Sur la maladie du Roy de France
Je regarde de tous costez Pour voir s'il arrive personne ^, Priant sans cesse, n'en doutez, Dieu, que santé à mon Roy donne :
Quand nul ne voy, l'œil j'abandonne A pleurer ; puis sur le papier Un peu de ma douleur j'ordonne ; Voilà mon douloureux mestier.
0 qu'il sera le bienvenu Celuy qui, frappant à ma porte.
Dira : Le Roy est revenu En sa santé tresbonne et forte.
Alors sa sœur, plus mal que morte, Courra baiser le Messager Qui telles nouvelles apporte Que son frère est hors de danger.
Avancez vous, homme et chevaux, Asseurez moi, je vous supplie.
Que nostre Roy, pour ses grans maux, A recensante accomplie; Lors seray de joye remplie.
Làs, Seigneur Dieu, esveillez vous, Et vostre œil sa douceur desplie Sauvant vostre Christ^ et nous tous.
Sauvez, Seigneur, royaume et Roy, Et ceux qui vivent en sa vie !...
{Pensées de la royne de Navarre, cité dans F. Franck, t. I.p. lxxxi.)