‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 38 sur 725 · HISTORIENS · texte numérisé non relu

HISTORIENS

l'ordre chronologique, rapportant les faits à leurs dates réelles ou imaginaires, sans se soucier d'apporter dans son exposition le moindre esprit critique ou la moindre vue philosophique. De là les bévues les plus étranges et une crédulité qui lui l'ait accepter pour de l'histoire les contes populaires les plus grossiers et les plus ridicules. Les Annales rerum Gallicariim de Robert Gaguin (1490), traduites en français sous le titre de Mer des croniques et miroir historial de France sont également composées d'extraits des diverses chroniques de Saint-Denis. Mais l'auteur fait preuve de plus de sens que Nicole Giles, et son ouvrage n'est pas déparé par les fables du cycle carlovingien auxquelles Giles accordait une si large place.

Cependant le Véronais Paol-Emu.e, établi en France sous Louis XII, donnait le modèle d'un genre nouveau. Dans son ouvrage De rébus gestis Francorwn, il s'inspira de la méthode historique de Machiavel et de Guichardin, et essaya l'histoire politique où les faits ne sont plus classés dans l'ordre chronologique, mais suivant l'enchaînement des causes et des effets. L'imitation de Polybe et de Thucydide était manifeste ; à l'un on empruntait son exposition logique des faits, à l'autre ces discours dont il se sert si heureusement pour exposer ses vues générales sur l'histoire. Le résumé de Paul-Lmile, dégagé de toutes les légendes populaires, est remarquable de bon sens et de clarté ; il faut également louer l'élégance d'un style cicéronien. Mais l'imitation de l'antiquité est si parfaite que l'histoire du moyen âge prend la couleur antique.

Paul-Emile ne trouva d'imitateur en France que vers la fin du seizième siècle. En io7G Bernard Girard, seigneur du llaillan *, historiographe de Charles IX et de Henri IIl, publia le premier volume de son Histoire de France, où il expose « les causes et les conseils des entreprises et des succez des affaires. » Il a la prétention de traiter uniquement des affaires d'État et d'étudier spécialement les causes et les suites des événements historiques. 11 suit pas à pas Paul-Emile, dont il n'a ni les vues originales, ni le talent d'écrivain. La méthode de l'historien véronais, artificielle mais raisonnable, devient entre les mains de du Ilaillan tout bonnement absurde. Quoi de plus grotesque, par exemple, que de supposer, à px'opos de l'élection de Pharamond, « une assemblée d'états dans laquelle deux orateurs imaginaires, Charamond et Quadreck, disputent en neuf pages

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