Peuple ou vulgaire
Le peuple (nous entendons icy le vulgaire, la tourbe et lie populaire, gens soubs quelque couvert que ce soil, de basse, servile et mecatiique condilion) est une beste estrange à plusieurs testes, et qui ne se peut bien descrire en peu de mots, incons-
1. Voir l'explication de ce morceau ] x\i' siècle (section I, ch. n) . ilans notre Tableau de la littérature au I
tant et variable, sans arrest non plus que les vagues de la mer; il s'esmeuf, il s'accoyse ', il approuve et reprouve en un instant mesme chose; il n'y a rien plus aysé que le pousser en telle passion que l'on veut, il n'ayme la guerre pour sa fin % ny la paix pour le repos, sinon en tant que de l'un à l'autre il y a tousjours du cliangemenf. La confusion luy faict désirer l'ordre, et quand il y est, lui ^ desplait. Il court tousjours d'un contraire à l'autre ; de tous les temps le seul futur le repaisl ; hi vulyi mores, odisse pi^sesenlia, vottura cupere, praeterita ceUbrare ^.
Léger à croire, recueillir '^ et ramasser toutes nouvelles, surtout les fascheuses; tenant tous rapports^ pour véritables et asseurés : avec un sifflet ou sonnette de nouveauté '', l'on l'assemble, comme les mouches * au son du bassin.
Sans jugement, raison, discrétion : son jugement et sa sagesse, trois dez et l'adventure ^; il juge brusquement et à l'estourdie de toutes choseis, et tout par opinion, ou par coutume, ou par plus grand nombre ^°, allant à la file comme les moutons qui courent après ceulx qui vont devant, et non par raison et vérité. Plebi non judidum ; non veritas : ex vpinione multa, ex veritate pauca p.idicat ".
Envieux et malicieux, enncmy des gens de bien, contempteur de vertu, regardant de mauvais œil le bonheur d'autruy, favorisant '- au plus foible et au plus meschant et voulant mal aux gens d'honeur, sans sçavoir pourquoy, sinon pource que sont '^ gens d'honneur, et que Ion en parle fort, et en bien.
l.^e calme, de coi (quietus) ; accoiser est encore dans Molière et Bossuet.