Harangue de monsieur de Lyon
Messieurs, je commenceray mon propos par l'exclamation pathétique de ce prophète royal David: Quam (erribilia judicia
1. Harangue prêtée par Nicolas Bapin 1 de Monseigneur, donné aux évêques, a à l'archevêque de Lyon, Pierue d'Espinao. remplacé celui de Monsieur. — Ce n'est que de nos jours que le titre 1
ÉCRIVAINS POLITIQUES. — SATYRE MENIPPÉE. i'6
tua\ etc. 0 Dieu! que vos jugements sont terribles et admirables! Ceux qui prendront garde de bien près aux commencements et progrez de nostre saincte Union, auront bien occasion de crier les mains joinctes au ciel : 0 Dieu! si vos jugements sont incompréhensibles, combien vos grâces sont elles plus admirables ! et de dire avec l'aposlre : Vbi ahundavit délictum, ibi superabundavit et gratia'^. iN'est-ce point chose bien eslrangc, messieurs les zélateurs *, de vecir nostre Union maintenant si saincte, si zelee,et si dévote, avoir esté presque en toutes ses parties composée de gens qui, auparavant* les sainctes Barricades, estoyent tous tarez et entachez de quelque note mal solfiée ^, et mal accordante avec la justice ? Et par une miraculeuse métamorphose, veoir tout à un coup l'athéisme converty en ardeur de dévotion, l'ignorance, en science de toutes nouveautez, et curiosité de nouvelles ^: la concussion, en pieté et en jeusnerla volerie en générosité et vaillance : bref, le vice et le crime transmués en gloire et en honneur ? Cela sont des coups du ciel, comme dit m^onsieur le lieutenant '', de pardieu : Je dy si beaux * que les François doivent ouvrir les yeux de leur entendement pour profondement considérer ces miracles, et doivent là dessus les gens de bien et de biens ^ de ce royaume rougir de honte avec presque toute la noblesse, la plus saine partie des prélats et du magistrat ^"j voire les plus clairvoyants qui font semblant d'avoir en horreur ce sainct et miraculeux changement. Car qui a il au monde de plus admirable, et que peut Dieu mesme faire de plus estrange, que de veoir tout en un moment, les valets devenus maisires, les petits estre faicts grands, les pauvres riches, les humbles insolents et orgueilleux : veoir ceux qui obeissoyent, commander : ceux qui empruntoyenf, prcster à usure : ceux qui jugeoyent, estre jugez: ceux qui emprisonnoyent, estre emprisonnez: ceux qui estoyent debout, estre assis? 0 cas merveilleux: o mystères grands; o secrets du profond cabinet de Dieu, incogneuz aux chetifs mortels, les aulnes des boutiques sont tournées eu pertuisanes: les escritoires en mosquets" , les bréviaires en rondaches: les sca-
1. Psaumes, LXV, 3. j S. Et ces coups du ciel, je les déclare