On écrit aussi guères avec une
qui, dans la \ieilli; langue, s'est ajouti^e à un grand nijinbre d'adverbes et en l'orme comme la cai actéristique : Avecques,ja-
rf.'>, lih'Siiies, fr. s. ors, volontùrs, etc. Les limites étroites de cette étude ne nous permeltelit pas d'expliquer ici l'ori- ''iue de cette s.
§ 252. Mais, avec ne et pouvoir, forme une locution qui, de bonne heure, a pris une signification pariiciilière conservée jusqu'à nos jours : // 7ien peut mais. {Le lion) bat l'air qui n'en peut mais (l.a Font., Fables, Le lion et le Moucheron).
§ 2n3. Meshuy, composé de mes, c'est-à-dire mais (mugis), et de huy (hodie, aujourd'hui), a été remplacé dès le seizième siècle par son presque synonyme désormais : Meshuy cela est fait fMonluc, Comm., III, 499). La vieille langue disait encore huimais ou huimés, en intervertissant les deux termes hui et mais.
§ 254. Mesmement a d'ordinaire le sens de surtout : Qu'il y a de danger pour ceux qui portent les armes,- et mesmement qui commandent (Monluc, Comm., III, 498).
§255. Mon est une particule d'origine ob-scure, fréquente en vieux fr.inçais, et qui signifie assurément, en réalité. Elle s'employait spécialement dans les loiutidns : ce fais- 1 e mon , c'estmon, c'a mon. Tu penses à quelque chose, Phocion? — Ce (ais mon certes, respondit-il (Amyot, Phocion). Ardez, voire, c'est mon (Régnier, Sat., XI).
Cette particule se retrouve encore dans Molière qui écrit ça mon (au lieu de c'a mon). Ça mon, ma foi, j'en suis d'avis, après ce que je me suis fait [Mal. imag., I, 2). Cf. également Bourg, gentil., m, 3.
§ 2o(i. Moult (vieux français malt, latin multum) di.sparaît au seizième siècle devant beaucoup. Voir un exemple de H. Estienne, plus haut, au mot guère [% 250).
§ 257. Onques, du latin wiquam, a été remplacé dans la langue moderne pnv jamais : C'estoitle plus horrible spectacle qu'on vist onques (Hab., I, 27).
§ 258. Or, ors ou mieux ores. Ces particules n'existent plus de nos jouis, au sens propre et étymologique de maintenant {horam, /loras), que dans les composés désormais, dorénavant. Au sens figuré, or est d'un emploi usuel.
Au seizième siècle, ces particules conservaient encore leur signific.ilion première, et présentaient divers emplois dignes d'èlre notés.
Or, ores au sens de maintenant : Or sage âmes despens, j'esquive la bataille (Régnier, £p. U). 0 débile raison, où est ores ta bride (id., Sat., IX) ?
Or ou ores répété, au sens de tantôt... tantôt : Or je suis glace et ores un feu chaud (Ronsard, éd. Buon, }). (i). Ores doucement... ores averques violence (Mont., Il, I).
SYiNTAXE. 281
Or en composition : Orendroit, c'est-à-diro juste on ce moment : Resveillez-vous, chascun fidèle, Menez en Dieu joye orendroit (Marot, Psc«i/y«es, 38). — Drsor, mOmesens qua désormais -.Etquedcsor toute espérance est vaine (J. de la Taille, Gabaon., IV). — Lors (composé de l'article et de ors) : De l'urs en avant (Amyot, Nicias, 15). Nous disons maintenant, sans article : Dorénavant. — Lors et alors sont souvent remplacés par l'heure, et à l'heure. Les amoureux traits blessent plus fort de loin qu'à l'heure qu'ils sont prés (Ronsard, éd. Huon, 26'J). — Montaigne, Munluc, Bran- (ôme et d'autres écrivains méridionaux emploient volontiers le composé astur, c'est-à-dire astcur, contraction de à cette heure.
§ 2o9. Oui, oui bien, s'emploient dans une signification légèrement détournée, pour renchérir sur l'idée : Le repentir ne touche pas proprement les choses qui ne sont pas en iiostre force; oui bien le regret (Mont., 111, 3). Qui aime le jeu ne fera jamais grande fortune, oui bien avec le temps il se verra réduit à une misérable pauvreté (Pasqnier, Lettres, t. III, p. t)8). L'estre mort ne les fasche pas, mais oui bien le mourir (Mon!., II, 13).
