‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 417 sur 725 · Les femmes et le secret · texte numérisé non relu

Les femmes et le secret

Le Sénat romain fut une fois par plusieurs jours en conseil bien estroict * sur quelque matière secrette, et estant la chose d'autantpluscnqui^e - et souspeçonnée que moins elle estoitapparenteetcogneuë, une DameRomaine, sageaudemouranl,mais femme pourtant, importuna son mary et le pria très instamment de luy dire quelle estoit cesie matière secrette, avec grands serments et grandes exécrations qu'elle ne le revelleroit jamais à personne, et quant-et-quant * larmes à commandement, disant qu'elle estoit bien malheureuse de ce que son mary n'avoit autrement fiance * en elle. Le Romain, voulant esprouver sa folie : Tu me contrains, dit-il, m'amie, et suis forcé de te descouvrir une chose horrible et espouventable : c'est que les prestres nous ont rajiporlé que Ion a veu voler en l'air une allouette avec un armet doré et une picque; et pource nous sommes en peine de sçavoir si ce prodige est bon ou mauvais pour la chose publique, et en conférons avec les devins qui sçaventque * signifie le vol des oyseaux : mais garde toy bien de le dire. Apres qu'il luy eut dit cela, il s'en alla au palais ® ; et sa femme incontinent tirant ù pari la première de ses chambrières qu'elle rencontre, commance abattre son estomac, et arracher ses cheveux, criant: « Helas ! mon pauvre mary, ma pauvre patiùe ! helas ! que ferons nous? » enseignant et conviant sa chambrière à luy demander: «Qu'y a il ? » Apres que donques la servante luy eut demandé, et elle luy eut le tout conté., y adjoustant le commun refreinde tous les babillards : M Mais donuez vous bien garde de le dire, tenez le bien secret. » A grande peine'' fut la servante départie d'avec sa maistresse, qu'elle s'en alla decliquer * tout ce qu'elle luy avoit dit à une sienne compagne qu'elle trouva la moins embcsongnée^, et elle d'autre costé à un sien amy qui l'esloit venu veoir, de sorle que ce bruit fut semé et sceu partout le palais, avant que celuy quil'avoit controuvé '"yfust arrivé. Ainsi quelqu'un doses fatniliersle rencontrant : «Comment, dit-il, ne faites-vous que d'arriver maintenant de vostre maison ? — Aon,respondit-il. — Vous

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