A monsieur de Bellievre, chancelier de France
Monsieur le chancelier, je n'ay donné occasion à personne de croire que j'ay.e volonté de renouveler la guerre. Vous savez que j'y entrai par force l'année passée ^ et je n'en suis sorty par nécessité ^; pourquoy donc m'y rembarqueroy-je? Peut-estre a on estimé que je chercherois les moiens de me vanger de l'injure qui a esté faicte en Espaigne à mon ambassadeur * d'autant que j'ai dit publiquement que si l'on ne m'en faisoit raison, je la me ferois tost ou tard, mais j'ay toujours dit que ce seroit quand je serois désespéré de l'obtenir ^ de ceulx qui la me doibvent faire, lesquelz aussy je ne dois ni ne veux précipiter® ; car la chose mérite bien d'eslre considérée de part et d'aultre '^. J'avois délibéré il y a longtemps de venir en ceste province y visiter les fortifications que l'on y fait, où en vérité j'ay reconnu que ma présence ^ estoit encores plus nécessaire que je ne pensois
1. c'est-à-dire : cet aveu doit satisfaire ton amour des louanges. — Ce billet se trouve dans la correspondance de Pasquier {Lettres, XX, 3). Après avoir raconté comment le seigneur de Givry, jeune capitaine passionné pour la gloire, avait en un clin d'œil pris Corbeil, assiégé six mois durant par le prince de Parme, et Lagny, Pasquicr ajoute : « le roy qui l'aimoit comme cciuy qu'il savoit nourrir de nobles ambitions dans son âme, lui mande ce mot de lettre. » Voir Poirson, Hist. de Henri IV, tome IV, p. 354 (3« édition).