Cf. Plutarque, Dits notables des rois, princes, etc
mauvaise difTame: Ion ne peul bien juger de quelqu'un, sans luy faire lort, que Ion ne luy aye veu jouer le dernier acte de sa comédie, qui est sans double le plus diflicile*. Epaminondas le premier de la Grèce, enquis^ lequel il eslimoit plus de trois hommes, de luy, Chabrias et Ipliicratcs, respondit : « il nous faut voir premièrement mourir tous trois, avant en resouldre. » La raison ei-t, qu'en tout \ù reste il y peut avoir du masque, mais à ce dernier roollet % il n'y a que feindre * :
Nam verae voces tum demnm pectore ab imo Ejiciuntur, et eripitur persona; nianet res ^.
D'ailleurs la fortune semble nous guetfer à ce dernier jour, comme à poinct nommé, pour monstrer sa puissance, et renverser en un moment ce que nous avons basii et amassé en plusieurs années et aous faire crier avec Laberius : Nimirum hac die iina plus vixi mihi quam vivendam fuit ^ : et ainfi a esté bien et sagement dict par Solon a Crœsus : ante ohitum nemo beatus ''.
C'est chose excellente que d'apprendre à mourir, c'est l'estude de sagesse, qui se résout toute * à ce but : il n'a pas mal employé sa vie, qui a apprins à bien mourir ; il l'a perdue qui ne la sçait bien achever, Maie vivet, quisquis nesciet bene mori, non frustra nascitur qui bene morilur ; nec inutiliter vixit, qui féliciter dcsiit^. Il ne peut bien agir qui ne vise au but et au blanc *° : il ne peut bien vivre qui ne regarde à la mort ; bref la science de mourir, c'est la science de liberté, de ne craindre rien, de bien, doulcement et paisiblement vi\re ; sans elle, n'y a aulcun plaisir à vivre, non plus qu'à jouyr d'une chose que l'on crainct tousjours de perdre.
Premièrement et surtout il faut s'efforcer que nos vices meu-
1. La même métaphore se retrouve clans cette pensée de Pascal : « Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais. » {Pensées, xxxiv, 58.) Comédie a ici le sens de pièce de théâtre,