§ 260. Fiéça ai un adverlie de temp^, formé, comme naguère, d'une proposition entière -.Pièce a, c'est-à-dire il y a une pièce, une partie [de temps). Piéça signifiait «il y a longtemps » et s'opposait à naguère. Cet adverbe a disparu à la fin du seizième siècle, malgré les protestations d'Henri Estienne qui, dans sa Conformité, le défendait contrôles proscriptions de grammairiens contemporains.
§261. Plus. De nos jours, l'emploi de cet adverbe, dans les phrases négaiive?, a miiditié quelque peu sa signification primitive. Je ne l'aime plus présente un autre emploi de p/t/s que je l'aime plus. Au seizième siècle, on saisit sur le lait ce changement de si'ns : Qu'est-ce qu'il nous reste plus si nostre Seigneur nous efface du nombre de ses enfants (Calvin, Instit., 27s)V Si d'aventure tu te rends et es las de plus tenter la fortune, aussi suis-je quant à moi las de plus vivre (Amyot, CorioL, 35 . Mon amy, voulez-vous plus rien dire? — No7i, monsieur (Kabel., III, 1).
Plus, d ins certains cas, a éié remplacé ^ixv plutôt : Le Seigneur a seulement à demi signifié son vouloir, plus que l'exprimer clairement iCalv., Inst., 27.S).
§ 262 Quelquefois, se décomposant en quelque fois, signifie une fois: Mais quelquefois qu'ung grand ours que nourrissait Sun père eschaiypa (Uab., 111, 4). A ce qu'ils soient quelquefois [une fois, un jour] participans de la nature divine (Calv., Inst., .S06). Encore dans La Eontaine : ïai quelquefois aimé {Fables, IX, 2).
iO.
282 LA LANGUE FRANÇAISE AU XVl'' SIÈCLE.
Aujourii'hui quelquefois se décompose en quelques fois, et signifie iihisiew's fois. Le seizième sièc.Io disait encore : aucune fuis au sinp;., et aucunes fois au pluriel.
§ 2<i3. Tandis, dans la vieille langue et encore au seizième siècle, est un adverbe de temps. Il ne s'emploie plus aujourd'hui que dans la locution conjonctive tandis que : Tandis la sainte Nef sur l'échiné azurée, Du superbe Océan navigeoit assurée (Du Bart., Sem., II).
§ 264. Tant devant un adjectif ou un adverbe a élé remplacé par si : Un tiltre tant superbe (Calv., Inst., I8(i). De tant loing que le veidFantagruel [}\>\'h., II, 9). On trouve de même autant, où la langue moderne dit aussi. L'une volonté autant volage (Mont., III, ti). On escrit autant indiscrètement qu'on parle (id., III, 13).
Tant, dans certaines locutions, rappelle la signification adjeclive qu'il possédait dans la vieille laugue. Démosthénes employa entièrement tout tant qu'il avoit de sens et de science en lart de rhétorique (Amyot, Cic. et Dém., 1).
Rappelons la locution à tant qui signifie à ce point, alors ; A tant Francus s'embarque en sa navire (Ronsard, Franc, I). A tant a encore été employé par La Fontaine dans son conte du Calendrier des Vieillards.
§ 265. Trop s'emploie au seizième siècle avec le sens de beaucoup, bien, pour modifier soit un adverbe de qualité, soit un adjectif. Ils sont en nombre trop plus dix foys f/ue nous (Rab., I, 3). Vous estes trop meilleur parent que le roy de Navarre n'est bon mary (Marg., Lettres, 76). On trouve encore au dix-septième siècle et même au dix-huitième, trop mieux pour beaucoup mieux : Trop mieux aimant suivre quelques dragons (Grasset, Vert -ver t.).
§ 266. Voir,voi7'eon voire mais signifie proprement vraiment, ou vraiment même: Et comme les Normands, sans lui répondre voir (Régnier, Sat., III). Voire mais, comment seroit-il possible de trouverun taureau si grand? (Amyot, Lyc, 31 .) Voire a pris le sens de même : Se dressant un faux sujet et fantastique, voire contre sa propre créance (Mont., I, 4). Voire même est encore usité dans la longue actuelle.
3° Conjonctions.
