La mère de Coriolan
Elle * prit sa belle fille et ses enfans quand et ^ elle, et avec lotîtes les autres Dames Romaines s'en alla droit au camp des ^'olsques, lesquelz eurent eulx-mesmes une compassion meslee de révérence quand ils la veirent de manière qu'il n'y eut personne d'eulx qui luy ozast rien dire. Or estoit lors Martius assis en son tribunal, avec les marques de souverain Capitaine, et de tout loing qu'il apperceut venir des femmes, s'esmerveilla que ^ ce pouvoit eslre; mais peu après recognoissant sa femme qui marchoit la première, il voulut du commencement * persévérer en son obstinée et inflexible rigueur ; mais àla fin, vaincu de l'affection naturelle, estant tout esmeu de les voir, il ne peut avoir le cœur si dur que de les allendre en son siège; ains^ en descendant plus visie que le pas, leur alla au devant, et baisa sa mère la première, et la teint® assez longuement embrassée, puis sa femme etses petits enfans, ne se pouvant plus leuir que les chauldes larmes no luy vinssent aux yeux, ny se garder de leur faire caresses, ains se laissant aller à l'affeclion du sang, ne'' plus ne moins qu'à la force d'un impétueux torrent.
Mais après qu'il leur eut assez faict d'amiable recueil *, et