. m, p. o!J). De nos jours, p«wu' ne s'emploie plus que suivi d'un pluriel. On le trouve encore au seizième siècle em{)loyé comme adverbe : lly a quelque plaisir corporel naturellement meslé parmy (Mont., 11, 3).

§ 238. Pour a souvent le sens de par : pour exemple (Montaigne, I, 12). Cf. la locution conjonctive pour ce que = parce que.

Dans l'expression pour qui sait, etc., pour se supprime volontiers. Qui considérera, c.-à-d. i^our qui considérera (Pasq., Re-

cherches^ VI, \h). C'est un vain estiide, qui veuU (pour qui veult) (Monfaisnc, I, 25).

§ 239. Puis, au sens ôlymologique de post, est déj.\ rare au seizième siècle, et est rein[)lacé par le coinposé depuis : Puys Clovis... plus puissant roy l'on ne saurait nommn (J. Marot, V, 21).

§ 240. Quand et ou quant et signilie avec : Ils ont achevé leurs jours quant et la liberté de leur pais (Amyot, Dém., 7). Celle locution, encore usitée dans quelques piovim es, s'explique facilen^ent : Je suis sorti quand et lui veut dire : je suis sorti quand lui aussi (ei) est sorti; autrement dit, nous sommes sortis en même temp^, ensemble.

De celle expression dérive cette autre : quand et quand (ou quant et quant), employée comme préposititn an sens de la première et plus souvent comme adverbe au sens de également: Elle (la peine) naist en l'instant et quant et quant le pesché (à l'instant où, alors que naît le péclié) (Monlaigne, 11, o).

§ 241. Sus est souvent préposition : Comment Pantagruel raisonne su^ la discussion des âmes héroïques {Wixh . , IV, 27j. De nos jours, il n'est plus qu'adverbe, excepté dans quelques mots composés.

§ 242. Voici,voilà, qu'on peut considérer maintenant comme des préposiliiins, ont encore, au seizième siècle, la vulour que leur donne leur étyraologie et peuvent se diviser en : Voi ci, voi la, c'est-ù-dire v<is, regarde ici; vois, regarde là. Voyez ci le contract (Rabelais, I, 32).

2° Adverbes.

§ 243. 1. Adverbes en ment. — Ces adverbes sont formés d'adjeclifs féminins suivis de ment qui est le lalin mente : bonnement, signifie étymologiqueinent : bona mente (d'un bon esprit, d'une bonne maiiièri').

Les adjectifs venant des adjectifs parisyllabiques latins en is, n'ayant qu'une forme en vieux français comme en lalin, pour le masculin et le lèminin, on a eu des adverbes tels (jue loyal-ment, royal-ment, t^pécial-ment, fort-ment (et par contraclion forment), grand-ment {'iranment), abondant-ment \abondan-mcnt), etc., clc. Dès le quatorzième siècle, les écrivains cliercbèrenl à refaire ces adverbes sur la forme féminine qu'avaient prise les adjedifs : loyalement, fortement, grandement. Les formes nouvelles ne réussirent pas pour les adjectifs en ant, et meschantement (Rabelai?, Il, 34), patientement (Marguerite, Lettres, b), éloqucntement

XVI"^ SIÈCLE. Ifi

(Rabelais, I, 23), violmtement (Calvin, lust.^ préf.), etc., n'ont pu Irinmjiher de méchamment, patiemment, etc. *.

§ 244. 2. Afljeclifs employés adverbialement. — Voici quelques exemiiles de cet emploi, plus élendii au seizième siècle qu'anjonrd luii. Si la mémoire m'>vst tenu bon (Mont., I, p. 34). Afin de leur vendre hou les plaisir < qu'ils se prom(:tte7it(\ ver, p. 578). Dii'e pabliquement liault et clair que... (Amyot, P. Mm., 51). Dowx' g'?'ate(Colgrave), doux-inhuma n [KxcoVj, doux coulant, douxbruy'nt, etc., compositions usuelles au seizième siècle, dans lesquelles doux veut dire doucement. Tel que pour aussi bien... que fréquent en vieux françiis, se rencnntre au seizième siècle. Un homme pareillemeiit résolu à tous accvlens, tel seul qu'en compagnie; tel. en camp clos qu'en xme bataille (Montaigne, II, I).

§ 24H. Cilons spécialement premier qui veut dire premièrement, d'abord, et petit qui veut dire peu ; Adieu, vieilli f'orest, Oii premier j' accordai/ les langues demalip^e, Où, premier j'entcndi, etc. (Ronsard. Élégies, Forest de Gastine). Et premier, c'est une chose accordée (Du Bellay, Illustr., 1, 5). De là, les loculions premier de faire, premier que faire, premier qu'il fasse, où premier a la valeur d'avant. — Ne craignez d'un g petit (d'un peu) temporiser (Mfirgiiei'ile, Lettres, 31)). Attendons vu petit (des Périers, Cymba- Inm, I^. Un petit plus bizane {Sut. Mén., 14).

