Palissy à la recherche des émaux
Je me prins * ù ériger un fourneau semblable à ceux des verriers, lequel je basiis avec un labeur indicible : car il falloit que je maçonnasse tout seul, que je destrempasse mon mortier, que je tirasse l'eau pour la destrempe d'iceluy ; aussi me failloit ' moy mesme aller quérir la brique sur mon dos à cause que je n'avois nul moyen d'entretenir un seul homme pour m'ayder en cest affaire *.
Je fis cuire mes vaisseaux ^ en première cuisson : mais quand ce fut à la seconde cuisson, je receus des tristesses et labeurs tels que nul homme ne voudroit croire. Car en lieu de me reposer des labeurs passez, il me fallut travailler l'espace de plus d'un muis, nuit et jour, pour broyer les matières desquelles j'avois fait ce beau blanc au fourneau des verriers; et quand j'eus broyé lesdites matières j'en couvre * les vaisseaux que j'avois faits. Ce fait '', je mis le feu dans mon fourneau par deux gueules, ainsi que j'avois veu faire ausdits verriers; je mis aussi mes vaisseaux dans ledit fourneau pour cuider faire* fondre les esmaux que j'avois mis dessus. Mais c'estoit une chose mal-heureuse pour moy : car combien que ' je fusse six jours et six nuits devant ledit fourneau sans cesser de brusler bois par les deux gueules, il ne fut possible de pouvoir faire fondre ledit esmail, et estois comme un homme désespéré: et, combien que je fusse tout eslourdi du travail, je me vay adviser que dans mon esmail il y avoil trop peu de la matière qui devoit fuii-e fondre les autres, ce que voyant je me prins à piler et broyer de laditte matière, sans foufesfois laisser refroidir mon fourneau ; par ainsi j'avois double peine, piler, broyer et chauler le dit fourneau.
Quand j'eus ainsi composé mon esmail, je fus contraint