‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 199 sur 725 · Du vrai mérite · texte numérisé non relu

Du vrai mérite

Nous appelions vaine la gloire qu'on se donne, ou pour ce qui n'est pas en nous, ou pour ce qui est en nous, mais non pas à nous ; ou pour ce qui est en nous, et à nous, mais qui ne mérite pas qu'on s'en glorifie. La noblesse de la race, la faveur des grands, l'honneur populaire S ce sont choses qui ne sont pas en nous, mais, ou en nos prédécesseurs, ou en l'estime d'autruy. Il en a qui se rendent fiers et morgans ^, pour estre sur un bon cheval, pour avoir un pennaclie ^ en leur chapeau, pour eslre habillez somptueusement* : mais qui ne void ceste folie ? Car s'il y a de la gloire pour cela, elle est pour le cheval, pour l'oyseau ^, pour le tailleur. Et quelle lascheté de courage est-ce d'emprunter son estime d'un cheval, d'une plume, d'un goderon^ ? Les autres se prisent et regardent pour des moustaches relevées, pour une barbe bien peignée, pour des cheveux crespez, pour des mains doûillletes, pour sçavoir danser, joiier, chanter : mais ne sont-ils pas lasches de courage, de vouloir enchérir leur valeur ', et donner du surcroist à leur réputation par des choses si frivoles et folastres ? Les autres pour un peu de science veulent estre honorez et respectez du monde : comme si chascun devoit aller à l'escole chez eux, et les tenir pour maistres : c'est pourquoy on les appelle pedans. Les autres se pavonnent* sur la considération de leur beauté, et croyent que tout le monde les muguette ^ : tout cela est extrêmement vain, sot et impertinent : et la gloire qu'on prend de si foibles subjets s'appelle vaine, sotte et frivole.

On connoit le vray bien comme le vray baume. On fait l'essay du baume en le distillant dans de l'eau, car s'il va au fond, et qu'il prenne le dessous, il est jugé pour estre du plus fin et précieux : ainsi pour connoistrc si un homme est vray-

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