§ 246. L'a(lj(!c(ir pur s'emiiloie avec la valeur adverbiale de purement: Des choses pures humaines (Amyot, P. JEm., 5S). Aussi contentez-vous tout le monde de belles pures paroles (Des Périers, Cymb., II). De nos jours, on emploie encore quelquelbis seul de la nK^me manière, pour seulement.

% 247. 3- Emploi particulier de quelques adverbes. — Davantage s'emploie absolument : D'avantage, Pétrarque ncscrivit qucnunsubjcct (l*asquicr, Rech., VII, 7). D autant; \oir aux conjmu lions, cVautant que{^ 273). §24^<. Devant on (/«D(mi, adverbe, esl,comii!e devant ou davani pr6[)osilioii (§210), remplacé aujourd'hui par avant: Trois jours devant (Mont., III, 8).

§ 249. Dont ou dond (du l.ilin vulgaire de-unde), n'a pas encore pris absolument la s-ignificalion de relatif, li seule qu'il

1. Les atljcctifi terminés en é pcnient lie iiDS jouis, dans le composé adveibial, l'e niiiiït (lu féiniiiiii : aibémenl. U' xvi" siècle ii'av;iil pas ciicare su|ipriiiic'! cet i- : aisé' ment (de., eéiicîis, Cymlxilum, U;. ".s- S'irc m'«/(Amïol, Z;c'>no4(/i. 26,,(:tc.,elc. Toutcfui.t e/fr.julemeiit Cat, duus Cur-

loix (IX, 47). Los iidvcrbcs tels que expr'.isément, confusém-nl, impûné^ment etc.. sont cneoieaii xvi" siècle v.tpressement, (de expresse), conf. semait (de cui'fuxe), impunicm'-iit 'de m-puive), etc. t Sur cet emploi de Ooi cf. // faisoil nit^rveiltiuscmcitt bon veoir [S. Méii. 3).

possède aujourd'hui. Mais, dy-je, dond venez? et où allez (Uuhel., V, 17). D'ont vient cela (B. des Pér., Malcontcns)! Cf. § 162.

§ 2o0. Guère \ ou, conformément à l'orthographe archaïque, gaire, sigtiiliail bcaKcoup. ((Guère ou gaire, dit Robert Eslienne, signifie beaucoup ou moult, soil de lernp?, ou autre cliose, et ne se met jamais sans négaiion précédente ; comme : Il n'y a guère de vin. Les Savoyens en usent sans négaiion en inler'Ogant. Guère cela? comme s'ils disoyent : Cela coustera-il beaucoup? » {Gramm. fr., p. 87.) La significaliou première de ce mot est visible dans cet exemple du quatorzième siècle pris aux Chroniques de Sainl-Denis : S^il eust guères vescu, il eust conquis toute Italie (dans \Al\ré,Dict. s. \. guère). De môme au seizième siècle': Tout cela ne nous profde de guères, jusques à ce que Dieu nous ait ouvert les yeux pour voir (Calv., Inst.., 199). Seigneur d'une ville non guères grande (Amyot, Solon, 5o). {Fièvre) survenue en un corps qu'elle n'a de guère errtpiré (c.-à-d. qu'elle n'a pas de beaucoup empiré, parce qu'il était déjà très- malade) (Mont., III, 9). Il estmalaysé que Vart et l'industrie (dans la nature) aillent guère avant {Id., I, 19).

Guère, ne s'employanl plus qu'avec la négation ne, a reçu de celle-ci une valeur négative qui ne lui est pas propre. Dans ne... guère, le peuple ne reconnaît plus la signification de beaucoup propre à guère, et guère prend peu <à peu la signification àepas beaucoup, que la négation ne ne fait, pour ainsi dire, que renforcer : Aimez-vous cela? — Guère.

A gu&e se rattache naguère, aujourd'hui adverbe, à l'origine locution adverbiale qui se décomposait en n'a (/ueres, c'est-à-dire: Il ny a guère [de temps). Cf. plus bas Piéça.

§ 251. Jà, qui n'existe plus aujourd'hui qu'en composition (jadis, jamais, déjèi), s'emploie encore isolément, soit au sens de déjà, soit au sens figuré de certes, soit même au sens de jamais; dans ce dernier cas, le verbe qu'il modifie est accompagné de la négation ne; .levons ay ja dict et encore rediique{]\ah.,lU, 2). Jà la campagne croist par le descroist des eaux (Du Bartas, Sejn., II'. L'iUilité la recommande toniil'histoire) qu'il ii est jet besoin de luy chercher d'ailleurs authorité (Amyot, Vréf-, IV, 28). Jà à Dieu ne plaise que... (Mont., III, 9j.

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