ORATEURS
et les Espagnols, VAnti-EspagnoP, il prononça contre la compagnie un discours d'une telle violence qu'il dépassa le but. Ce discours d'A. Arnauld, dit on contempoi-ain, fut appelé le péché originel de sa famille^. L'issue du procès restait douteuse quand le crime de Jean Châtel •' décida de leur expulsion (1595)4.
A. Arnauld se distingua encore dans une affaire privée qui eut quelque retentissement. Un certain Jean Prost qui logeait chez un boulanger avait été trouvé assassiné ; le boulanger, accusé par la mère de la victime, fut mis à la torture, puis déclaré innocent ; il intenta alors à celle qui l'avait poursuivi un procès en dommages-intérêts. Anne Robert plaidait pour le boulanger, A. Arnaud contre lui. De la question de fait on s'éleva i\ une question plus haute, celle de la légitimité de la torture. Le plaidoyer d' Arnauld nous a été conservé; on y retrouve, avec quelques-uns des défauts que nous avons signalés plus haut, une véhémence qui lui est propre et qui l'entraîne parfois au delà des bornes. C'est plutôt la recherche et l'abus de l'élégance qui domine dans les discours de l'avocat général Simon Marion, beau-père d'Arnauld, Son style toujours fleuri fatigue par sa monotonie. Ainsi, même chez les orateurs les mieux doués, l'art oratoire ne s'élève pas au-dessus d'un certain niveau. L'éloquence du seizième siècle n'a pas laissé de monument durable, et l'on ne s'étonne plus que Du Vair, composant un traité sur l'éloquence, lui ait donné ce titre significatif: De Vcloquence française et des raisons pourquoi elle est demeurée si basse ; l'on ne peut que s'associer au jugement qu'il porte sur les principaux orateurs de son siècle, lorsqu'il les compare aux orateurs de l'antiquité : « Cette grande et divine éloquence à laquelle est deu le premier lieu d'honneur, et qu'Lschines et Démosthènes entre les Grecs, Cicéron et Hortensius entre les Latins, ont trouvée; qui se forme tel stile qu'elle veut, et tel que le subject requiert; qui est pleine d'ornements, pleine de mouvements ; qui ne meine pas l'auditeur, mnis l'entraîne, qui règne parmy les peuples et s'établit un violent empire sur l'es-