§ 267. La langue du seizième siècle offre certaines conjonctions ou locutions conjonctives aujourd'hui disparues ou em-
• SYiNTAXE. 283
ployées avec des significations différentes. Nous allons passer les principales en revue.
§ 208. A ce que a la valeur de «/î?i que ou de pour que : Il suffit donc, à ce que quelqu'un soit nostre prochain, qu'il soit homme (I.anoue, 72).
§ 269. Adonc a disparu devant alors : Et adonc Pompeius tira sa robe à deux muiiis au devant de sa face (Amyof, Pumpeius).
§ 270. Ains a disparu vers la fin du seizième siècle devant mais.
A la louange non d'une maistrcssc, ains de Dieu (Est. Pasquier, Recherches, VII). A un hérétique il ne fallait garder sa foy, ains à un traistre estre traistre (Brant., éd. Lalanne, I, p. 123). Ma délibération n est de provocquer,ains de apaiser; d'assaillir, mais de défendre (Hab., I, 29).
Ai7îs, qui vient du latin ante, signifie élymologiqucment avant; il garde encore celte signification en qualilé de préposition : Mille ans ains sa venue (Marot, IV, p. 201), ou dans la locution conjonctive ains que : Le cler soleil ains qu'estre en Occident, Lairra espandre oscurité sus elle (Rab., I, o8,\
§ 271. Ainsi entre dans la composition de plusieurs locutions aujourd'hui hors d'usage. Par ainsi, même sens que ainsi : Par (tinsi, je ne plaincz point ce que m'a cousté à les 6fl;2cgwe<er(Rab., II, 17).
Ainsi que, même sens qr.e pendant que ; Ainsi que je reijuardoy ce beau feu, sortirent plus de six cens chiens (id., II, 14).
Ainsi que ce soit que, sens analogue à celui de quelque manière que ce soit : Ainsy que ce soit que l'advanture traicte avec moy (llrantome, II, p. 382).
Ainsi comme répond à notre autant que ; A'insi comw)e je puis congnoistre, vecy le lieu (Gringoire, éd. Montaiglon, t. Il, p. 157).
Comme ainsi soit que répond à quoique : Comm.e ainsi soit que la haine produise ordinairement le discord, toutesfois... (Lanoue, p. 54).
§ 272. A mesme que s'emploie au sens de selon que, à mesure que : A mesme qu'(n prend le plaisir au vice, il s'engendre un desplaisir contraire en la conscience (Mont., II, 5).
§ 273. Autaiit entre dans diverses locutions conjonctives : D'autant : En ceste confusion où nous sommes depuis trente ans, tout homme Français... se voit à chaque heure sur le poinct de l'entier renversement de sa fortune. D'autant faut-il tenir son courage fourny de provisions plus fortes et vigoureuses {Uon[., III. 12). JNous dirions maintenant plutôt d'autant plus. — D'autant plus
se présente snus la forme plus d'autant, qui est plus conforme à l'analogie : La lecture profite plus d'autant qu'elle délecte et délecte davantage d'aidant qiC elle profite (Amyot, prél'ace, 25). — Sur autant comme, voir comme [% 27 ti),
§ 274. Cependant que n'a pus encore disparu devant pendant que. On le retrouve au siècle suivatit dans La Fontaine et ailleurs.
§275. Combien que n'a pas encore fait place à bien que : Combien que la chose soit telle que, tant plus serait remembrée tant plus elle plairoit (Rub., I, i).
§ 270. Comme est aujourd'hui remplacé par gt<e après tant,autant et d'autres termes de comparaison. Tant à dextre comme à senestre (Rub., Garg., I, 23). Autant comme s'ils plaidoient contre Dieu (Calvin, Inst., 351). Lesquelles façons 7i accordent non plus avec la nature du sacrement comme le feu avec l'eau (id., ibid., 34o).
Comme s'emploie au sens de comment : (II) liiy racompte comme il avoit esté à sa requesle (Pasquier, Rech., VIII, 5it). tel emploi est encore fréquent au seizième siècle : Apeiiie pouvez-vous dire comme il se nomme (Mol., Misuntli., I, 1).
§ 277. Comment que, c'est-à-dire de quelque manière que ce soit ; Comment que cela soit (Mont., I, 19).
§ 278. Devant que ou davant que a fait pince à avant que : Bavant que soy retirer (Rab., I, 23). Devant que de m' aller coucher (Mont., II, 8).
