‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 309 sur 725 · Celui qui veut risquer sa vie · texte numérisé non relu

Celui qui veut risquer sa vie

D'AUBIGNÉ

cœur tant de sang versé des nostres; ce sang el votre femme crient au ciel vers Dieu et en ce lict contre vous, que vous serez meurtrier de ceux que vous n'cmpescliez point d'eslrc meurtris '. »

L'amiral respond : « Puisque je n'ai rien profilé- par mes raisonneniens de ce soir sur la vanité^ des esmeutes populaires ; la douteuse entrée dans un parti non formé ; les difficiles commencemens non contre la monarchie, mais contre les possesseurs d'un estai qui a ses racines envieillies * ; tant de gens intéressez à sa manutention ^; nulles attaques par dehors, mais generalle paix ^, nouvelle et en sa première tleur, et, qui pis est, faicte entre les voisins conjurez et faicle exprès à noslre ruine; puisque les detTections nouvelles du roy de Navarre et du conneslable, tant de forces du costé des ennemis, tant de faiblesse du noslre ne vous peuvent arrester, mettez la main sur votre sein ; sondez à bon escient vosire constance si '*' elle pourra digérer les desroutes g^^neralles, les opprobres de vos ennemis et ceux de vos partisans, les reproches que font ordinairement les peuples quand ils jugent les causes par les mauvais succez*; les trahisons des vostres, la fuitte, l'exil en pais estrange; là ^ les chocquernens *" des Anglois, les querelles des AUemans ", vostre nudité, vostre faim, et, qui ^^ est plus dur, celle de vos enfans. Tastez '^ encores si vous pouvez supporter vosti'e mort par un bourreau, aprùs avoir veu vosire mari traisné et exposé à l'ignominie du vulgaire; et pour fin, vos enfans infâmes**, vallets de vos ennemis accreuspar la guerre el triomphans de vos labeurs *^ Je vous donne trois semaines pour vous esprouver ; et quand vous serez a bon escient fortifiée contre tels accidens, je m'en irai périr avec vous et avec nos amis. »)

L'Admiralle répliqua ; « Ces trois semaines sQjit achevées; vous ne serez jamais vaincu par la vertu *^ de vos ennemis ; usez de la vostre ; et ne mettez point sur vosire teste *'' les morts de

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