§ 279. De mode que, locution assez rare : De mode que personne ne sçache leur naissa7}ce (Mont., 1, 43).
§ 280. Depuis que : Rien ne leur échappe depuys que une foys l'ont mis entre les serres (Rab., V, H).
§ 2.si. De quoy esl une locution fort usitée qui a été remplacée depuis par de ce que : Pleurant de quoy les pieds lui saiynoyent (d'Anb., Mém.). Je me sens bien heureux, de quoy mon petit Loir est voisiii de ta Sarte (Bons., So7m. div., 81).
§ 282. Jasoit que, c'est-à-dire jà soit que, est une locution signifiant bien que. Au seizième siècle, on avait déjà perdu la valeur élymologique de celle conjonction, puisqu'on l'écrivait communément y((çoti que (pour éviter qu'on ne prononçâl/asoi'if que.) Jaçoit que d ailleurs entre tous les peuples la langue grecque eust grand crédit (Pasquier, ile67i.,\III, 1).
§ 2"s.<. Mesmement que a le sens de bien que ; Mesmement qu'il n'estoit question que de moutons en la cause, neantmoins le drapier y cntreinesloit son drap (Pusquier, llecli., \111, ;j9).
§•284-. Moyennant que, c'csl-à-dire sous lu condition que :
bYMAXE. 285
Moyennant qu'il promettoit de n'attenter rien sur la vie de ce Bue (Mont., I, 7).
§ 2S5. Ores que a souvent le sens de quoique : Ores que le saq ne doive donner aux ixissiuiis humaines de se fourvoyer de la droite carrière^ il peut bien... (Mont,, 1, 4i).
§ 286. Par quoy a la valeur du moderne c'est pourquoi : Par qiioy fault avoir les yeulx ouverts (Gringore, Le jeu du prince des sots). Purquoy, si tu veux croire à moy (Lecoq, Caîn).
§287. La préposition pour rentre dans diverses locutions conjonctives :
Pource que a le sens de ^xirce que : Pource que le conseil de Dieu est incompréhensible (Calvin, Confession de foy). — Pour autant que a le Kiéme sens : Pour autant qu'il avait mengé le lard (Marot, Épistre à so7i ami Lyon). — Il en est de rat^me de pourtant que ; Recevons injures et opprobres, pourtant que tious mettons nostre espérance en Dieu vivant (Calvin, Inst., préiace).
Si pourtant que a signifié parce que, c'est que pourtant était, non une conjontion adversative, comme aujourd'hui, mais une conjonction explicative, et signifiait pour cela : Pourtant (pour tous ces motif ), won fils bien-aimé, le plus tost que faire pour ras, retourne (Rab., I, 20}.
Pour... que avec intercalation d'un adjectif, d'un adverbe ou même d'un nom, est usuel au seizième siècle, et se maintient encore au siècle suivant : Pour grands que soicjit les rois, disent Malherbe dans une de ses odes et Corneille dans le Cid. Pour orage qu'il face, dit Montaigne (II, 3).
§ 288. Puisque conserve quelquefois encore au seizième siècle sa signification de après que qu'il doit à sou origine {post quam).
§ 289. Premier, étant adverbe, peut se combiner avec que pour former une lornlion conjonctive : Il se fault tenter Premier que l'on se vienne à la cour présenter (Du Bellay, Poète court.).
§ 290. Que. Celte conjonction se supprime volontiers après de mesme : Toute mort doit estre de mesme sa vie (Mnnt., II, 11). Elle a la valeur de où dans cette phrase : L'heure que vous feusies jamais nay (Monluc, Comm., II, p. 632) ; celle ûe pour que dans cette auire : Quel est nostre mérite, o puissant Rny des roys. Que tu viennes livrer aux douleurs de la croix, Ton fds? [Berlaul,]). 2.) Elle est souvent remplacée par comme, après tant, autant, ainsi, etc. Voir § 276.
§ 291. Si annonce souvent une phrase, une proposition principale, quand elle est précédée de la proposition subordonnée :
286 LA LANGUE FRANÇAISE AU XVr SIÈCLE.
Si tu es de Dieu, si parle; si tu es de Vaultre, si t'en vas (Rab.,
I, 34). Qui a de la valeur, si le faut cognoistre en ses murs (Mont.,